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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309402

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309402

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309402
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 26 avril 2023 et le 24 mai 2024 M. A C, M. F C et Mme E C, représentés par Me Benoist André, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser à M. A C la somme globale de 281 019,46 euros en réparation de ses préjudices résultant de sa prise en charge à l'hôpital Bichat en 1993 ;

2°) de condamner l'AP-HP à verser à M. F C et Mme E C la somme de 3 000 euros chacun en réparation de leur préjudice moral ;

3°) d'assortir les sommes allouées des intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de la requête, capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'ONIAM les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur la responsabilité pour faute médicale :

- la période d'hypotension prolongée non traitée par l'hôpital Bichat constitue une faute médicale de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP sur le fondement des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

Sur les préjudices :

- les lésions neurologiques de M. A C sont imputables pour 10 % à cette période d'hypotension prolongée non traitée par l'hôpital Bichat (faute médicale) ;

- après application du taux de 10 %, il en est résulté pour M. A C des préjudices d'un montant total de 281 019,46 euros, qui se décomposent comme suit :

* 22 213,16 euros au titre des frais temporaires d'assistance par tierce personne,

* 2 500 euros au titre du préjudice scolaire,

* 1 705,45 euros au titre de pertes de gains professionnels actuels,

* 1 520 euros au titre de frais divers post-consolidation ;

* 80 683,47 euros au titre des frais permanents d'assistance par tierce personne,

* 140 963,88 euros au titre de perte de gains professionnels futurs,

* 5 000 euros au titre de l'incidence professionnelle,

* 4 571 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire,

* 5 000 euros au titre des souffrances endurées,

* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire,

* 7 862,50 euros au titre du déficit fonctionnel permanent,

* 1 500 euros au titre du préjudice d'agrément,

* 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent,

* 2 000 euros au titre du préjudice sexuel,

* 2 000 euros au titre du préjudice d'établissement ;

- après application du taux de 10 %, il en est résulté pour Mme E C un préjudice moral de 3 000 euros ;

- après application du taux de 10 %, il en est résulté pour M. F C un préjudice moral de 3 000 euros.

Par un mémoire, enregistré le 26 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 6 445,67 euros en remboursement des prestations versées en lien avec le dommage subi par la victime, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande, capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale.

Elle soutient qu'elle est fondée à demander le remboursement par l'AP-HP d'une somme de 6 445,97 euros qui ont été exposées au titre de frais médicaux du 9 janvier 2018 au 2 juin 2022.

Par un mémoire, enregistré le 30 mars 2024, l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, de limiter la part de responsabilité à 10 %, de ramener à de plus justes proportions le montant de l'indemnisation des consorts C, de juger que la créance de la CPAM de Paris est de 644,57 euros, et de rejeter les demandes formulées tant par les requérants que par la CPAM au titre des intérêts au taux légal avec anatocisme.

Elle fait valoir que :

à titre principal, sur la responsabilité pour faute médicale :

- elle n'entend pas contester le caractère fautif de l'hypotension prolongée non traitée ;

- aucun lien causal direct et certain ne peut être établi entre la faute médicale et les séquelles neurologiques présentées par M. A C ;

à titre subsidiaire, sur les préjudices :

- les lésions neurologiques de M. A C sont imputables pour 10 % à cette période d'hypotension prolongée non traitée par l'hôpital Bichat (faute médicale) ;

- la demande indemnitaire de M. A C doit être ramenée à de plus justes proportions, se décomposant comme suit après application du taux de 10 % :

* 21 629,16 euros au titre des frais temporaires d'assistance par tierce personne,

* 1 500 euros au titre du préjudice scolaire,

* 1 520 euros au titre de frais de médecin-conseil ;

* 60 469,99 euros au titre des frais permanents d'assistance par tierce personne,

* 2 500 euros au titre de l'incidence professionnelle,

* 3 656,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire,

* 2 500 euros au titre des souffrances endurées,

* 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire,

* 7 862,50 euros au titre du déficit fonctionnel permanent,

* 500 euros au titre du préjudice d'agrément,

* 300 euros au titre du préjudice esthétique permanent,

* 500 euros au titre du préjudice sexuel,

* 1 000 euros au titre du préjudice d'établissement ;

