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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306053

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306053

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306053
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantLARAIZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 21 mars 2023, le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de la société Innovation Diffusion, enregistrée au greffe de ce tribunal le 21 mars 2023.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2023, la société Innovation Diffusion, représentée par Mes Laraize, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2023 par laquelle la direction départementale de l'emploi du travail des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) d'Eure-et-Loir lui a infligé une amende de 30 000 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de cette amende à 20 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la sanction contestée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la DDETSPP d'Eure-et-Loir ne lui a pas indiqué, dans son courrier du 23 novembre 2022, qu'elle pouvait se faire assister par le conseil de son choix, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-5 du code de la consommation ;

- la sanction prononcée correspond à celle initialement envisagée par la DDETSPP, qui n'a donc pas pris en compte les observations qu'elle a formulées dans son courrier du 16 décembre 2022 ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 111-1 du code de la consommation n'impose de communiquer les coordonnées du médiateur de la consommation compétent que sur les sites marchands, où le consommateur peut conclure un contrat avec l'entreprise, ce qui n'est pas le cas du site internet contrôlé " www.physaro.fr ", qui est un site non marchand ;

- l'amende de 10 000 euros qui lui a été infligée en raison de la méconnaissance de l'obligation de mentionner les coordonnées du médiateur de la consommation est disproportionnée dès lors qu'aucun consommateur ne s'est plaint de l'absence de cette mention et de ce qu'elle concerne un site non marchand ;

- l'amende de 20 000 euros qui lui a été infligée en raison de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-2 du code de la consommation, qui imposent d'informer les consommateurs de leur droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique lors du recueil de leur coordonnées téléphoniques est disproportionnée dès lors qu'aucun consommateur ne s'est plaint de l'absence de cette mention, qui n'a été que momentanément retirée par erreur du site internet ;

- le délai de sept mois entre le constat de ces manquements et la sanction contestée démontre également l'absence de gravité de ces manquements.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juin 2023 et le 28 août 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la société Innovation Diffusion ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- et les conclusions de M. Halard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Innovation Diffusion a pour activité la commercialisation hors établissement d'articles de literie et de bien-être sous le nom commercial " Physaro ". Lors d'une vente au déballage qui a eu lieu le 10 février 2022, elle a fait l'objet d'un contrôle par trois inspecteurs de la direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), à l'issue duquel une procédure pénale a été transmise au parquet de Chartres à raison notamment d'allégations mensongères sur les vertus antalgiques et curatives de certains produits. Une inspectrice A a également procédé au contrôle du site internet www.physaro.fr et par un courrier du 23 novembre 2022, la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) d'Eure-et-Loir a informé la société de son intention de lui infliger une sanction administrative de 30 000 euros à raison de manquements à certaines de ses obligations d'information des consommateurs. Cette société a présenté des observations le 16 décembre 2022 et par une décision du 4 janvier 2023, la DDETSPP d'Eure-et-Loir lui a infligé une amende administrative d'un montant de 30 000 euros. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-5 du code de la consommation : " Avant toute décision, l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation informe par écrit la personne mise en cause de la sanction envisagée à son encontre, en lui indiquant qu'elle peut prendre connaissance des pièces du dossier et se faire assister par le conseil de son choix et en l'invitant à présenter, dans un délai précisé par le décret mentionné à l'article L. 522-10, ses observations écrites et, le cas échéant, ses observations orales. / Passé ce délai, elle peut, par décision motivée, prononcer l'amende ".

3. Si la société Innovation Diffusion soutient que le courrier du 23 novembre 2022 ne l'a pas informée de son droit à se faire assister par le conseil de son choix, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du dernier paragraphe de ce courrier, que ce moyen manque en fait.

4. En deuxième lieu, si la société requérante soutient que l'administration n'a pas pris en compte les observations qu'elle a présentées le 16 décembre 2022, la décision attaquée fait bien mention de ces observations et y répond. La circonstance que la sanction finalement retenue de 30 000 euros soit identique à celle qui était initialement envisagée est à cet égard sans incidence. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-5 citées au point 2 doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

S'agissant du manquement tenant à l'absence de mention des coordonnées du médiateur de la consommation :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article liminaire du code de la consommation : " Pour l'application du présent code, on entend par : 1o Consommateur: toute personne physique qui agit à des fins qui n'entrent pas dans le cadre de son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole () / 3o Professionnel: toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui agit à des fins entrant dans le cadre de son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, y compris lorsqu'elle agit au nom ou pour le compte d'un autre professionnel () / 16o Pratique commerciale : toute action, omission, conduite, démarche ou communication commerciale, y compris la publicité et le marketing, de la part d'un professionnel, en relation directe avec la promotion, la vente ou la fourniture d'un bien, d'un service, ou portant sur des droits et obligations ".

