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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303068

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303068

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303068
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantMOMMESSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 février 2023, 6 novembre 2023 et 5 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Mommessin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2022 par laquelle la commission de désignation de la mairie de Paris a maintenu la décision de dépriorisation de sa demande de logement social ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Mommessin, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des faits ;

- l'objet du litige n'a pas disparu du seul fait que la décision attaquée a produit tous ses effets ;

- elle a été privée d'une chance qu'un logement prioritaire lui soit proposé pendant un an.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, la Ville de Paris, conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir que Mme A est redevenue prioritaire dans le cadre de sa demande de logement social depuis que la décision a cessé de produire ses effets le 16 août 2023.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambert en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est demandeuse de logement locatif social depuis l'année 2017. Par une décision du 31 janvier 2019 de la commission de médiation de Paris, Mme A a été déclarée prioritaire et devant être logée, avec ses deux enfants, d'urgence, au motif qu'elle était dépourvue de logement et hébergée par un particulier. Au mois d'août 2022, Mme A s'est vu proposer par la commission de désignation des candidats aux logements sociaux de la Ville de Paris un logement situé au 6 rue Maria Deraismes dans le 17ème arrondissement de Paris. L'intéressée a refusé l'attribution du logement en raison de sa situation au 5ème étage sans ascenseur. Par courrier du 29 août 2022, la mairie de Paris a considéré son dossier comme " non prioritaire pendant douze mois ". Par courrier du 14 septembre 2022, Mme A a exercé un recours gracieux pour expliquer que son refus était motivé par son état de santé. Par courrier du 12 décembre 2022, l'intéressée a été informée de ce que la commission de désignation de la mairie de Paris avait, dans sa séance du 9 décembre 2022, rejeté son recours gracieux et maintenu la décision de " dépriorisation " jusqu'au 16 août 2023. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de dépriorisation de la Ville de Paris notifiée le 29 août 2022, ainsi que celle de rejet de son recours gracieux, en date du 9 décembre 2022, notifiée le 12 décembre 2022.

Sur le non-lieu à statuer :

2. La Ville de Paris soutient que la mesure de dépriorisation de la demande de logement social de Mme A ne produit plus d'effet depuis le 16 août 2023, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur cette demande. Toutefois, dans la mesure où cette décision est à l'origine d'un report dans le traitement de la demande de logement social de Mme A, puisque celle-ci n'a pas pu se voir proposer, durant un an, de logements dont la Ville de Paris est réservataire, la décision en litige a reçu application pour le passé et ne peut, par suite, être regardée comme étant dépourvue d'effet sur la situation de la requérante. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre cette décision conservent leur objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 441 du code de la construction de l'habitation : " L'attribution des logements locatifs sociaux participe à la mise en œuvre du droit au logement, afin de satisfaire les besoins des personnes de ressources modestes et des personnes défavorisées. (). Les collectivités territoriales et les réservataires de logements locatifs sociaux concourent, en fonction de leurs compétences, à la réalisation des objectifs mentionnés aux alinéas précédents. ". Aux termes de l'article L. 441-1-6 du même code : " La convention intercommunale d'attribution ou, pour la commune de Paris, la convention d'attribution, définit, le cas échéant en cohérence avec les objectifs du contrat de ville à laquelle elle est alors annexée et en tenant compte, par secteur géographique, des capacités d'accueil et des conditions d'occupation des immeubles : () 6° Les conditions dans lesquelles les réservataires de logements sociaux et les bailleurs sociaux procèdent à la désignation des candidats dont les demandes sont présentées aux commissions mentionnées à l'article L. 441-2 et les modalités de la coopération entre les bailleurs sociaux et les titulaires de droits de réservation. " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 441-2-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les personnes morales ou services qui enregistrent les demandes de logement locatif social sont les suivants : () e) Le département, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale compétents lorsqu'ils ont pris une délibération à cet effet () ". Aux termes de l'article R. 441-5 du même code : " Les bénéficiaires des réservations de logements prévues aux vingt-neuvième et trente et unième alinéas de l'article L. 441-1 peuvent être l'Etat, les collectivités territoriales, leurs établissements publics () Le réservataire peut confier au bailleur le soin de proposer des candidats pour son compte à la commission d'attribution. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du recours gracieux exercé le 14 septembre 2022 par Mme A, que l'intéressée a refusé l'attribution du logement situé au 5ème étage d'un immeuble situé au 6 rue Maria Deraismes dans le 17ème arrondissement de Paris au motif qu'elle est atteinte de deux hernies et reste dans l'attente d'une intervention pour une hernie inguinale. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux en date des 28 juillet 2022 et 5 janvier 2023, de deux médecins généralistes, se rapportant à une situation antérieure à la date de la décision attaquée, que Mme A est atteinte de plusieurs pathologies musculosquelettiques chroniques, telles qu'une cervicalgie avec protrusion discale C5-C6, des rachialgies et des tendinopathies aux membres inférieurs, pour lesquelles, compte tenu de douleurs intenses et chroniques, un traitement antalgique de palier 3 a été prescrit et dont un suivi est assuré auprès du réseau de lutte contre la douleur, rendant impossible plusieurs fois par jour, la montée et la descente des escaliers de l'immeuble, dépourvu d'ascenseur, indispensable pour les tâches de la vie quotidienne et l'accompagnement des deux enfants âgés de 11 et 5 ans. Il s'ensuit que le refus par Mme A de la proposition de logement faite par la commission de désignation de la mairie de Paris doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme étant fondé sur un motif légitime.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de sa requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de " dépriorisation " de son dossier de demande de logement social notifiée le 29 août 2022 ainsi que l'annulation de la décision notifiée le 12 décembre 2022 par laquelle la commission de désignation de la mairie de Paris a rejeté son recours gracieux et maintenu la décision de " dépriorisation " jusqu'au 16 août 2023.

Sur les frais d'instance :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, et sous réserve que Me Mommessin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de la Ville de Paris, partie perdante, le versement à Me Mommessin de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la Ville de Paris notifiée le 29 août 2022 de dépriorisation du dossier de demande de logement social de Mme A et celle du 9 décembre 2022 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : La Ville de Paris versera la somme de 1 000 euros à Me Mommessin, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Mommessin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mommessin et à la Ville de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

F. LambertLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303068/6-2

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