- la demande indemnitaire de M. A C au titre de pertes de gains professionnels actuels et futurs doit être rejeté, ou, à défaut, être réparé selon l'appréciation du tribunal

- les demande indemnitaires de M. F C et Mme E C doivent être ramenées à de plus justes proportions, en évaluant leur préjudice moral respectif à 2 000 euros après application du taux de 10 % ;

- la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris doit être indemnisée à 644,57 euros après application du taux de 10 % ;

- les conclusions des requérants et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris sur les intérêts au taux légal avec anatocisme doivent être rejetées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cicmen,

- les conclusions de M. Pény, rapporteur public,

- et les observations de Me Laurence André, substituant Me Benoist André, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 16 janvier 1991 avec une coarctation aortique, a été opéré une première fois, le 22 janvier 1991, à l'hôpital Bichat, rattaché l'Assistance publique -Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour correction par résection-anastomose élargie. Suite à la présence d'une recoarctation, il a été opéré une seconde fois, le 22 juin 1993, dans ce même établissement de santé, pour reconstruction de la crosse aortique par sternotomie médiane et sous arrêt circulatoire en hypothermie profonde. Les suites de cette seconde intervention ont été caractérisées par des complications neurologiques. M. A C a été opéré une troisième fois en février 2018 pour remplacement de l'aorte ascendante et de l'aorte transverse et plastie valvulaire aortique.

2. Par une ordonnance du 16 février 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi par M. A C et ses parents, Mme E C et M. F C, a ordonné une expertise pour déterminer les responsabilités encourues et les préjudices subis du fait de la prise en charge de M. A C à l'hôpital Bichat en 1993. Le rapport a été établi le 4 juillet 2022 par les experts désignés, le Pr H, neuropédiatre, et le Pr D, chirurgien cardiaque pédiatrique. M. A C, Mme E C et M. F C, demandent au tribunal de condamner l'AP-HP à verser à M. A C, en qualité de victime directe, la somme de 281 019,46 euros, à Mme E C et M. F C, en qualité de victimes indirectes, la somme de 3 000 euros chacun. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris demande également la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 6 445,67 euros, en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par le patient.

Sur la responsabilité :

3. En vertu du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise juridictionnelle, que M. A C est né porteur d'une malformation cardiovasculaire fréquente, la coarctation aortique, qui consiste en un rétrécissement isthmique de l'aorte. Pour éviter une insuffisance cardiaque, une hypertension artérielle sévère, un décès prématuré, cette malformation devait être réparée chirurgicalement. Les experts ont dès lors estimé que l'indication opératoire était conforme, de même au demeurant que la réalisation de la première intervention.

5. En deuxième lieu, il résulte du rapport d'expertise juridictionnelle que M. A C a été victime en 1993 d'une recoarctation l'exposant aux mêmes risques que la coarctation initiale, pour le traitement de laquelle l'indication opératoire était la seule solution, et ce afin de réparer la crosse aortique. Les experts ont précisé que l'opération nécessitait l'interruption de la circulation cérébrale par clampage des troncs supra-aortiques, et que la seule technique de protection cérébrale utilisée dans les années 1990 était l'arrêt circulatoire en hypothermie profonde. Ils ont considéré que l'indication de chirurgie sous arrêt circulatoire hypothermique était conforme et que les soins ont été réalisés dans le respect des règles de l'art et des acquis de la science au moment des faits.

