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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309197

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309197

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309197
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2023 et 1er avril 2024 sous le n° 2309197, la société Le Firmament, représentée par Me Meilhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle la maire de Paris lui a infligé une amende administrative d'un montant de 500 euros en répression de l'exploitation sans autorisation d'une contre-terrasse située sur le domaine public, dans des conditions caractérisant un risque pour la sécurité des personnes ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure prévue à l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales et a méconnu le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que l'installation ne présente aucun risque pour la sécurité des personnes ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au principe de liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Le Firmament au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2023 et 1er avril 2024 sous le n° 2309198, la société Le Firmament, représentée par Me Meilhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle la maire de Paris a décidé l'enlèvement d'office des éléments constituant la contre-terrasse située sur le terre-plein situé entre les rues Monsigny et de Choiseul ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris d'avoir à restituer le mobilier saisi dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de la procédure prévue à l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales, ni de celle prévue à l'article DG.20.1 du règlement des terrasses et étalages de la Ville de Paris et a méconnu le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que l'installation ne présente aucun risque pour la sécurité des personnes ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au principe de liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Le Firmament au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Dubois, pour la société Le Firmament et de Me Falala, pour la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. La société Le Firmament exploite l'établissement " Le bistrot d'Edmond ", situé à l'angle des rues du Quatre septembre et Monsigny à Paris (75002). Elle possède une autorisation pour installer quatre terrasses. Le 2 novembre 2022, en répression de l'implantation irrégulière d'une contre-terrasse sur le terre-plein situé entre les rues Monsigny et de Choiseul, à la hauteur de la sortie de la station du métro Quatre-septembre, la maire de Paris lui a infligé une amende administrative de 500 euros et ordonné l'enlèvement d'office des meubles constituant la contre-terrasse. Ce mobilier a été restitué le 9 janvier 2023 et, le 13 février 2023, un nouveau procès-verbal constatant la remise en place de la contre-terrasse a été dressé. Par deux décisions du 21 février 2023, la maire de Paris a infligé à la société Le Firmament une nouvelle amende de 500 euros et a de nouveau ordonné l'enlèvement d'office du mobilier. Par deux requêtes, enregistrées respectivement sous les n° 2309197 et 2309198, la société conteste ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales : " I. - Dans les conditions prévues au II, peut donner lieu à une amende administrative d'un montant maximal de 500 € tout manquement à un arrêté du maire présentant un risque pour la sécurité des personnes et ayant un caractère répétitif ou continu : () 3° Consistant, au moyen d'un bien mobilier, à occuper à des fins commerciales la voie ou le domaine public soit sans droit ni titre, lorsque celui-ci est requis en application de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques, soit de façon non conforme au titre délivré en application du même article L. 2122-1, lorsque cette occupation constitue un usage privatif de ce domaine public excédant le droit d'usage appartenant à tous ; / II. - Le manquement mentionné au I du présent article est constaté par procès-verbal d'un officier de police judiciaire, d'un agent de police judiciaire ou d'un agent de police judiciaire adjoint. / Le maire notifie par écrit à la personne intéressée les faits qui lui sont reprochés, les mesures nécessaires pour faire cesser le manquement ainsi que les sanctions encourues. Cette notification mentionne la possibilité de présenter des observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix. / A l'expiration de ce délai de dix jours, si la personne n'a pas pris les mesures nécessaires pour faire cesser le manquement, le maire la met en demeure de se conformer à la réglementation dans un nouveau délai de dix jours. / A l'issue de ce second délai et à défaut d'exécution des mesures prescrites, le maire peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours, prononcer l'amende administrative prévue au premier alinéa du I. Le montant de l'amende est fixé en fonction de la gravité des faits reprochés. () III. - Après avoir prononcé l'amende mentionnée au I, le maire peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours, faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites mentionnées au quatrième alinéa du II. "

