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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302875

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302875
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCOUSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2023, Mme D B, représentée par Me Cousin C, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 8 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement depuis le 3 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 296 euros à verser à Me Cousin C au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation du 3 septembre 2020 ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à la reloger.

Le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations.

Par décision du 1er mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Berland en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland ;

- et les observations de Me Cousin C, représentant Mme B, qui fait valoir que Mme B a dû quitter le logement de sa mère en raison d'une situation conflictuelle, et que la famille est actuellement dispersée, dans une situation d'errance résidentielle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

2. Mme B, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités par une décision du 3 septembre 2020 de la commission de médiation du département de Paris, valant pour cinq personnes, au motif qu'elle était menacée d'expulsion, sans relogement. Cependant, il résulte de l'instruction que le préfet n'a pas proposé à Mme B un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 3 mars 2021 à l'égard de Mme B.

En ce qui concerne le droit à indemnisation :

3. Les troubles dans les conditions d'existence subis par le demandeur du fait de l'absence de relogement doivent être appréciés fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

4. Il résulte de l'instruction que le foyer de Mme B comprenait, au début de la période ouvrant droit à indemnisation visée au point 2 du présent jugement, quatre enfants à charge, dont l'un, né le 13 avril 2004, est majeur depuis le 13 avril 2022. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet enfant n'a pas été rattaché au foyer fiscal de sa mère postérieurement au 31 décembre 2022. Il ne peut donc être pris en compte comme enfant à charge occupant le foyer que jusqu'à cette date. En outre, il résulte de l'instruction que Mme B s'est vue confier, en tant que tiers de confiance, la charge d'un mineur à compter du 22 septembre 2021.

5. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation s'est aggravée, Mme B ayant été expulsée de son logement le 29 juin 2022, et ayant, par la suite, résidé avec les enfants dont elle a la charge, chez sa mère, dans un logement de type T4 dans lequel vivaient au total neuf personnes. En outre, Mme B fait valoir, lors de l'audience, qu'elle a dû quitter le logement de sa mère, compte tenu d'une situation conflictuelle, et que sa famille est désormais dispersée et en situation d'errance résidentielle. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, et de la composition de la famille de la requérante, à savoir cinq personnes jusqu'au 22 septembre 2021, six personnes jusqu'au 31 décembre 2022, et cinq personnes depuis, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme B dans ses conditions d'existence, y compris de son préjudice moral, depuis le 3 mars 2021 jusqu'au 19 décembre 2023, date de lecture du présent jugement, en lui allouant une somme de 7 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une somme de 7 000 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La magistrate désignée,

F. BERLAND

La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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