6. En troisième lieu, M. A C a été victime de complications neurologiques, inhérentes à la technique d'arrêt circulatoire hypothermique. Les experts ont indiqué que les lésions neurologiques étaient constitutives d'un aléa thérapeutique, que leur risque de réalisation augmentait avec la durée d'arrêt circulatoire et que la durée d'arrêt circulatoire de trente-six minutes se justifiait par la complexité de la réparation aortique est resté en-deçà de la mite de " sécurité " de quarante-cinq minutes. A ce titre, l'AP-HP a assuré à M. A C une prise en charge conforme aux règles de l'art. Toutefois, les experts ont relevé qu'une période d'hypotension a été observée durant les vingt-quatre premières heures postopératoires, que la pression artérielle est restée basse et qu'aucune mesure thérapeutique n'a été prise pour la faire augmenter, et, par voie de conséquence, que la période d'hypotension artérielle prolongée non corrigée n'a pas été conforme aux règles de l'art. Il suit de là que l'AP- a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la sévérité de l'hypotension n'était pas suffisante pour être seule responsable des lésions neurologiques, que la faute caractérisée par l'hypotension artérielle prolongée non corrigée a pu favoriser l'aggravation des lésions neurologiques en voie de constitution. Ils ont estimé que cette faute a augmenté de 10 % la sévérité des lésions neurologiques. Dans ces conditions, la faute commise par l'AP-HP a fait perdre à la victime une chance de 10 % d'éviter la survenue du dommage. Les requérants sont dès lors fondés à obtenir la réparation de leurs préjudices en lien avec la survenue du dommage à hauteur de 10 %.

Sur l'évaluation des préjudices :

8. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de la victime, née le 16 janvier 1991, est consolidé depuis le 16 janvier 2017, alors qu'il était âgé de vingt-six ans.

En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux dépenses de santé :

9. M. A C ne demande pas réparation de frais de santé qui sont restés ou resteront à sa charge.

10. La CPAM de Paris demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser, en réparation des prestations supportées, la somme de 6 445,67 euros. Il résulte de l'instruction, en particulier du relevé définitif de débours et de l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de la CPAM de Paris, que les frais médicaux du 9 janvier 2018 au 2 juin 2022 sont en lien avec la prise en charge en 1993 de M. A C par l'hôpital Bichat et représentent un montant total de 6 445,57 euros. Compte tenu du taux de perte de chance de 10 %, il sera mis à la charge de l'AP-HP la somme de 644,56 euros.

Quant aux frais divers :

11. M. A C justifie avoir supporté avant le rapport d'expertise établi le 4 juillet 2022, des dépenses correspondant à des frais de médecin-conseil à hauteur de 270 euros, 400 euros, et 850 euros. L'AP-HP ne conteste ni leur rapport avec le dommage, ni leur utilité à la résolution du litige. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 520 euros à ce titre.

Quant à l'assistance par tierce personne :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. A C a eu besoin d'une assistance par tierce personne, consécutivement à sa prise en charge médicale en 1993 par l'hôpital Bichat, la gravité des séquelles subies justifiant, d'une part, de 2 ans 7 mois à 5 ans, une aide de substitution à hauteur de 3 heures 30 par semaine, une aide de stimulation, présence et supervision à hauteur de 3 heures 30 par semaine et une aide d'accompagnement à hauteur de 2 heures par semaine 10 mois sur 12, d'autre part, de 5 à 18 ans, une aide de substitution à hauteur de 3 heures 30 par semaine, une aide de stimulation présence et supervision à hauteur de 7 heures par semaine et une aide d'accompagnement à hauteur de 2 heures par semaine 10 mois sur 12, enfin, de 18 ans à 26 ans (16 janvier 2017), une aide de substitution à hauteur de 7 heures par semaine et une aide de stimulation, présence et supervision à hauteur de 7 heures par semaine. Dans ces conditions, en appliquant un coût horaire moyen de 8 euros d'août 1993 à janvier 1996, puis de 11 euros de janvier 1996 à janvier 2011 ans, puis de 14 euros de janvier 2011 à janvier 2017, chaque coût incluant les cotisations sociales, les congés payés, les dimanches et jours fériés, il sera fait une juste appréciation de de préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à la somme arrondie à 18 247 euros.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que, du fait de sa prise en charge hospitalière en 1993, M. A C a besoin depuis la date de consolidation de son état de santé une aide de substitution à hauteur de 7 heures par semaine et une aide de stimulation, présence et supervision à hauteur de 7 heures par semaine. A la date du présent jugement, soit du 16 janvier 2019 au 20 mars 2025, en retenant un coût horaire de 20 euros incluant les cotisations sociales, les congés payés, les dimanches et jours fériés, il y a lieu d'accorder à la victime directe, après application du taux de perte de chance de 10 %, la somme arrondie à 13 543 euros.