3. En premier lieu, il ressort de deux arrêtés publiés au bulletin officiel de la Ville de Paris le 16 novembre 2021, portant respectivement organisation de la direction de la police municipale et de la prévention de la Ville de Paris et délégation de signature de sa maire, que d'une part, la " cellule traitement des procès-verbaux et des procédures administratives ", qui appartient à la sous-direction de l'état-major, " traite les procédures liées à l'occupation irrégulière de l'espace public " et, d'autre part, que M. A, sous-directeur de l'état-major, s'est vu déléguer la signature de la maire de Paris pour signer " les actes préparés par (sa) sous-direction ". Le moyen tiré de son incompétence doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, les deux décisions litigieuses visent le code général des collectivités territoriales et l'arrêté municipal du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et terrasses, rappellent les éléments de la procédure suivie ainsi que les différents constats réalisés par des agents assermentés et indiquent que la contre-terrasse litigieuse est installée sans autorisation et " présente un risque pour la sécurité des personnes ". Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions précitées.

5. En troisième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il est constant que les décisions litigieuses n'ont pas été précédées de la notification des faits reprochés, ni de la mise en demeure de se conformer à la réglementation. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société avait déjà fait l'objet, le 2 novembre 2022, d'une amende administrative et d'une mesure d'enlèvement d'office pour des faits identiques, qu'elle n'avait d'ailleurs pas contestées. Après s'être vu restituer son mobilier le 9 janvier 2023, elle a quelques semaines plus tard réitéré les mêmes faits, dont elle ne pouvait ignorer qu'ils l'exposaient à une sanction et à une mesure de police identiques. Par ailleurs, la société requérante se plaint elle-même d'avoir été verbalisée à plusieurs reprises pour ces faits et elle a d'ailleurs fait l'objet d'un nouveau constat d'infraction pouvant donner lieu à une amende administrative le 6 juin 2023. Cette circonstance, si elle est postérieure à la décision attaquée, révèle toutefois la volonté de la société de ne pas se conformer à ses obligations. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, la méconnaissance de la procédure prévue par l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision, ni n'a pas privé la société destinataire d'une garantie. Elle n'est, dès lors, pas de nature à entacher d'illégalité les décisions litigieuses.

7. Par ailleurs, dès lors que ces décisions sont soumises à une procédure contradictoire spéciale, il résulte du 3° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration que le moyen tiré de la méconnaissance de son article L. 121-1 est inopérant. Enfin, si l'article DG.20.1 du règlement des terrasses et étalages de la Ville de Paris prévoit une procédure contradictoire spécifique préalable à la suspension ou au retrait d'une autorisation de voirie, il résulte de sa lettre même qu'il est sans incidence sur le déroulement de la procédure prévue à l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales, qui n'est pas relative à l'autorisation d'occupation du domaine public.

8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que la contre-terrasse en cause, dont il est constant qu'elle ne bénéficie d'aucune autorisation, est contigüe à la chaussée et interdit totalement le passage sur le trottoir, au droit d'une sortie de métro. Le trottoir d'en face est également obstrué par un débordement de la terrasse du même établissement. Ainsi, les piétons se trouvent obligés de circuler sur la chaussée qui, si elle se trouve dans une " aire piétonne " définie à l'article R. 110-2 du code de la route, n'en est pas pour autant interdite à la circulation de véhicules automobiles, de vélos ou d'engins de déplacement personnel motorisés. L'occupation du domaine public par cette contre-terrasse présente ainsi un risque pour la sécurité des personnes. Dès lors, la maire de Paris n'a pas commis d'erreur d'appréciation en infligeant à la société Le Firmament une amende de 500 euros et en décidant l'enlèvement d'office du mobilier constituant la contre-terrasse, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2212-2-1 du code général des collectivités territoriales.

9. En dernier lieu, il résulte des énonciations du point 8 que les mesures adoptées sont justifiées par les objectifs d'intérêt général de protection de l'affectation au public du domaine public et de sécurité des personnes. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle mesure serait disproportionnée au regard de ces objectifs, qui impliquent de restaurer la possibilité pour les piétons de circuler sur le trottoir concerné. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de liberté du commerce et de l'industrie doit, dès lors, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la société Le Firmament doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise sur leur fondement à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme totale de 3 000 euros à la charge de la société Le Firmament à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Le Firmament sont rejetées.

Article 2 : La société Le Firmament versera à la Ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Le Firmament et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Gaël Raimbault, premier conseiller,

Mme Paule Desmoulière, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le rapporteur,

G. BLa présidente,

A. SeulinLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2309198

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