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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306321

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306321

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306321
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET INTERBARREAUX MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mars et 23 juin 2023, Mme A B, représentée par le cabinet Lexglobe - SELARL Christelle Monconduit, par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'un vice de procédure faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massiou, première conseillère ;

- et les observations de Me Cabral De Brito, substituant Me Monconduit, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante haïtienne née en 1981, est entrée en France en 2008 selon ses déclarations. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B vit sur le territoire français, ultramarin puis métropolitain, depuis l'année 2008, avec sa fille née la même année, qui a la nationalité française, a toujours vécu en France et y a effectué l'ensemble de sa scolarité, et qu'elles résident ensemble chez un ressortissant français depuis le mois de septembre 2020. Si le refus de titre de séjour qui a été opposé à la requérante n'a pas pour effet de la séparer de sa fille, n'étant pas assorti d'une mesure d'éloignement, il la prive en revanche de la possibilité de trouver un emploi pour subvenir à ses besoins autrement que par le biais des ressources du tiers qui l'héberge, dès lors notamment qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de l'enfant, qui n'est pas connu, lui verserait des subsides, cette situation plaçant la fille de la requérante qui, en sa qualité de ressortissante française, a vocation à demeurer sur le territoire français, dans une situation précaire. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui garantit le droit au respect de la vie privée et familiale.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard à son motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir l'intéressée, dans l'intervalle, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 23 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir l'intéressée, dans l'intervalle, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Massiou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

B. MASSIOU

La présidente,

S. AUBERT La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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