14. En troisième et dernier lieu, pour la période postérieure au présent jugement, M. A C est en droit d'obtenir le versement par l'AP-HP d'une rente annuelle correspondant au produit d'un préjudice annuel calculé sur la base d'un taux horaire de 23 euros, intégrant les charges sociales et les congés et jours fériés. Le montant de cette rente, qui sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, doit être fixé, après application du taux de perte de chance de 10 %, à la somme arrondie à 1 900 euros par an.

Quant aux pertes de gains professionnels et à l'incidence scolaire et professionnelle :

15. Lorsque la victime se trouve, du fait d'un accident corporel survenu dans son jeune âge, privée de toute possibilité d'accéder dans les conditions usuelles à la scolarité et à une activité professionnelle, la circonstance qu'il n'est pas possible, eu égard à la précocité de l'accident, de déterminer le parcours scolaire et professionnel qui aurait été le sien ne fait pas obstacle à ce que soit réparé le préjudice, qui doit être regardé comme certain, résultant pour elle de la perte des revenus qu'une activité professionnelle lui aurait procurés et de la pension de retraite consécutive, ainsi que ses préjudices d'incidence scolaire et professionnelle. Dans un tel cas, il y a lieu de réparer tant le préjudice professionnel que la part patrimoniale des préjudices d'incidence scolaire et professionnelle par l'octroi à la victime d'une rente de nature à lui procurer, à compter de sa majorité et sa vie durant, un revenu équivalent au salaire médian. Cette rente mensuelle doit être fixée sur la base du salaire médian net mensuel de l'année de la majorité de la victime, revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Doivent en être déduits les éventuels revenus d'activité ainsi que, le cas échéant, les sommes perçues au titre de l'allocation aux adultes handicapés, ou au titre de pensions ou de prestations ayant pour objet de compenser la perte de revenus professionnels. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de la rente excède le montant du salaire médian. Cette rente n'a, en revanche, pas pour objet de couvrir la part personnelle des préjudices d'incidence scolaire et d'incidence professionnelle, qui doit faire l'objet d'une indemnisation distincte.

16. En premier lieu, le dommage subi par M. A C en 1993, à l'âge de deux ans et demi, l'a privé d'une chance de poursuivre normalement sa scolarité, les séquelles neurologiques ayant nécessité des efforts personnels et familiaux pour le soutien aux devoirs tout au long de la scolarité et contribué à aux redoublements de la victime directe. M. A C est ainsi fondé à soutenir que les séquelles neurologiques dont il reste atteint l'ont privé de la possibilité de faire des études supérieures. En revanche, M. A C, titulaire d'un master 2 en informatique, n'établit pas la perte d'une chance de poursuivre normalement des études supérieures. Il y a lieu, en réparation du préjudice d'incidence scolaire de M. A C, de lui allouer une somme de 500 euros après application du coefficient de perte de chance.

17. En deuxième lieu, M. A C indique être insuffisamment autonome et contraint, du fait des séquelles neurologiques, d'occuper à mi-temps un emploi, en qualité d'ingénieur informatique, au sein de l'entreprise familiale depuis le 7 septembre 2015, avec aménagement de poste par son père à son handicap. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les séquelles neurologiques dont l'intéressé reste atteint le privent de la possibilité d'accéder à un emploi à temps complet, dès lors qu'il souffre de difficultés d'élocution, de troubles de concentration et de planification, ainsi que d'un syndrome de fatigabilité rendant difficile son insertion sur le marché du travail. Par ailleurs, les experts soulignent la nécessité pour celui-ci de travailler dans l'entreprise familiale du fait des séquelles dommageables. Ainsi, bien que M. A C ne soit pas dans l'incapacité définitive d'exercer toute activité professionnelle, son état de santé résultant de sa prise en charge hospitalière en 1993 l'a privé de la possibilité d'accéder à une telle activité dans des conditions usuelles et il est donc en droit d'obtenir réparation du préjudice résultant de la perte des revenus qu'une activité professionnelle lui aurait procurés et de la pension de retraite consécutive, ainsi que ses préjudices d'incidence scolaire et professionnelle.

