vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303455 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 février 2023, l2 mai 2023 et 16 juin 2023, la société Cedyl, représentée par Me Charvin, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner la caisse des dépôts et consignations à lui verser une provision d'un montant de 161 757 euros au titre des actions de formation qu'elle a réalisées dans le cadre du dispositif " mon compte formation " ;
2°) de mettre à la charge de la caisse des dépôts et consignations une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la créance n'est pas sérieusement contestable :
- la CDC n'avait pas suspendu les paiements des actions de formation dans sa décision du 6 janvier 2023 ;
- elle a transmis les différents éléments demandés permettant de démontrer la conformité de son offre de formation avant la décision d'ouverture d'une deuxième procédure contradictoire du 1er février 2023 laquelle a bloqué le paiement des actions de formations.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mars 2023 et 2 juin 2023, la caisse des dépôts et consignations représentée par Me Nahmias conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Cedyl une somme de 4000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Giraudon pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. " ;
2. Aux termes d'une part de l'article L. 6323-9 du code du travail : " La Caisse des dépôts et consignations gère le compte personnel de formation, le service dématérialisé, ses conditions générales d'utilisation et le traitement automatisé mentionnés à l'article L. 6323-8 dans les conditions prévues au chapitre III du titre III du présent livre. Les conditions générales d'utilisation précisent les engagements souscrits par les titulaires du compte et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 ". D'autre part, aux termes de l'article R. 6333-6 du même code : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. La Caisse des dépôts et consignations effectue tout signalement utile et étayé des manquements qu'elle constate auprès des autorités compétentes de l'Etat ". Enfin, aux termes de l'article 13 (Procédures contradictoire) des conditions générales d'utilisation de la plateforme " Mon Compte Formation " : " 13.1 - Différend entre la CDC d'une part et les OF ou titulaires de compte d'autre part : 13.1.1. En présence de tout différend entre la CDC d'une part et les OF ou Titulaires de compte d'autre part, les Parties conviennent d'appliquer la présente procédure aux fins de tenter de trouver un accord amiable. La CDC adresse par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception, à la partie en manquement, une lettre d'observations. A réception de la lettre d'observations, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation concerné bénéficie d'une période d'échange et de dialogue pour discuter des constats et observations adressés. Cette période est dite " Période Contradictoire ". Durant cette Période Contradictoire, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation peut, dans un délai précisé par la CDC dans la lettre d'observations qui ne peut être inférieur à 8 (huit) jours calendaires, formuler ses observations écrites, apporter les précisions nécessaires, faire part d'un éventuel désaccord, ou bien fournir tout document utile. Au cours de cette Période Contradictoire, un entretien peut être convenu par les parties afin de favoriser un débat oral et contradictoire. Il ne revêt aucun caractère contraignant. Lorsque l'entretien est organisé à la demande de la CDC, celle-ci adresse préalablement par tout moyen à l'Organisme de formation ou au Titulaire de compte une demande d'entretien précisant la date, l'heure, le lieu ainsi que son objet. La demande mentionne que la personne entendue peut être accompagnée d'un conseil de son choix. Un compte-rendu est dressé suite à l'entretien. Il doit obligatoirement comporter la date et le lieu de l'échange ainsi que les informations relatives à l'identité du ou des agents de la CDC y ayant participé, de la personne entendue et, le cas échéant, du conseil. Une copie du compte-rendu de l'entretien est remise à la personne entendue à sa demande. Cette Période Contradictoire peut être prolongée à la demande de l'Organisme de formation ou du Titulaire de compte. Cette demande doit être motivée et doit intervenir au cours du délai initial notifié à l'Organisme de formation ou au Titulaire de compte dans la lettre d'observations. La CDC notifie à l'Organisme de formation ou au Titulaire de compte si elle accepte ou non la prolongation du délai imparti et lui indique le cas échéant la durée accordée. Cette Période Contradictoire peut être également prolongée par la CDC lorsque les contrôles réalisés font apparaître de nouveaux éléments nécessitant un échange complémentaire avec l'Organisme de formation ou le Titulaire de compte. Lorsque l'Organisme de formation ou le Titulaire de compte adresse les observations ou pièces justificatives demandées après la fin du délai imparti (soit après le délai initial, soit après le délai accordé dans le cadre de la prolongation), la CDC se réserve le droit de statuer indépendamment des éléments adressés. Au terme de la Période Contradictoire, la CDC notifie la décision par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception. Cette décision précise les suites données par le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation aux demandes qui lui ont été adressées par la CDC et s'il y a lieu les éventuelles mesures décidées à la suite du contrôle effectué et, le cas échéant, la décision de non-paiement ou de recouvrement des sommes versées. Si des manquements d'une particulière gravité sont constatés, notamment en cas de fraude, les services compétents de l'Etat sont alertés en vue d'un contrôle, sur place et sur pièces, des Actions de formation en cours ou passées. () ".
3. Pour demander la condamnation de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) au paiement d'une provision, la société Cedyl fait valoir qu'elle a transmis les pièces justificatives durant la période de la procédure contradictoire ouverte le 1er février 2023. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'elle l'a fait hors du délai qui lui avait été imparti. Par conséquent la CDC pouvait en application des dispositions susvisées ne pas en tenir compte et statuer indépendamment des éléments adressés. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation dont se prévaut la société Cedyl ne revêt pas en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable au sens de l'article R.541-1 du code de justice administrative. Par suite la requête de la société Cedyl doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les frais liés au litige :
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Cedyl la somme que la Caisse des dépôts et consignations demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la société Cedyl soient mises à la charge de la Caisse des dépôts et consignations, qui n'est pas la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Cedyl est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Cedyl et à la Caisse des dépôts et consignations.
Fait à Paris, le 23 février 2024.
La juge des référés,
M.-C. GIRAUDON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.