jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2305749 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CAMILLE & ASSOCIES (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mars et 2 août 2023, la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, représentée par Me Carles, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2023 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a mandaté d'office la somme de 1 664 794,63 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ;
- en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, qui est applicable aux décisions de mandatement d'office, elle ne précise pas les bases de liquidation ;
- les créances antérieures à 2018 sont prescrites en application de la loi du 31 décembre 1968, notamment pour ce qui concerne le prélèvement sur fonds de roulement d'un montant de 708 000 euros, des cotisations obligatoires envers l'assemblée permanente des chambres d'agriculture au titre de 2017 et 2018, et des créances envers le fonds national de solidarité et de péréquation (FNSP) qui relèvent de l'exercice 2018 ;
- les créances ne peuvent faire l'objet d'un mandatement d'office dès lors qu'elles ne présentent pas un caractère certain, liquide et exigible puisqu'elles ont fait l'objet de contestations, ce moyen est opérant nonobstant l'absence de contestation, dans le délai de recours contentieux, des titres exécutoires émis antérieurement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 juin et 4 septembre 2023, ce dernier non communiqué, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, la décision litigieuse ne faisant que rappeler des titres exécutoires devenus définitifs faute de contestation dans le délai de recours contentieux ;
- les moyens soulevés par la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne ne sont pas fondés ou sont inopérants.
La requête et les mémoires ont été communiqués au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 2014-1654 du 29 décembre 2014 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Lapeyre, pour la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne.
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 novembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a mis en demeure la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne de s'acquitter d'une dette de 1 664 794,63 euros, décomposée entre Chambres d'agriculture France (1 358 767,80 euros), la chambre régionale d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine (301 296,83 euros) et le centre d'études des palmipèdes du sud-ouest (CEPSO ; à hauteur de 4 730 euros). Le 3 mars 2023, le ministre a procédé au mandatement d'office de ces sommes, sur le fondement de l'article 194 du décret du 7 novembre 2012. Par la présente requête, la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne demande l'annulation de la décision du 3 mars 2023.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Une décision de mandatement d'office n'a pas pour seule portée de réitérer les titres de perception par lesquelles ont été liquidées des créances à l'encontre de la personne publique faisant l'objet de ce mandatement, créances qui peuvent au demeurant être contestées par des moyens étrangers à la légalité de ces titres. Par suite, la circonstance que des titres de perception aient antérieurement été émis et, faute de contestation dans le délai de recours contentieux, soient devenus définitifs, est sans incidence quant à la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le règlement des dettes afférentes est mandaté d'office. La fin de non-recevoir soulevée par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique doit, par suite, être écartée.
Sur la légalité externe :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions (), ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints () ".
4. La décision litigieuse a été signée par M. A, nommé directeur général adjoint de la direction générale des finances publiques par décret du 6 juin 2018, publié au Journal officiel de la République française le 7 juin 2018. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.
5. En second lieu, l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, qui prévoit que les déclarations ou les ordres de recouvrer les recettes doivent mentionner les bases de liquidation, n'est pas applicable aux décisions de mandatement d'office, qui sont relatives à des opérations de dépense. Ces décisions n'entrent au demeurant dans aucune des catégories mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et n'ont pas à être motivées. La chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne ne saurait dès lors utilement soutenir que la décision litigieuse aurait dû mentionner les " bases de liquidation ".
Sur la légalité interne :
6. Aux termes de l'article 194 du décret du 7 novembre 2012, applicable aux chambres départementales d'agriculture en vertu de l'article D. 511-80 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque l'ordonnateur refuse d'émettre un ordre de payer, le ministre chargé du budget peut, à la demande du créancier ou de sa propre initiative, et après mise en demeure restée sans effet, procéder au mandatement d'office de la dépense dans la limite des crédits ouverts. " Pour l'application de ces dispositions, une dépense ne peut être regardée comme obligatoire et faire l'objet d'un mandatement d'office que si elle correspond à une dette échue, certaine, liquide, non sérieusement contestée dans son principe et son montant et découlant d'une loi, d'un contrat ou de toute autre source d'obligations.
