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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306324

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306324

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306324
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ABEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2023, M. A B, représenté par Me Abel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet de police n'a pas saisie la commission du titre de séjour avant l'édiction de la décision litigieuse, alors qu'il réside depuis plus de dix ans sur le territoire national ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sorin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 1984 à Nahaly (Mali) et entré en France en 2004 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 février 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. En application des dispositions précitées, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement la condition de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

4. M. B soutient que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour au motif qu'il réside en France de façon continue depuis plus de dix ans. Il produit, pour justifier cette présence sur l'ensemble de la période en cause, à savoir du mois février 2013 au mois de février 2023, date de la décision litigieuse, de nombreux justificatifs, notamment des relevés bancaires retraçant de nombreux mouvements, des certificats médicaux et plusieurs ordonnances et analyses médicales supposant nécessairement sa présence sur le sol français. Si le préfet de police conteste notamment le manque de variété et l'insuffisance des éléments produits pour les années 2013 à 2015 et 2018, M. B justifie sa présence sur ces années par le versement à l'instance, en particulier, d'ordonnances médicales nombreuses au cours des années 2013 et 2014, de ses bulletins de paie des mois de juillet et août 2014 ainsi que janvier à août 2015, l'avis d'impôt sur ses revenus 2015 faisant état de 10 728 euros de revenus déclarés au titre de cette année, les relevés de son compte bancaire indiquant la réalisation de nombreux retraits et dépôts sur les années 2015 à 2018. Le requérant démontre par ailleurs sa présence sur le territoire national au cours de l'année 2019 en produisant les autorisations provisoires de séjour détenues de février à décembre 2019, le justificatif d'une demande souscription de passeport en janvier 2019 et d'une carte d'identité consulaire en octobre 2019. Si les pièces fournies pour attester de sa présence en France au cours de l'année 2020 se limitent à une ordonnance médicale en février 2020, un justificatif de déplacement professionnel d'octobre 2020 et l'attestation de rechargement de sa carte de transport " Navigo " en août 2020, leur faible nombre ne suffit pas à remettre en cause la présence habituelle de l'intéressé sur le sol français sur la période en cause, alors que celui-ci fait état, s'agissant des années 2021 et 2023, de son activité professionnelle continue au sein d'entreprises domiciliées en Ile-de-France en produisant ses bulletins de salaire sur la quasi-totalité des mois de mai 2021 à février 2023, ainsi que ses contrats de travail au cours de cette période. Le requérant doit ainsi être regardé comme justifiant de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de naissance de la décision de rejet litigieuse et remplir les conditions prévues par les dispositions précitées. Par suite, M. B, qui a été privé d'une garantie, est fondé à demander l'annulation de la décision implicite attaquée au motif que le préfet de police n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de lui refuser un titre de séjour et a entaché la décision d'un vice de procédure.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 14 février 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. B soit réexaminée après saisine de la commission du titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de M. B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Abdat, conseillère,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

J. SORINL'assesseur le plus ancien,

G. ABDATLa greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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