jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303048 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février et 29 août 2023, M. C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° DP 075 108 21 V0142 du 22 avril 2021 par lequel la maire de Paris ne s'est pas opposée à la déclaration préalable déposée par la société française du radiotéléphone (SFR) en vue de la réalisation de travaux d'installation d'un relais de téléphonie mobile, d'une antenne et des équipements techniques afférents sur le toit de l'immeuble situé 97 boulevard Haussmann à Paris.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- cette installation méconnaît le principe de mutualisation entre opérateurs des sites accueillant des équipements, prévu par l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques ;
- la décision contestée n'a pas été précédée de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, alors que l'immeuble se trouve à moins de 150 mètres de l'église Saint-Augustin et en covisibilité avec elle ;
- la plateforme sur laquelle reposeront les installations, placée en surplomb de la verrière sommitale de la cage d'escalier, créera une perte de luminosité et de vue dans les parties communes et dans son logement et impliquera un accroissement de la consommation électrique ; le dossier de déclaration préalable ne mentionnait pas la présence des fenêtres de son appartement, qui sont pourtant les plus proches de l'installation projetée ;
- les locataires de l'immeuble n'ont pas été informés de cette installation à venir ;
- l'installation de ce matériel, susceptible de créer des dommages notamment aux enfants du fait des champs électromagnétiques créés par les ondes radioélectriques, méconnaît le principe de précaution.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 juin et 1er septembre 2023, la société française du radiotéléphone (SFR), représentée par Me Bidault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, M. A n'ayant pas intérêt à agir à l'encontre de la décision litigieuse et n'ayant pas respecté l'obligation de notification de la requête contentieuse prévue par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, les moyens qu'il soulève ne sont pas fondés ou sont inopérants.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle n'a pas été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, qu'elle n'était pas accompagnée d'un acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation de son logement par M. A et que celui-ci n'a pas intérêt à agir contre la décision litigieuse au regard des dispositions des articles L. 600-1-2 et
L. 600-1-3 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ou sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son préambule ;
- le code du patrimoine ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 avril 2021, la maire de Paris ne s'est pas opposée à la déclaration préalable déposée par la société française du radiotéléphone (SFR) en vue de la réalisation de travaux d'installation d'un relais de téléphonie mobile, d'une antenne et des équipements techniques afférents sur le toit de l'immeuble situé 97 boulevard Haussmann à Paris. M. A a formé à l'encontre de cet arrêté un recours gracieux, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2021.
2. En premier lieu, si l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques prévoit qu'il incombe aux opérateurs de téléphonie mobile de rechercher la mutualisation des sites accueillant des équipements, en vertu du principe de l'indépendance des législations, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, mais seulement de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur. Le moyen sera donc écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces produites par la Ville de Paris que l'architecte des Bâtiments de France a donné un avis favorable à la réalisation du projet litigieux le 13 avril 2021 en l'examinant au regard du site inscrit " ensemble urbain de Paris ".
4. Par ailleurs, le II de l'article L. 621-30 du code du patrimoine dispose que : " La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. " Si M. A soutient que l'architecte des Bâtiments de France aurait dû également fonder son avis sur la proximité de l'église Saint-Augustin, il ne ressort des pièces du dossier ni que celle-ci ferait l'objet d'un périmètre de protection, ni que l'immeuble en cause serait visible depuis l'église ou en même temps qu'elle, ce que conteste au demeurant la Ville de Paris. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, qui serait de nature à entacher la décision litigieuse d'incompétence, doit être écarté.
5. En troisième lieu, la pièce DP5 du dossier de déclaration préalable constitue un plan des toitures, de sorte qu'elle n'avait pas à mentionner la présence des fenêtres de l'appartement de M. A donnant sur la cour, qui sont implantées sur une façade verticale. Par ailleurs, M. A ne précise pas quelle disposition relative à la composition du dossier de déclaration préalable de la société SFR aurait été méconnu, en n'indiquant pas la présence de ces fenêtres.
6. En quatrième lieu, en soutenant que la construction projetée lui créera une perte d'ensoleillement et de vue, M. A doit être regardé comme invoquant le bénéfice de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, aux termes duquel : " l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ".
7. Il ressort des pièces du dossier que l'appartement de M. A comporte trois fenêtres grillagées sur cour, qui ouvrent pour deux d'entre elles sur des pièces secondaires et offrent une visibilité limitée par la présence de murs en surplomb, d'une verrière et d'une terrasse, ainsi que trois fenêtres sur rue ouvrant sur un large boulevard, qui éclairent la pièce principale en plus de la troisième fenêtre sur cour. Les croquis sommaires réalisés par M. A lui-même n'établissent pas que la construction projetée, consistant en une plateforme à claire-voie recouvrant moins de la moitié de la surface de cette cour, portera une atteinte grave aux conditions d'éclairement de son appartement. La circonstance, au demeurant non établie, que cette installation obligera les occupants de l'immeuble à accroître leur consommation d'énergie électrique en vue de s'éclairer, est sans incidence à cet égard. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, à supposer même qu'il soit applicable à la construction en cause, doit ainsi être écarté.
8. En cinquième lieu, la circonstance que les locataires n'aient pas été informés de la mise en place à venir des installations projetées est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux, qui est accordé sous réserve des droits des tiers. Le moyen sera donc écarté comme inopérant.
9. En sixième et dernier lieu, s'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte de l'environnement ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation. En l'espèce, aucun élément circonstancié n'est produit au dossier de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile, qui justifierait qu'indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autorités compétentes, la maire de Paris s'oppose à la déclaration préalable formée par la société française de radiotéléphonie, en application de la législation de l'urbanisme. Ce dernier moyen sera donc écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 avril 2021 formées par M. A doivent être rejetées.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de M. A, à verser à la société française de radiotéléphonie, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera la somme de 2 000 euros à la société française de radiotéléphonie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la société française de radiotéléphonie et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
G. BLa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026