jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2306737 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, la société civile immobilière (SCI) 6 G, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2022, notifié le 24 janvier 2023, par lequel la maire de Paris a rejeté sa demande de permis de construire enregistrée sous le numéro PC 07511721V00212, en vue de la construction d'un bâtiment à R+5 sur 2 niveaux de sous-sol à destination de commerce et d'habitation ;
2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête n'est pas tardive, la décision du 6 juillet 2022 lui ayant été notifiée le 24 janvier 2023 ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- le motif tiré de l'atteinte par le projet au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants en violation des articles UG 11.1 et UG 11. 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris est illégal ;
- les lieux avoisinants ne présentent aucun intérêt particulier au sens des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et le projet, à supposer même qu'un tel intérêt soit constaté, n'y porte pas atteinte ;
- le motif tiré de l'implantation du local vélo en sous-sol en violation de l'article UG 12.3 du règlement du PLU de la Ville de Paris, est illégal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les autres moyens soulevés par la société civile immobilière 6 G ne sont pas fondés.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Gaury, représentant la société civile immobilière 6G.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) 6 G a, le 16 juin 2021, déposé une demande de permis de construire pour la construction d'un bâtiment à R+5 sur 2 niveaux de sous-sol à destination de commerce et d'habitation situé au 81 rue des Moines à Paris 17ème. Par un arrêté du 6 juillet 2022, la maire de Paris a refusé de délivrer le permis de construire sollicité au motif que le projet était de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants en méconnaissance des articles UG11.1 et UG11.1.3 et qu'il ne respectait pas les dispositions de l'article UG.12.3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) en ce qu'il prévoyait un local vélo en sous-sol. Par la présente requête, la société requérante demande l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 mars 2022, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 18 mars suivant, Mme A C, cheffe de la circonscription nord du service du permis de construire et du paysage de la rue de la direction de l'urbanisme a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer les arrêtés, actes ou décisions concernant l'occupation temporaire du domaine public par les étalages et terrasses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 6 juillet 2022 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes de l'article UG.11.1 du PLU : " () L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".
4. Les dispositions de l'article UG.11 du règlement du PLU de Paris ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du PLU de Paris que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
5. D'une part, les dispositions de l'article UG 11.1 du règlement du PLU fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la ville. Si les dispositions du début du point UG 11.1.3 sur les constructions nouvelles énoncent que ces constructions doivent s'intégrer au tissu urbain existant, en prenant en compte les particularités des quartiers, celles des façades existantes et des couvertures, ces dispositions ne peuvent être isolées des autres dispositions de l'article UG 11, en particulier de celles du point UG 11.1, qui précisent que peuvent être autorisées des constructions nouvelles permettant d'exprimer une création architecturale et qui n'imposent pas que soit refusée une autorisation de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, et celles du même point UG 11.1.3 qui précisent que l'objectif d'intégration dans le tissu urbain existant ne doit pas conduire à un mimétisme architectural ou faire obstacle à des projets d'architecture contemporaine.
6. D'autre part, eu égard à la teneur des dispositions de l'article UG 11 du règlement du PLU de Paris, en particulier celles du point UG 11.1.3, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement refuser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, en tenant compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
7. Il ressort des pièces du dossier que l'aspect de la construction projetée, particulièrement de son mur pignon en bardage bois sera dissonant dans la séquence des immeubles existants avoisinants, constituée de façades en enduit et pierre calcaire. Par ailleurs, les balcons semi-filants, en acier de couleur gris moyen dissocient le projet des immeubles avoisinants, dont les balcons sont majoritairement de dimensions réduites, de type individuel et en ferronnerie. En outre, le projet en R+5 rompt avec la séquence de bâtiments en R+1 actuellement voisins du terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, la maire de Paris n'a pas méconnu les dispositions citées au point 3 ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que les caractéristiques du projet ne permettaient pas son intégration dans l'ordonnancement général de la séquence urbaine qui a vocation à l'accueillir et qu'il était ainsi de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article UG 12.3 du règlement du PLU de la Ville de Paris : " Lorsque les prescriptions ou normes ci-après l'exigent, des locaux fermés ou des aires couvertes doivent être aménagés pour assurer le stationnement des vélos et des poussettes. / Les locaux destinés à cet usage doivent être accessibles facilement. Ils doivent être aménagés préférentiellement de plain-pied. Leur implantation en sous-sol peut être admise à titre exceptionnel, en cas d'impossibilité technique. Dans ce cas, ils doivent être isolés du stationnement des véhicules à moteur et garantir de bonnes conditions de sécurité. / La surface des locaux affectés au stationnement des vélos et des poussettes ne peut, dans le cas où elle est exigible, être inférieure au seuil minimal de 10 m². () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création d'un local de 10.4 m² au sous-sol, accessible par un ascenseur d'une capacité de six personnes. Si les dispositions de l'UG 12.3 précisent que les locaux pour les stationnements de vélos doivent être aménagés préférentiellement de plain-pied, elles prévoient la possibilité d'une implantation en sous-sol en cas d'impossibilité technique. Il ressort des pièces du dossier que l'aménagement du local en surface n'était pas possible techniquement dans le projet en cause. Par suite, la Ville de Paris a entaché sa décision d'une erreur de droit en estimant que le projet en cause méconnaissait l'article UG 12.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la Ville de Paris aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la méconnaissance de l'article UG 11 règlement du PLU de Paris et qu'il y a donc lieu de procéder à la neutralisation du motif tiré de la méconnaissance de l'article UG 12.3.
10. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile immobilière 6 G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière 6 G et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Arnaud Blusseau, premier conseiller
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
P. B
La présidente,
A. Seulin
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026