18. En l'espèce, le salaire mensuel médian net s'établissait en 2011, année de la majorité de M. A C, au montant de 1 583 euros. Il y a lieu, par suite, de lui allouer au titre de la perte de revenus professionnels, pour la période écoulée depuis le 7 septembre 2015, jusqu'à la date du présent jugement, de lui allouer 10 % d'une somme égale à 104 fois de montant, revalorisé chaque année par application des coefficients annuels prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Il y a lieu de renvoyer M. A C devant l'AP-HP pour qu'il soit procédé à la liquidation de cette indemnité, en déduction de laquelle viendront les sommes perçues par la victime en rémunération de son activité professionnelle à temps partiel ou, le cas échéant, au titre de l'allocation aux adultes handicapés, et ce pour éviter que le cumul de ces sommes et de l'indemnité ainsi calculée n'excède le montant total du préjudice.

19. Pour l'avenir, il y a lieu d'allouer à M. A C, en réparation de la perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de droits à pension, une rente annuelle, dont le montant sera calculé sur la base du salaire médian net de 2011, actualisé pour l'année 2025 en fonction des coefficients annuels de revalorisation fixés en application de l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale depuis l'année 2001 et revalorisé annuellement à l'avenir par application des coefficients qui seront légalement fixés, et auquel sera appliqué le coefficient de perte de chance de 10%. Les sommes perçues par M. A C en rémunération de son activité professionnelle à temps partiel ou au titre de l'allocation aux adultes handicapés ou au titre de pensions ou de prestations ayant pour objet de compenser la perte de revenus professionnels viendront, le cas échéant, en déduction de cette rente dans la mesure requise pour éviter que le cumul de ces sommes et de l'indemnité ainsi calculée n'excède le montant total du préjudice.

20. En troisième et dernier lieu, M. A C fait valoir que les séquelles neurologiques qu'il conserve ont pour conséquence de le priver de tout emploi à l'extérieur de la société familiale et de tout poste à responsabilité, et, par suite, d'une chance d'évolution professionnelle. Il soutient également que sa fatigabilité imputable au dommage a pour effet de majorer la pénibilité au travail. Il y a lieu, en réparation du préjudice d'incidence professionnelle de M. A C, de lui allouer une somme de 5 000 euros après application du coefficient de perte de chance, ainsi qu'il le sollicite.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

21. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. A C a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel imputable à sa prise en charge hospitalière en 1993 de 20 % de juillet 1993 à jusqu'à la date de consolidation. Dans ces conditions, après application du taux de perte de chance de 10 %, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice, en retenant un montant journalier de 20 euros, puis en lui accordant la somme de 3 428 euros à ce titre.

Quant aux souffrances endurées :

22. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que A C a enduré des souffrances imputables à sa prise en charge hospitalière en 1993, évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de gravité croissante allant de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant, après application du taux de perte de chance de 10 %, la somme de 750 euros.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

23. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que, du fait de sa prise en charge hospitalière en 1993, M. A C subit un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 25 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, pour un homme âgé de vingt-six ans à la date de consolidation, en lui accordant, après application du taux de perte de chance de 10 %, la somme de 5 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

24. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. A C est victime d'un préjudice esthétique imputable aux séquelles neurologiques évalué à 2 sur une échelle de gravité croissante allant de 0 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice du requérant en lui accordant, après application du taux de perte de chance de 10 %, la somme de 600 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

25. Le préjudice d'agrément n'est pas caractérisé dès lors que M. A C n'a pas dû renoncer à des activités qu'il pratiquait à la date de son accident. La demande présentée par le requérant à ce titre doit donc être rejetée.

Quant au préjudice sexuel :

26. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. A C est atteint d'une gêne sexuelle occasionnée par ses séquelles neurologiques. Il sera fait une juste appréciation du préjudice du requérant en lui mettant à la charge de l'AP-HP, après application du taux de perte de chance de 10 %, la somme de 300 euros.

