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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2308682

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2308682

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2308682
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 avril 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. A B, enregistrée le 23 février 2023.

Par cette requête, enregistrée au greffe du présent tribunal le 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Zekri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-7 du même code dans les mêmes conditions de délai, ou, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui remettre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

-l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

-il méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

-il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-et les observations de Me Zekri, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 8 décembre 1983 à Bamako, est entré en France le 1er janvier 2011 selon ses déclarations. Il a obtenu un titre de séjour valable du 20 juin 2016 au 19 juin 2017 et renouvelé jusqu'au 19 juin 2021. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 décembre 2022, le préfet de police a refusé de faire droit à cette demande. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. B avant de prendre la décision litigieuse, quand bien même cette dernière mentionne " des faits délictueux " alors que M. B n'a fait l'objet que d'une seule condamnation. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. () ". En outre, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Le préfet de police a refusé de délivrer une carte de résident à M. B sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que la présence en France de ce dernier constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 15 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine d'un an et six mois de prison, dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 12 juin 2020 contre sa compagne et qu'il avait été condamné pour des faits identiques commis contre sa fille le 11 mai 2016 par le même tribunal. Compte tenu de la nature et de la gravité de ces faits et quand bien même M. B a purgé sa peine, accompli son travail d'intérêt général et s'est présenté aux cinq consultations médico-psychologiques prescrites par le centre intersectoriel de soins pénalement ordonnés (CISPéO) de Villejuif, le préfet de police n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer la carte de résident sollicitée au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'administration de concilier, sous le contrôle du juge, les exigences de la protection de l'ordre public avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie privée et familiale normale.

6. M. B se prévaut de son insertion professionnelle sur le territoire national et du fait qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français et qu'il vit de nouveau avec sa compagne, mère de l'un d'eux. Toutefois, compte tenu de la gravité des faits qu'il a commis, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, le préfet de police ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B. Le moyen doit donc être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 26 décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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