vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2304428 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2023, confirmée par un mémoire enregistré le 14 mars 2023, Mme B A, représentée par Me de Sèze, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 27 février 2023 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile procédure normale ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- dès lors que le délai de transfert de six mois était échu à la date de la décision attaquée et faute de preuve de ce que les autorités les autorités responsables de sa demande d'asile ont été informées de son placement en fuite conformément à l'article 9 du règlement (UE) n°1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié, la France était responsable de sa demande d'asile ;
- il n'est pas établi que les informations contenues dans les brochures A et B sur les conséquences des manquements aux obligations de présentation lui ont été fournies dans une langue qu'elle comprenait au moment de la notification de la décision de remise ;
- il ne peut être considéré qu'elle se soit soustraite de façon intentionnelle et systématique aux convocations de l'autorité administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une décision du 2 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A.
Par un courrier en date du 22 avril 2024, pris en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, dès lors que la fuite de Mme A et l'information des autorités espagnoles du prolongement du délai de transfert avant l'expiration du délai initial de six mois sont établies de même, en tout état de cause, que l'information des conséquences d'un placement en fuite, le refus d'instruire la demande d'asile en " procédure normale " dont Mme A demande l'annulation doit être regardé comme étant purement confirmatif de l'arrêté de transfert devenu définitif, de sorte que la requête doit être rejetée comme irrecevable (cf. Conseil d'Etat, 27 octobre 2022, N° 465885).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lenoir.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 21 février 1984 à Anyama, a été placée le 21 juin 2022 en procédure dite " Dublin " en vue de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile, qui ont accepté leur responsabilité en date du 4 juillet 2022, décidé par un arrêté du préfet de police en date du 21 juillet 2022. L'intéressée s'est maintenue en France et a demandé à ce que sa demande d'asile soit enregistrée en procédure normale, ce qui lui a été refusé en date du 27 février 2023. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cette décision.
2. Lorsqu'un demandeur d'asile fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, la décision de transfert emporte celle refusant de faire application à son bénéfice des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 et du paragraphe 1 de l'article 17 de ce règlement qui, respectivement, prévoient qu'il est " impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeur " et permettent à chaque Etat de " décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans [ce] règlement ". L'article 29 de ce règlement prévoit que le transfert s'effectue dans un délai de six mois, qui peut être porté à dix-huit mois maximum si la personne concernée prend la fuite.
3. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
4. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.
5. En l'espèce, en premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont été informées en date du 4 janvier 2023, au moyen de l'application DubliNET, de ce que Mme A avait pris la fuite et que le transfert serait effectué au plus tard dans un délai de dix-huit mois, soit le 4 janvier 2024.
6. En deuxième lieu, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a communiqué à Mme A le 20 juin 2022 une copie en langue bambara de la brochure " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " prévue par l'article 4 du règlement du 26 juin 2013, qui précise que le délai de transfert est susceptible d'être prolongé en cas de fuite du demandeur.
7. En troisième lieu, la notion de fuite au sens des dispositions susmentionnées doit s'entendre comme visant notamment le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Le caractère intentionnel et systématique d'un tel comportement s'apprécie au regard, d'une part, des diligences accomplies par l'autorité administrative pour assurer l'exécution de la mesure de réadmission dans le délai de six mois, d'autre part, des dispositions prises par l'intéressé pour s'y conformer. Dans l'hypothèse où le transfert du demandeur d'asile s'effectue sous la forme d'un départ contrôlé, il appartient, dans tous les cas, à l'Etat responsable de ce transfert d'en assurer effectivement l'organisation matérielle et d'accompagner le demandeur d'asile jusqu'à l'embarquement vers son lieu de destination. Une telle obligation recouvre la prise en charge du titre de transport permettant de rejoindre l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile depuis le territoire français ainsi que, le cas échéant et si nécessaire, celle du pré-acheminement du lieu de résidence du demandeur au lieu d'embarquement. Dans l'hypothèse où le demandeur d'asile se soustrait intentionnellement à l'exécution de son transfert ainsi organisé, il doit être regardé comme en fuite au sens des dispositions précitées de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vue remettre le 16 décembre 2022 un document de convocation à l'aéroport, qu'elle a refusé de signer, indiquant qu'elle devait se présenter, avec son enfant, le 4 janvier 2023 à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. Il est constant que Mme A ne s'est pas présentée à l'embarquement. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas été en mesure de respecter cette convocation en raison d'une urgence médicale, l'attestation de passage aux urgences et le compte-rendu en date du 4 janvier 2023 qu'elle produit ne sont pas de nature à établir que la condition médicale ayant justifié ce passage ne lui permettait pas de respecter la convocation qui lui avait été adressée. Il en va de même, au demeurant, du compte-rendu de passage aux urgences en date du 20 décembre 2022 produit par l'intéressée. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que c'est à tort que le préfet de police l'a placé en fuite.
9. Par suite, dès lors que le délai de transfert de Mme A n'était pas échu à la date du 27 février 2023 et que celle-ci ne se prévaut d'aucune circonstance de fait ou de droit nouvelle et postérieure à l'arrêté de transfert en date du 21 juillet 2022, la décision attaquée doit être regardée un refus se bornant à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont par suite irrecevables et doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions présentées par Mme A à fin d'injonction de même que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me de Sèze et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
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Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026