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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309624

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309624

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309624
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCAMUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 27 avril 2023 et le

29 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Camus, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, et d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'obligation de quitter le territoire français du

16 février 2023 et d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Camus, son avocate, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'un rapport a été produit par un médecin instructeur, qu'il peut être identifié, qu'il était compétent et qu'il n'a pas siégé au sein du collège de médecins, que l'avis du collège comportait l'ensemble des mentions requises par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et que la réalité du caractère collégial des délibérations rendues par le collège de médecins de l'OFII n'est pas établie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a mal apprécié son état de santé et n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 août 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager ;

- et les observations de Me Camus, conseil de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise de la République démocratique du Congo (RDC), née le 10 février 1980 et entrée en France le 8 avril 2019, selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour motif médical sur le fondement de l'article

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du

16 février 2023, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet de police a estimé, que si l'état de santé de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 20 mars 2023, établi postérieurement à la décision en litige, par le docteur B, médecin praticien hospitalier en maladies infectieuses exerçant à l'hôpital Lariboisière que

Mme C est atteinte de deux pathologies virales chroniques, d'une maladie dégénérative inflammatoire chronique, d'une inflammation sévère de la sclère et une maladie veineuse thromboembolique et bénéficie à ce titre de traitements médicaux à base notamment d'efavirenz, d'emtricitabine, de ténofovir disoproxil, de dabigatran étexilate et de méthothrexate, et que la requérante allègue que ces molécules actives pour traiter ses différentes pathologies ne sont pas disponibles en République démocratique du Congo, il ne résulte pas des termes de la décision en litige, ni des écritures en défense, appuyées par des pièces justificatives, que le préfet a pris en compte les multi-pathologies que présente la requérante pour lui refuser la délivrance du titre de séjour qu'elle sollicitait. Par suite, faute d'éléments justificatifs pertinents apportés en défense, Mme C est fondée à soutenir que le préfet de police a porté une appréciation erronée sur son état de santé et partant, entaché sa décision d'un défaut d'examen complet de sa situation au regard de sa santé. Par suite il y a lieu d'annuler l'arrêté en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. L'annulation de l'arrêté implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation et de l'état de santé de Mme C, dans un délai de trois mois, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Camus, conseil de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Camus d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 16 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder, dans le délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation et de l'état de santé de Mme C, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Camus, conseil de Mme C, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Camus renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de police et à Me Camus.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente, rapporteure ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. HERMANN JAGER

L'assesseur le plus ancien,

N. MARIK-DESCOINGS La greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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