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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309782

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309782

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309782
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CLYDE & CO (LLP)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc. La compagnie contestait une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur pour avoir débarqué à Marseille une passagère marocaine dépourvue de visa Schengen. Le tribunal a jugé que la société n'avait pas satisfait à son obligation de vérification des documents de voyage, prévue par les articles L. 821-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la passagère ne pouvait bénéficier d'aucune exemption de visa. La demande de la compagnie a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2023, la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc, représentée par Me Pradon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision R/22-0626 du 28 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a infligé une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué sur le territoire français une passagère démunie de document de voyage valable ou de la décharger de cette amende ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la passagère était munie d'un document de voyage valable dès lors que le Maroc n'est pas au nombre des pays dont les ressortissants doivent être munis d'un visa de transit aéroportuaire lorsqu'ils franchissent la zone internationale de transit des aéroports français.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marthinet,

- les conclusions de Mme Marcus, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 février 2023, le ministre de l'intérieur a infligé à la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc, sur le fondement des articles L. 821-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une amende de 10 000 euros pour avoir, le 16 juillet 2022, débarqué sur le territoire français une passagère de nationalité marocaine, en provenance de Casablanca, dépourvue de visa Schengen. La société Compagnie Nationale Royal Air Maroc demande l'annulation de cette décision ou la décharge du paiement de l'amende.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 6421-2 du code des transports : " Le transporteur ne peut embarquer les passagers pour un transport international qu'après justification qu'ils sont régulièrement autorisés à atterrir au point d'arrivée et aux escales prévues. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 821-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est passible d'une amende administrative de 10 000 euros l'entreprise de transport aérien, maritime ou routier qui débarque sur le territoire français, en provenance d'un État qui n'est pas partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse démuni du document de voyage et, le cas échéant, du visa requis par la loi ou l'accord international qui lui est applicable en raison de sa nationalité ". Aux termes de l'article L. 821-8 du même code : " L'amende prévue à l'article L. 821-6 () n'est pas infligée : () / 2° Lorsque l'entreprise de transport établit que les documents requis lui ont été présentés au moment de l'embarquement et qu'ils ne comportaient pas d'élément d'irrégularité manifeste () ".

3. Ces dispositions font obligation aux transporteurs aériens de s'assurer, au moment des formalités d'embarquement, que les voyageurs ressortissants d'Etats non membres de l'Union européenne ni d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 sont en possession de documents de voyage leur appartenant, le cas échéant revêtus des visas exigés par les textes, non falsifiés et valides. Si ces dispositions n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet de conférer au transporteur un pouvoir de police aux lieu et place de la puissance publique, elles lui imposent de vérifier que l'étranger est muni des documents de voyage et des visas éventuellement requis et que ceux-ci ne comportent pas d'éléments d'irrégularité manifeste, décelables par un examen normalement attentif des agents de l'entreprise de transport. En l'absence d'une telle vérification, à laquelle le transporteur est d'ailleurs tenu de procéder en vertu de l'article L. 6421-2 du code des transports, le transporteur encourt l'amende administrative prévue par les dispositions précitées.

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours de pleine juridiction contre la décision infligeant une amende sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de statuer sur le bien-fondé de la décision contestée et de réduire, le cas échéant, le montant de l'amende infligée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. D'autre part, aux termes de l'article 2 du règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016 : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () 2) " visa ", l'autorisation accordée par un État membre en vue : / a) du transit ou du séjour prévu sur le territoire des États membres () 5) " visa de transit aéroportuaire ", un visa valable pour passer par la zone internationale de transit d'un ou plusieurs aéroports des États membre (). Aux termes du 5 de l'article 3 du même règlement : " Les catégories de personnes suivantes sont exemptées de l'obligation de visa de transit aéroportuaire () c) les ressortissants de pays tiers titulaires d'un visa valable pour un État membre () ".

6. Il est constant que la personne débarquée à l'aéroport de Marseille-Provence par la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc le 16 juillet 2022 était démunie d'un visa Schengen. La société requérante, pour sa part, soutient qu'un tel visa n'était pas nécessaire pour une passagère à destination du Royaume-Uni et munie d'un visa délivré par les autorités britanniques dès lors qu'elle ne devait effectuer à l'aéroport de Marseille-Provence qu'un simple transit et que le Maroc ne figure pas sur la liste, figurant en annexe IV du règlement européen susvisé, des pays dont les ressortissants doivent être munis d'un visa de transit aéroportuaire lorsqu'ils franchissent la zone internationale de transit des aéroports français. Le ministre fait cependant valoir, sans être contredit, que cet aéroport ne dispose pas d'une zone internationale de transit. Par suite, le transit de la passagère nécessitait son entrée sur le territoire français et donc la possession d'un visa Schengen. La société Compagnie Nationale Royal Air Maroc n'est donc pas fondée à soutenir que la passagère en cause était munie du document de voyage requis.

7. Il résulte de ce qui précède que la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 28 février 2023 ni à demander la décharge de l'amende qui lui a été infligée, et que sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Compagnie Nationale Royal Air Maroc et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Marthinet, premier conseiller,

- Mme Madé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

L. Marthinet

La présidente,

Signé

P. Bailly Le greffier,

Signé

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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