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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2307645

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2307645

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2307645
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2307645 le 4 avril 2023, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Paris lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,45 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ledit indu ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès lors qu'il n'a pas été informé de l'exercice effectif du droit de communication par l'agent de contrôle avant la mise en recouvrement ;

- la retenue pratiquée est illégale au regard de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision attaquée a été prise en violation du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- elle est entachée d'erreur de fait et de droit dès lors qu'il remplit les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 septembre 2023, le 6 décembre 2023 et le 17 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision attaquée du 7 janvier 2023 a été annulée et remplacée par une décision du 16 janvier 2024 ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2401595 le 22 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 16 janvier 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Paris lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,45 euros ;

3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ledit indu ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise en violation du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- elle est entachée d'erreur de fait et de droit dès lors qu'il remplit les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision attaquée du 7 janvier 2023 a été annulée et remplacée par une décision du 16 janvier 2024 ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la sécurité sociale,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Deniel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Deniel a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était bénéficiaire du revenu minimum d'insertion puis du revenu de solidarité active (RSA) depuis le mois d'octobre 2002 et de l'allocation de logement sociale (ALS) depuis le mois de mars 2011 pour un logement situé dans le 14ème arrondissement de Paris. A la suite d'un contrôle de sa situation par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de Paris le 2 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales a relevé qu'il avait omis de déclarer la perception de ressources et qu'il avait résidé à l'étranger 254 jours en 2020, 365 jours en 2021 et 323 jours au 12 octobre 2022. Après avoir procédé à la régularisation de sa situation, la caisse d'allocations familiales de Paris lui a notifié, par décision du 4 janvier 2023, un indu de revenu de solidarité active au titre de la période d'avril 2020 à septembre 2022, dont le solde est de 14 862,67 euros sur un montant initial de 14 931,21 euros et un indu d'allocation de logement sociale de 9 360 euros au titre de la période d'avril 2020 à octobre 2022 ainsi qu'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 d'un montant de 152,45 euros. Par une décision du 7 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de Paris lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,45 euros. Par une décision du 16 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales a annulé la décision du 7 janvier 2023 et a à nouveau notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,45 euros. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

2. Les requêtes nos 2307645 et 2401595 présentées par M. A concernent un même allocataire et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions de la requête n°2401595 tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 mars 2024, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le non-lieu à statuer :

4. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

5. Il résulte de l'instruction, ainsi que le fait valoir la caisse d'allocations familiales de Paris en défense, que postérieurement à l'introduction de la requête n°2307645, la décision du 7 janvier 2023 portant notification d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 a été retirée et remplacée par une décision de la caisse d'allocations familiales de Paris du 16 janvier 2024, qui a la même portée. Cette décision ayant acquis un caractère définitif, les conclusions dirigées contre la décision du 7 janvier 2023 ainsi que les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme en litige ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. En revanche, il y a lieu de regarder les conclusions de la requête n° 2307645 de M. A comme dirigées contre la décision du 16 janvier 2024 en tant qu'elle lui notifie à nouveau un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021.

Sur l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 :

6. Le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale (), sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". En outre, aux termes de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale : " I. L'organisation de la sécurité sociale comprend les organismes de sécurité sociale suivants : / 1° En ce qui concerne le régime général : () / b) La Caisse nationale des allocations familiales et des caisses d'allocations familiales () ".

8. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de Paris a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 à M. A, qui ne constitue pas une sanction, n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire en application du 4° de l'article L. 121-2 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

9. En second lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. () ".

10. Il résulte de l'instruction que pour demander à M. A le remboursement de la prime exceptionnelle de fin d'année 2021, la caisse d'allocations familiales s'est fondée sur la circonstance que le bénéfice du revenu de solidarité active lui avait été supprimé au titre des mois de novembre et décembre 2021 au motif qu'il ne remplissait pas, au cours de la période en litige, la condition de résidence stable et effective en France au sens des dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il avait résidé à Taiwan du 22 avril 2020 au 12 octobre 2022. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de fait et à bon droit que la caisse d'allocations familiales de Paris a demandé à M. A la répétition de la somme versée au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année 2021.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 janvier 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Paris lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

12. Dans l'instance no 2307645, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

13. Dans l'instance no 2401595, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête no2401595 tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge de la requête n°2307645.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2307645 et la requête n°2401595 sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Desfarges et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. DenielLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2307645/6-2 et 2401595/6-2

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