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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2308570

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2308570

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2308570
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantRAYNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 avril, 28 juillet, 3 août et 26 septembre 2023, M. C D, représenté par Me Raynaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 5 avril 2023 par lesquelles le préfet de police de Paris a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour conformément aux exigences de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen complet de sa situation ;

- elles ont été prises en violation du principe des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles violent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Deniel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 30 mars 1982, est entré en France le 14 décembre 2015 selon ses déclarations. Il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant malade délivrée le 21 novembre 2022 d'une durée de trois mois dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 5 avril 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. D demande au tribunal d'annuler les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à M. A B, attaché principal d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que celles-ci n'étaient pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

Sur les autres moyens concernant la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance. / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions et auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. L'autorisation provisoire prévue par l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne figurant pas parmi les titres de séjour mentionnées au 1° de l'article L. 432-13 du même code, M. D ne peut utilement soutenir que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour la commission du titre de séjour d'avoir été saisie préalablement.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 (). ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 10 novembre 2021, le tribunal judiciaire de Paris a condamné M. D à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits de violence sans incapacité commis sur son épouse le 9 novembre 2021. Si M. D soutient que ces faits sont isolés, n'ont eu " aucune conséquence sur la victime " et qu'il a comparu sur reconnaissance préalable de culpabilité, le préfet de police n'a toutefois pas commis d'erreur d'appréciation, au regard du caractère récent et de la nature de ces faits, en estimant que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public et en lui refusant, pour ce motif, en application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour prévue par l'article L. 425-10 du même code, sans que le requérant puisse utilement soutenir qu'il remplit les conditions prévues par cet article.

Sur les autres moyens concernant l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

7. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi d'ailleurs que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose de manière suffisante les circonstances de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. D. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français, la circonstance qu'il ne mentionne pas certains éléments relatifs à sa situation personnelle n'étant pas de nature à établir un défaut d'examen. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.

9. En troisième lieu, la décision attaquée ne constituant pas une sanction, mais une mesure de police administrative, le moyen tiré de la violation du principe du respect des droits de la défense est inopérant.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. D'une part, si M. D allègue être entré sur le territoire français en 2015, il n'y justifie pas de sa présence habituelle avant l'année 2017. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 mars 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 novembre 2018, le préfet de police, par un arrêté du 9 novembre 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, sans qu'il n'ait déféré à cette mesure d'éloignement. D'autre part, M. D se prévaut de la présence en France de sa compagne, de même nationalité, avec laquelle il a eu deux enfants nés le 12 janvier 2018 et le 26 juillet 2020 et de ce que le premier est atteint drépanocytose homozygote, laquelle pathologie, selon le certificat médical établi le 31 octobre 2022 par un praticien hospitalier du centre de la drépanocytose de l'hôpital Robert Debré, revêt un caractère grave et nécessite " un traitement au long cours non disponible dans le pays d'origine des parents ", dont l'absence mettrait en jeu son " pronostic vital à court et moyen terme ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le couple résiderait ensemble compte tenu de l'indication par le requérant d'une adresse dans le 15ème arrondissement de Paris dans les bulletins de paie produits comme d'ailleurs dans sa requête, en dépit d'une déclaration de vie commune et d'une attestation d'hébergement de l'ensemble de la famille établie le 13 mars 2023 à une adresse située dans le 19ème arrondissement, ou d'attestations de la mère des enfants. Il n'en ressort pas davantage qu'il subviendrait aux besoins de ces derniers, avec lesquels il ne justifie d'aucun contact régulier, en se bornant à produire une attestation de la mère des enfants non circonstanciée, des factures de la ville de Paris liées à l'accueil des enfants, une attestation non datée et imprécise de la directrice de l'école maternelle qui accueille sa fille aînée faisant état d'un accompagnement occasionnel et quelques photographies. Il n'est en outre pas contesté que la mère de ses enfants bénéficie d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 29 juillet 2023 en qualité d'accompagnant d'enfant malade. Le requérant ne fait par ailleurs état d'aucun autre lien privé ou familial sur le territoire français et ne soutient pas être dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine. Enfin, s'il a exercé une activité à temps partiel de manutentionnaire de mai à décembre 2022, il ne justifie d'aucune activité professionnelle et il a en outre été condamné à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis pour des faits de violence sur conjoint ainsi qu'il a été dit au point 5. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquelles elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

12. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Compte tenu du comportement du requérant, qui constitue une menace pour l'ordre public, la mesure d'éloignement prise à son égard ne peut être regardée comme méconnaissant, dans les circonstances de l'espèce, l'intérêt supérieur de ses enfants, qui vivent auprès de leur mère et n'ont pas vocation à rester en France au-delà de la durée des soins nécessaires à l'état de santé de la fille aînée de M. D. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

14. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les autres moyens concernant la décision refusant un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, la décision comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

17. En troisième lieu, la décision attaquée ne constituant pas une sanction, mais une mesure de police administrative, le moyen tiré de la violation du principe du respect des droits de la défense est inopérant.

18. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 11, la décision refusant un délai de départ volontaire ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

19. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, en tout état de cause, être écarté alors que le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les autres moyens concernant la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, la décision comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant d'édicter la décision fixant le pays de destination.

22. En troisième lieu, la décision attaquée ne constituant pas une sanction, mais une mesure de police administrative, le moyen tiré de la violation du principe du respect des droits de la défense est inopérant.

23. En quatrième lieu, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que la décision fixant la pays de destination porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

24. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 13, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, en tout état de cause, être écarté alors que le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

25. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

26. M. D n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens concernant l'interdiction de retour sur le territoire français :

27. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

28. En premier lieu, pour prononcer à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police, après avoir visé cet article et relevé que l'intéressé devait quitter le territoire français sans délai, s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public et, d'autre part, sur sa durée de présence ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

29. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

30. En troisième lieu, la décision attaquée ne constituant pas une sanction, mais une mesure de police administrative, le moyen tiré de la violation du principe du respect des droits de la défense est inopérant.

31. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé aux points 11 et 13, ainsi que de la durée de l'autorisation provisoire de séjour qui a été délivrée à la mère de la fille de M. D, qui porte sur une période de six mois, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

32. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

33. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

34. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- Mme Deniel, première conseillère,

- M. Pény, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

C. Deniel

Le président,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2308570/6-3

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