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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303034

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303034

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303034
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantGARDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2023, Mme B A, représentée par Me Gardes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de la munir, dans l'attente de l'instruction, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 21 février 2023 au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 9 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guglielmetti ;

- et les observations de Me Gardes, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise, née le 8 janvier 1993, a sollicité le 2 mars 2022 son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de police. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2015, Mme A a rencontré un ressortissant français à l'université en Chine, avec lequel elle justifie avoir poursuivi sa relation en Espagne où elle résidait régulièrement en qualité d'étudiante. En outre, elle justifie, par la production d'un avenant au bail de location datant du 27 mai 2019 d'un appartement dans le 14ème arrondissement de Paris signé par eux, de quittances de loyer communes et de factures en leurs deux noms, vivre en concubinage avec ce même conjoint, puis, avoir conclu un pacte civil de solidarité le 20 août 2019. Ainsi, Mme A justifie d'une communauté de vie effective avec son conjoint de près de trois ans à la date de la décision attaquée. Par suite, eu égard à la durée et à l'intensité de leurs liens, qui sont au demeurant confirmés par la célébration de leur mariage, le 21 juillet 2023, postérieurement à la naissance de la décision implicite attaquée mais révélant une situation antérieure, ainsi qu'aux perspectives d'intégration sur le territoire de la requérante, titulaire d'un master en communication numérique et analyse de données de l'université Sorbonne nouvelle effectué en 2021-2022, de ses possibilités d'insertion professionnelle et de sa maîtrise du français, le préfet de police doit être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

4. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à la requérante. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de délivrer ce titre de séjour à Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

S. GUGLIELMETTI

La présidente,

M. SALZMANNLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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