6. D'autre part, l'article L. 616-1 du code de la consommation dispose : " Tout professionnel communique au consommateur, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, les coordonnées du ou des médiateurs compétents dont il relève. / Le professionnel est également tenu de fournir cette même information au consommateur, dès lors qu'un litige n'a pas pu être réglé dans le cadre d'une réclamation préalable directement introduite auprès de ses services ". L'article L. 612-1 du même code dispose : " Tout consommateur a le droit de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation en vue de la résolution amiable du litige qui l'oppose à un professionnel. A cet effet, le professionnel garantit au consommateur le recours effectif à un dispositif de médiation de la consommation () ". Aux termes de l'article R. 616-1 du code de la consommation : " En application de l'article L. 616-1, le professionnel communique au consommateur les coordonnées du ou des médiateurs de la consommation dont il relève, en inscrivant ces informations de manière visible et lisible sur son site internet, sur ses conditions générales de vente ou de service, sur ses bons de commande ou, en l'absence de tels supports, par tout autre moyen approprié. Il y mentionne également l'adresse du site internet du ou de ces médiateurs ". Enfin, l'article L. 111-1 du code de la consommation dispose : " Avant que le consommateur ne soit lié par un contrat à titre onéreux, le professionnel communique au consommateur, de manière lisible et compréhensible, les informations suivantes : () 6o La possibilité de recourir à un médiateur de la consommation dans les conditions prévues au titre I du livre VI ".

7. En premier lieu, la société Innovation Diffusion soutient que la DDETSPP a commis une erreur de droit en la sanctionnant du fait de l'absence de mention sur son site internet des coordonnées du médiateur compétent alors que les dispositions de l'article L. 111-1 du code de la consommation ne s'appliquent qu'aux sites marchands, sur lesquels il est possible de conclure un contrat à titre onéreux. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision contestée a été prise pour sanctionner un manquement à l'article L. 616-1 du code de la consommation qui impose à tout professionnel la communication au consommateur des coordonnées du médiateur de la consommation compétent. Le site internet en cause de la société Innovation Diffusion a pour objet la promotion des produits que la société vend à titre professionnel, dans le cadre de réunions privées. Ainsi, la circonstance que les consommateurs ne puissent y acheter directement les produits ou y conclure un contrat à titre onéreux est sans incidence sur l'obligation qui incombe à la société requérante de communiquer sur son site internet les coordonnées du médiateur de la consommation dont elle relève. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 641-1 du code de la consommation : " Tout manquement aux obligations d'information mentionnées aux articles L. 616-1 et L. 616-2 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V ".

9. La société Innovation Diffusion soutient que l'amende de 10 000 euros qui lui a été infligée en raison de la méconnaissance de l'obligation de mentionner les coordonnées du médiateur de la consommation est disproportionnée compte tenu du caractère non marchand de son site internet et de ce qu'aucun consommateur ne s'est plaint de l'absence de cette mention. Elle fait valoir que le consommateur qui consulte ce site n'a aucun intérêt à vouloir saisir le médiateur de la consommation puisqu'il ne conclut aucun contrat à partir du site. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée qui résulte du seul constat d'un manquement de la société à ses obligations, quelles qu'en soient les répercussions pour les consommateurs. Si la société requérante soutient également que le délai de sept mois entre le constat de la matérialité du manquement et le courrier de la DDETSPP révèle l'absence de gravité du manquement, cette circonstance est également sans incidence sur la proportionnalité de l'amende qui lui a été infligée, qui n'est pas l'amende la plus sévère prévue par les dispositions de l'article L. 641-1 du code de la consommation citées au point précédent. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la sanction est disproportionnée au regard de la faible gravité des faits.

S'agissant du manquement tenant à l'absence d'information du droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique :

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-2 du code de la consommation : " Lorsqu'un professionnel est amené à recueillir auprès d'un consommateur des données téléphoniques, il l'informe de son droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique. / Lorsque ce recueil d'information se fait à l'occasion de la conclusion d'un contrat, le contrat mentionne, de manière claire et compréhensible, l'existence de ce droit pour le consommateur ". L'article L. 242-16 du code de la consommation dispose : " Tout manquement aux dispositions des articles L. 223-1 à L. 223-5 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique 375 000 € pour une personne morale ".

11. La société Innovation Diffusion soutient que l'amende de 20 000 euros que lui a infligée la DDETSPP en raison de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent est disproportionnée dans la mesure où aucun consommateur ne s'est plaint de l'absence de mention relative au droit de s'inscrire sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique sur son site internet. Elle fait également valoir que la DDETSPP ne l'a alertée que sept mois après le contrôle au cours duquel le manquement a été constaté, ce qui révèle l'absence de gravité du manquement reproché. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, ces circonstances sont sans incidence sur la proportionnalité de la sanction qui lui a été infligée. En outre, la société requérante affirme que son site était en cours de modification à la date du contrôle et qu'il est possible que la mention sur le droit d'opposition ait été supprimée à la suite d'une erreur matérielle. Toutefois, cette simple supposition et la circonstance que la mention figure désormais sur le formulaire de contact par lequel la société recueille les coordonnées des consommateurs n'ont pas d'incidence sur la proportionnalité de la sanction attaquée, l'amende prononcée étant, au demeurant, très éloignée du maximum légal, que l'article L. 242-16 du code de la consommation fixe à 375 000 euros. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Innovation Diffusion doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris les conclusions tendant à la réduction de l'amende à 20 000 euros et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Innovation Diffusion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Innovation Diffusion et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

La présidente,

J. EVGÉNAS

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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