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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309196

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309196

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309196
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SIMON ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2023 et 19 février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Appart'city, représentée par Me Robert-Védie, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 29 juin 2022 et du 19 octobre 2022 par lesquels la maire de Paris a délivré un permis de construire à la société civile immobilière (SCI) Vya et a autorisé le transfert de ce permis à la SAS Mc Donald's France, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été formée dans les délais de recours contentieux, qu'elle a intérêt à agir et que les formalités de notification ont été accomplies ;

- les arrêtés ont été signés par une autorité qui ne bénéficie pas d'une délégation de signature régulière ;

- la demande de permis de construire est incomplète, l'administration n'a pas été mise à même d'identifier la nature des travaux car leur description est très imprécise, la notice architecturale ne comporte pas de liste précise des matériaux utilisés, elle ne fait pas état du parti pris architectural et elle n'indique pas la proximité immédiate d'habitations ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent les dispositions de l'article UG.12.2, UG.12.3 et UG.15.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté autorisant le transfert doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté délivrant un permis de construire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, la SAS Mc Donald's France, représentée par Me Thouny, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SAS Appart'city au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté car présentée postérieurement à l'expiration des délais de recours contentieux, comme l'attestent les procès-verbaux d'affichage ;

- les moyens soulevés par la SAS Appart'city ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté car présentée postérieurement à l'expiration des délais de recours contentieux, comme l'attestent les procès-verbaux d'affichage ;

- les moyens soulevés par la SAS Appart'city ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller,

- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Agossou, pour la SAS Appart'city et de Me Noël, pour la société Mc Donald's France.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 février 2022, la société civile immobilière (SCI) Vya a déposé une demande de permis de construire portant sur la transformation d'un local commercial en coque vide établissement recevant du public (ERP) de 5ème catégorie avec agrandissement du plancher du rez-de-chaussée et de la mezzanine et la modification d'aspect extérieur d'une construction à R+9 sur deux niveaux de sous-sol au sein de l'immeuble situé 68 au 72, avenue de France, 38 au 40 rue Hélène Brion et 35 au 37 rue Françoise Dolto (75013). Par un arrêté du 29 juin 2022, la maire de Paris a délivré le permis de construire demandé. Le 7 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Mc Donald's France a demandé le transfert de ce permis de construire à son bénéfice. Par un arrêté du 19 octobre 2022, la maire de Paris a autorisé ce transfert. Le 20 décembre 2022, la SAS Appart'City a formé un recours gracieux contre ces deux arrêtés. Du silence de l'administration, une décision implicite de rejet est née. La SAS Appart'city demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteure de l'acte :

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la ville de Paris le 29 avril suivant, la maire de Paris a donné délégation à Mme A, cheffe de la circonscription sud, signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer, notamment, les arrêtés, actes, décisions et correspondances concernant les permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la complétude du dossier :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R 435-1 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () d) La nature des travaux ; () ".

4. Il ressort de la notice architecturale qu'elle précise la nature des travaux envisagés, en particulier elle indique que le plancher sera prolongé, que l'escalier central sera supprimé et remplacé par deux escaliers droits, qu'un dégagement sera rajouté, qu'une trémie et un escalier béton seront créés, que l'escalier menant vers la mezzanine sera remplacé par un escalier deux quart tournant, que la surface et la forme de la mezzanine seront modifiés, que le sous-sol sera également modifié et que la façade fera l'objet de légères modifications. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L 425-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public. " Et aux termes des dispositions de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative () Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de la même autorité administrative. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt de la demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire doit être obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public. () ".

6. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux. "

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 15 février 2022 que l'immeuble en cause n'est pas situé dans le périmètre délimité des abords ou dans le champ de visibilité d'un monument historique, qu'il n'est pas davantage situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé ou inscrit et qu'il ne remplit aucune des autres conditions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme. Par suite, la notice architecturale n'avait pas à mentionner les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux.

En ce qui concerne le respect des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris :

8. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article UG.12.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " UG.12.2 - Aires de livraison et aires de dépose pour autocars : Les constructions doivent réserver sur leur terrain des aires de livraison () 2°- Commerce, artisanat, industrie : Lorsqu'il est construit sur un terrain une surface de plancher* relevant d'une ou plusieurs de ces destinations et dépassant 500 m², il doit être réservé sur ledit terrain les emplacements nécessaires et adaptés pour assurer toutes les opérations usuelles de chargement, déchargement et manutention. () ". Et aux termes des dispositions de l'article UG.12.3 du même règlement : " UG.12.3 - Stationnement des vélos et poussettes : Les normes déterminant ci-après la surface des aires de stationnement des vélos et des poussettes ou le nombre d'emplacements s'appliquent à la création de surfaces de plancher de plus de 250 m². () ".

9. Compte tenu de la surface de plancher créée de 73,35 m², le pétitionnaire n'avait pas à réserver des aires de livraison et des places de stationnement pour les vélos et poussettes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article UG.15.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris : " UG.15.2 - Collecte des déchets : Les constructions nouvelles doivent comporter des locaux de stockage des déchets suffisamment grands, dimensionnés de manière à recevoir et permettre de manipuler sans difficulté tous les récipients nécessaires à la collecte sélective des déchets () ".

11. L'aménagement intérieur de l'établissement recevant du public n'étant pas connu à la date du dépôt de la demande et l'article 2 de l'arrêté attaqué précisant qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée concernant l'aménagement intérieur du bâtiment avant son ouverture au public, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne les dispositions relatives à la sécurité et la salubrité publique :

12. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

13. La circonstance qu'il serait prévu la création d'un commerce de restauration rapide n'est pas à elle seule de nature à caractériser une atteinte à la sécurité et à la salubrité publique. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 juin 2022 accordant le permis de construire litigieux de la SAS Appart'city doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2022 portant transfert de ce permis de construire, aucun moyen propre n'étant soulevé contre cet arrêté de transfert.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la SAS Mc Donald's au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la SAS Appart'city et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société par actions simplifiée Appart'city est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SAS Mc Donald's sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Appart'city, à la société par actions simplifiée Mc Donald's France et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Arnaud Blusseau, conseiller,

Mme Paule Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

A. Blusseau

La présidente,

A. Seulin

La greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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