Quand au préjudice d'établissement ;

27. Le préjudice d'établissement se définit comme la perte d'espoir et de chance de réaliser un projet de vie familiale en raison de la gravité du handicap. En faisant valoir qu'à raison de ses séquelles neurologiques, il est célibataire et vit chez ses parents alors que son frère ainé et son frère cadet sont déjà mariés, M. A C ne caractérise pas la perte de chance de réaliser normalement un projet de vie familiale en raison de sa pathologie.

En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :

28. Mme E C et M. F C justifient de perturbations du fait des séquelles neurologiques de M. A C, en lien avec l'intégralité des soins et de la rééducation qu'ils doivent apporter à leur fils, par ailleurs toujours domicilié à leur domicile. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral, subi par chaque parent à la vue des séquelles neurologiques de M. A C en l'évaluant à la somme de 3 000 euros, après application du taux de perte de chance de 10 %.

Sur les intérêts et la capitalisation d'intérêts :

29. Les consorts C ont droit aux intérêts de la somme de 48 887 euros ainsi que sur l'indemnité qui lui est due dans les modalités prévues au point 18 à compter de la date d'enregistrement de leur requête au greffe du tribunal, le 26 avril 2023.

30. La CPAM de Paris a droit aux intérêts de la somme de 644,56 euros à compter de la date d'enregistrement de sa demande au greffe du tribunal, le 26 mai 2023.

Sur la capitalisation d'intérêts :

31. Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

32. La demande de capitalisation des intérêts a été présentée par les consorts C le 26 avril 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 avril 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

33. La demande de capitalisation des intérêts a été présentée par la CPAM de Paris le 26 mai 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 mai 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés à l'instance :

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

34. Aux termes du 9e alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 23 décembre 2024 fixe respectivement à 120 euros et 1 212 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.

35. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM de Paris la somme de 1 212 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions.

En ce qui concerne les dépens :

36. Par une ordonnance du 26 août 2022, le président du tribunal a alloué à Mme H, experte, la somme totale de 3 120 euros, à M. D, expert, la somme de 2 550 euros et a mis provisoirement ces sommes à la charge des consorts C. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de l'AP-HP.

En ce qui concerne les frais non exposés dans les dépens :

37. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM et de l'AP-HP la somme totale de 2 000 euros, répartie à charge égale, au bénéfice de Mme B G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à sa charge une somme au bénéfice de la CPAM des Hauts-de-Seine au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. A C une indemnité de 48 887 euros avec intérêts aux taux légal à compter du 26 avril 2023. Les intérêts échus à la date du 26 avril 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est, comme indiqué au point 14 du présent jugement, condamnée à verser à M. A C, en réparation de frais d'assistance par tierce personne postérieurs au jugement, une rente annuelle d'un montant de 1 900 euros, qui sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. A C l'indemnité indiqué au point 18 en réparation de son préjudice lié à la perte de revenus professionnels à la date du présent jugement, avec intérêts aux taux légal à compter du 26 avril 2023. Les intérêts échus à la date du 26 avril 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. A C la rente annuelle calculée comme indiqué au point 19 du présent jugement en réparation de son préjudice lié à la perte de revenus professionnels à compter du présent jugement et à la perte consécutive de droits à pension.

Article 5 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme E C et M. F C la somme de 3 000 euros chacun en réparation de leur préjudice moral respectif.

Article 6 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 644,56 euros, avec intérêts aux taux légal à compter du 26 mai 2023. Les intérêts échus à la date du 26 mai 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 7 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 644,56 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de lecture du présent jugement.

Article 8 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une indemnité forfaitaire de gestion de 1 212 euros.

Article 9 : Les dépens, d'un montant de 5 670 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.

Article 10 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera aux consorts C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 11 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris versera aux consorts C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 12 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 13 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme E C, à M. F C, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le rapporteur,

D. Cicmen

Le président,

J.P. Ladreyt

Le greffier,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2309402/6-3

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