mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2309748 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PAUTONNIER ET ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2023, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle le préfet de police a autorisé le concours de la force publique aux fins de son expulsion du logement dont il est locataire situé au 16, allée Valentin Abeille à Paris (75018) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un vice de forme ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de police conclut, à titre principal, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision du juge des référés du Conseil d'Etat saisi d'un pourvoi contre l'ordonnance du juge des référés du tribunal n°2309744/3-5 du 9 mai 2023 suspendant l'exécution de la décision attaquée, et, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions de la requête.
Le préfet de police fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2024, la société anonyme d'habitation à loyer modéré Antin Résidences, représentée par la SEL Pautonnier et Associés conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Par un mémoire en réplique enregistré le 10 avril 2024, le préfet de police maintient ses conclusions en rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino,
- les conclusions de Mme Noémie Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- les observations de Mme C, pour le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 4 février 2022, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à M. A B de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au 16 Allée Valentin Abeille à Paris (75018) en raison d'un arriéré locatif de 9 767,64 euros envers son bailleur, la société anonyme d'habitation à loyer modéré Antin Résidences et a indiqué qu'il pourra être procédé à son expulsion avec l'assistance de la force publique, mais hors période hivernale et à l'expiration d'un délai de cinq mois suivant le commandement d'avoir à libérer les lieux. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle le préfet de police a autorisé le concours de la force publique aux fins de son expulsion de ce logement.
Sur la demande de sursis à statuer formée par le préfet de police :
2. Par une décision du 12 mars 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a annulé l'ordonnance du 9 mai 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Paris suspendant l'exécution de la décision attaquée du préfet de police. Par conséquent, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du Conseil d'Etat.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n°2022-00850 du 21 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme Chantal Tobailem, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, adjointe à la cheffe du service du cabinet du préfet de police, à l'effet de signer, dans la limite de leurs attributions, notamment, les décisions d'autorisation de concours de la force publique en matière d'expulsions locatives. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département afin que celui-ci en informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement (). A défaut de saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier, le délai avant l'expiration duquel l'expulsion ne peut avoir lieu est suspendu ".
5. La circonstance, à la supposer même établie, que l'huissier de justice n'aurait pas respecté les dispositions précitées, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance de ces dispositions, ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants, compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de deux certificats médicaux établis le 26 août 2022 et le 4 avril 2023, que M. B souffre de handicap et présente de grandes difficultés à la marche, et qu'il doit pouvoir habiter un logement accessible avec ascenseur ou situé en rez-de-chaussée. S'il se prévaut par conséquent des difficultés qu'il rencontre pour se reloger, il ressort toutefois des pièces du dossier que le tribunal judiciaire de Paris a déjà porté à cinq mois le délai d'exécution du jugement d'expulsion prévu par l'article L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution compte tenu de la précarité de la situation de M. B et de son état de handicap et ce dernier n'apporte pas d'élément postérieur à la décision judiciaire d'expulsion qui serait de nature à faire obstacle à l'exécution de celle-ci. Par conséquent, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à la société anonyme d'habitation à loyer modéré Antin Résidences.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président ;
- Mme Merino, première conseillère ;
- Mme Renvoisé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
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Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
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Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026