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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310084

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310084

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310084
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête n° 2310084, enregistrée le 4 mai 2023, M. A B, représenté par Me Laura Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 25 avril 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir rétroactivement ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- méconnaissant l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; il est particulièrement isolé en France et son état de santé nécessite qu'il soit rétabli dans ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 mars 2024.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2023.

II°) Par une requête n° 2310422 et un mémoire, enregistrés les 10 et 25 mai 2023, M. A B et l'association JRS France, représentés par Me Margot Schoellkopf, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) rejetant la demande de M. B du 12 janvier 2023 tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'association justifie d'un intérêt à agir ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision initiale de retrait des conditions matérielles d'accueil en raison d'une motivation stéréotypée ;

- elle méconnaît le 11ème alinéa du préambule de la Constitution qui prévoit un droit d'obtenir de la collectivité des moyens d'existence convenables lorsqu'une personne se trouve dans l'incapacité de travailler ;

- la non-présentation à une convocation émise dans le cadre du règlement " Dublin " n'entre pas dans le champ d'application de l'obligation prévue au 1 de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- les conditions matérielles d'accueil auraient dû lui être accordées, au titre d'un droit initial et non de son rétablissement, dans le cadre d'une nouvelle procédure normale ou accélérée de demande d'asile, la France redevenant l'Etat responsable de sa demande d'asile à l'expiration du délai de transfert ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 dès lors qu'il a refusé d'être transféré en Roumanie pour l'examen de sa demande d'asile en raison des mauvais traitements qu'il y a subis, qu'il est particulièrement isolé en France et que son état de santé nécessite qu'il soit rétabli dans ses droits ;

- elle méconnaît le 5 de l'article 20 de la directive du 26 juin 2023 dès lors qu'elle n'a pas été accompagnée de moyens pour lui garantir une vie digne ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 15 novembre 2024 le rapport de M. Medjahed, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 7 mars 1996 en Afghanistan, de nationalité afghane, a demandé l'asile en France le 1er juin 2021 auprès du préfet de police. Il a accepté le 4 juin 2021 l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au titre du dispositif national d'accueil. Après avoir constaté, par consultation du système " Eurodac ", qu'il avait déjà demandé l'asile auprès des autorités roumaines le 5 décembre 2020, le préfet de police a décidé, par un arrêté du 26 juillet 2021, son transfert vers la Roumanie en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par une décision du 3 mars 2022, le directeur général de l'OFII a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Le 9 janvier 2023, il a présenté une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée. Par courrier du 12 janvier 2023, il a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par les présentes requêtes, M. B et l'association JRS France doivent être regardés comme demandant l'annulation de la seule décision du 25 avril 2023 rejetant sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet qui s'était initialement formée et dont l'annulation est demandée dans la première requête.

2. Les présentes requêtes sont relatives à la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mai 2023. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / () ".

5. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application et indique que M. B ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et qu'il a été décidé de ne pas rétablir les conditions matérielles d'accueil à son profit après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale et un entretien de vulnérabilité qui a eu lieu le 9 février 2023. Elle comporte ainsi l'énoncé suffisant des éléments de droit et de fait sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil du 3 mars 2022, qui ne constitue pas la base légale de la décision attaquée refusant de les rétablir, laquelle n'est pas davantage prise pour son application. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du 11ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958 : " (La nation) garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ".

8. Ce principe ne s'impose au pouvoir réglementaire, en l'absence de précision suffisante, que dans les conditions et limites définies par les dispositions contenues dans les lois ou dans les conventions internationales incorporées au droit français. Par suite, M. B ne peut, en tout état de cause, invoquer ce principe indépendamment de telles dispositions. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / 6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ".

10. En outre, aux termes des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

11. Il résulte des dispositions précitées que, contrairement à ce que soutient M. B, l'OFII pouvait se fonder sur le non-respect de son obligation de se présenter aux autorités, lequel n'est pas légitimement fondé en l'espèce sur l'existence de craintes de mauvais traitements en Roumanie, ainsi qu'il sera dit ci-après, pour lui refuser le bénéfice du rétablissement des conditions matérielles d'accueil dans le cadre d'une nouvelle procédure d'examen de sa demande d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de ces dispositions doit être écarté.

12. En dernier lieu, le requérant ne produit aucune pièce de nature à démontrer qu'il a subi en Roumanie des mauvais traitements et, par suite, à justifier son refus de procéder à un test PCR en vue de l'exécution de l'arrêté de transfert vers cet Etat membre de l'Union européenne alors qu'il a été informé des conséquences de son refus. En outre, il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et a déclaré, lors de son entretien du 9 février 2023, être hébergé par un ami. En se bornant à soutenir qu'il souffre de douleurs lombaires pour lesquelles il bénéficie d'un traitement et qu'il est isolé en France, il n'établit pas qu'il se trouvait dans une situation particulière de vulnérabilité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, l'OFII a méconnu l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe de dignité humaine. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de vulnérabilité ou d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur son état de santé. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle au titre de la requête n° 2310084.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2310084 et la requête n° 2310422 sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'association JRS France, à Me Nombret et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

Le rapporteur,

N. MEDJAHED

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.-2310422

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