lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303552 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | MOMMESSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, Mme B A, représentée par Me Mommessin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à la reloger.
Le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Pavilla, greffière d'audience, le rapport de Mme Salzmann.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation . Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
3. Mme A, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 4 août 2016 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle dépourvue de logement ou hébergée chez un tiers. Cette décision valait pour une personne. Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à Mme A un relogement dans le délai de six mois impartis par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 4 février 2017 à l'égard de Mme A.
Sur le préjudice :
4. Il résulte de l'instruction que, le motif retenu par la commission de médiation dans sa décision du 4 août 2016 pour reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de la requérante a persisté jusqu'au 30 septembre 2017, date à laquelle Mme A a cessé d'être hébergée par plusieurs tiers et est devenue locataire d'une chambre meublée de 9m² dans le parc immobilier privé. Toutefois, cette chambre, située au septième étage d'un immeuble sans ascenseur, présente plusieurs désordres, notamment de plomberie et d'humidité, si bien que ce logement est inadapté à son état de santé, plus particulièrement aux douleurs chroniques aux os et aux genoux dont elle justifie. De même, le loyer mensuel de cette chambre s'élève à 410 euros. Or, il résulte de l'avis d'imposition pour l'année 2021 que les ressources de la requérante s'élèvent en moyenne à 460 euros par mois, si bien que son taux d'effort s'élève à 89%. Ainsi, le logement occupé par Mme A est également inadapté à ses capacités financières. Sa demande de logement social conserve donc un caractère prioritaire. Ainsi, compte tenu de son état de santé, de ses capacités et de son loyer actuel, les troubles de toute nature subis dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, doivent donner lieu à la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité 3 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mommessin, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement à Me Mommessin de la somme de 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A une somme de 3 500 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Me Mommessin une somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Mommessin.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
La magistrate désignée,
M. SALZMANN
La greffière,
C. PAVILLA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418084
Le Tribunal administratif de Paris a condamné l’État à verser 1 465 euros à M. A..., reconnu prioritaire pour un relogement d’urgence par la commission de médiation le 16 décembre 2021, en raison de la carence fautive de l’administration à lui proposer un logement dans le délai de six mois. Cette responsabilité est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, pour la période du 16 juin 2022 au 15 avril 2024, durant laquelle M. A..., en situation de handicap, est resté sans logement. Le tribunal a également alloué 800 euros au titre des frais de justice.
30/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418225
Le Tribunal administratif de Paris a condamné l’État à verser 3 480 euros à Mme B..., reconnue prioritaire pour un relogement d’urgence par la commission de médiation le 5 mai 2022, en raison de l’absence d’offre de relogement dans le délai de six mois. Cette carence fautive a engagé la responsabilité de l’État sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation. Le tribunal a évalué le préjudice subi, incluant les troubles dans les conditions d’existence et le préjudice moral, compte tenu du maintien de la situation d’hébergement avec trois enfants.
30/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414997
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par Mme A... d’une demande d’indemnisation de 7 000 euros pour le préjudice subi en raison de l’absence de relogement, après avoir été reconnue prioritaire par la commission de médiation. La responsabilité de l’État a été engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, en raison d’une carence fautive à exécuter la décision de relogement dans le délai imparti. Toutefois, le tribunal a rejeté la demande, estimant que le maintien dans son logement actuel, bien que générant un taux d’effort élevé, ne constituait pas un trouble suffisant pour ouvrir droit à réparation, car la situation initiale (attente prolongée) ne justifiait pas, en elle-même, un préjudice indemnisable.
30/09/2025