mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303046 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | GRIOLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 février 2023 et le 25 février 2024, M. A B, représenté par Me Griolet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 août 2022 par laquelle le préfet de police a fixé la Tunisie comme pays de renvoi pour l'exécution de l'arrêté d'expulsion du 5 juillet 1979 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 décembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hombourger,
- les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 26 décembre 1959, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion en date du 5 juillet 1979. Par un arrêté du 23 août 2022, le préfet de police a fixé la Tunisie comme pays à destination duquel il sera reconduit pour l'exécution de l'arrêté du 5 juillet 1979. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
3. La décision attaquée a été prise au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 7 avril 2022, indiquant que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, enfin que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est atteint d'une maladie de Buerger depuis 2003, trouble rare de la vascularisation des petites et moyennes artères dans les extrémités. Cette maladie a entraîné plusieurs amputations de ses orteils et d'un doigt, ainsi que des nécroses sur plusieurs doigts des pieds et des mains. Son état de santé nécessite un suivi régulier, une trithérapie médicamenteuse et des cures d'ilomédine itératives dans les périodes d'aggravation de sa maladie. Or, il ressort des pièces du dossier que, suite à l'ordonnance du 29 mars 2023 suspendant la décision attaquée pour défaut d'examen du collège des médecins de l'OFII, l'intéressé a fait l'objet d'un nouvel examen de ce collège, qui, dans un avis du 21 novembre 2023, a considéré qu'il ne pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, M. B ne peut être considéré comme bénéficiant d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 août 2022, par laquelle le préfet de police a fixé la Tunisie comme pays de destination pour l'application de l'arrêté d'expulsion.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de police réexamine la situation de M. B dans un délai de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, sous réserve que Me Griolet, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de police du 23 août 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Me Griolet, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Griolet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Griolet et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Séval, président,
Mme Hombourger, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
C. Hombourger
Le président,
J.-P. SévalLa greffière,
S. Rahmouni
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
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06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
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