En ce qui concerne la prescription quadriennale :
7. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. " L'article 2 de la même loi dispose que : " La prescription est interrompue par : () Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. "
8. L'ensemble des créances en cause a été rappelé à plusieurs reprises à la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne. Notamment, des demandes de paiement du solde du prélèvement sur fond de roulement durant l'exercice 2015 lui ont été adressées les 16 septembre 2016 et 11 mars 2019, de sorte que le délai quadriennal expirera seulement le 31 décembre 2024. S'agissant des cotisations obligatoires envers l'assemblée permanente des chambres d'agriculture pour les exercices 2017 et 2018, et des créances à l'égard du fonds national de solidarité et de péréquation pour les mêmes exercices, des demandes de paiement ont notamment été reçues les 21 octobre 2019 et 31 janvier 2022, et une mise en demeure a été adressée par la direction générale des finances publiques, reçue le 5 décembre 2022. Ces différents courriers ont été de nature à interrompre le délai de prescription quadriennale, qui n'a recommencé à courir que le 1er janvier 2023 et a été de nouveau interrompu par la décision litigieuse. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les créances mentionnées par la décision du 3 mars 2023 étaient, à cette date, prescrites.
En ce qui concerne le caractère obligatoire des dépenses :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 513-2 du code rural et de la pêche maritime : " L'Assemblée permanente des chambres d'agriculture assure l'animation de l'ensemble du réseau des chambres d'agriculture et représente ce dernier auprès des pouvoirs publics. A ce titre : () 2° Elle crée au bénéfice de l'ensemble des établissements du réseau des services communs dont les règles de fonctionnement et de financement sont fixées par décret ; () ". L'article D. 513-11 du même code dispose que : " La création des services communs par l'assemblée permanente en application des dispositions du 2° de l'article L. 513-2 fait l'objet d'une délibération prise en session à la majorité des deux tiers des membres en exercice. Cette délibération précise les modalités de calcul de la cotisation spécifique des établissements du réseau permettant de financer leur fonctionnement, la composition et les modalités de fonctionnement de leur comité directeur. Ces services fonctionnent sous l'autorité du directeur général dans le cadre des orientations fixées par l'assemblée. "
10. La chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne se borne à soutenir que les cotisations obligatoires ou liées à des prestations facturées par l'assemblée permanente des chambres d'agriculture ne disposent pas de fondement légal ou réglementaire. Toutefois, les dispositions précitées constituent bien un tel fondement et la requérante ne conteste ni l'existence des délibérations fixant les montants des cotisations en cause, ni leur exacte application. Le moyen tiré de ce que la dépense en cause ne découle pas d'une source d'obligation doit donc être écarté.
11. En deuxième lieu, il est constant que, suite à la mise en demeure du 14 novembre 2022, la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne a réglé à Chambres d'agriculture France, venant aux droits de l'assemblée permanente des chambres d'agriculture, la somme de 106 254 euros, en règlement de la créance litigieuse. Il en résulte que, à la date de la décision de mandatement d'office, cette créance n'était plus exigible, à concurrence de ce montant, et que dans cette mesure elle avait perdu son caractère obligatoire.
12. En troisième lieu, si la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne a adressé, le 17 juin 2019, un courrier par lequel elle faisait savoir à la chambre régionale d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine qu'elle souhaitait renoncer à la mutualisation des fonctions " administration-finance " et " ressources humaines ", elle n'a pas mentionné dans ce courrier les systèmes d'information, à propos desquels elle n'a évoqué qu'un audit dans la perspective d'une " indépendance à moyen terme ". Dans ces conditions, et à supposer même qu'elle ait eu la faculté de se retirer unilatéralement d'un processus de mutualisation régionale, elle restait soumise à l'obligation de s'acquitter des contributions dues à la chambre régionale d'agriculture au titre de la mutualisation des systèmes d'information, prévue par l'article D. 512-1-2 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction alors applicable, dans les conditions précisées par la convention d'adhésion au service informatique régional signée le 4 août 2016.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 3 mars 2023 de mandatement d'office n'est illégale qu'en tant qu'elle porte sur la somme de 106 254 euros, déjà versée, et qu'il y a par suite lieu de l'annuler en tant qu'elle porte sur cette créance.
Sur les frais de l'instance :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat ou de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de mandatement d'office du 3 mars 2023 est annulée en tant qu'elle porte sur la créance de 106 254 euros mentionnée au point 11.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. BLa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
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Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
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