mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2310090 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DELIMI |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n° 2310090, enregistrée le 4 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Delimi, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de février 2023, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de trois jours ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, à lui verser en propre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée résulte d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de formuler ses observations ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit puisque l'OFII s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors que c'est à tort qu'elle a été placée en fuite ;
- elle ne prend pas en compte sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée n'existe pas.
II°) Par une requête n° 2314620, enregistrée le 21 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Delimi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 25 mai 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de février 2023, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de trois jours ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, à lui verser en propre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée résulte d'une procédure irrégulière ;
- elle est entachée d'erreur de droit puisque l'OFII s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors que c'est à tort qu'elle a été placée en fuite ;
- elle ne prend pas en compte sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino,
- et les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissant sénégalaise, née le 1er janvier 1995, est entrée sur le territoire français pour solliciter le bénéfice de la protection internationale le 23 août 2022 et a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 15 novembre 2022, le préfet de police a prononcé son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile. Mme B, ne s'étant pas présentée à l'aéroport le 21 mars 2023 pour l'exécution de l'arrêté de transfert, elle a été placée en fuite. D'une part, par la requête n° 2310090, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a cessé de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter du mois de février 2023. D'autre part, par la requête n° 2314620, elle demande l'annulation de la décision du 25 mai 2023, par laquelle l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2310090 et n° 2314620, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
3. Par une décision du 25 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B dans le cadre de la requête n°2310090. Par suite, les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions en annulation de la décision suspendant le versement de l'allocation pour demandeur d'asile :
4. Aux termes de l'article D. 553-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le versement de l'allocation prend fin () : / () / 3° A compter de la date à laquelle l'attestation de demande d'asile a été retirée par l'autorité administrative ou n'a pas été renouvelée en application de l'article R. 573-2. " Aux termes de l'article D. 553-25 du même code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 551-14, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les demandeurs d'asile ne peuvent percevoir l'allocation pour demandeurs d'asile que s'ils sont titulaires d'une attestation de demande d'asile en cours de validité, et que le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter du mois de février 2023, Mme B a cessé de percevoir l'allocation pour demandeur d'asile. Toutefois, d'une part, contrairement à ce que soutient Mme B cette cessation ne résulte pas d'une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait mais résulte de la circonstance que l'attestation de demande d'asile qui avait été renouvelée en dernier lieu le 20 septembre 2022 avait pris fin le 19 janvier 2023. D'autre part, Mme B allègue sans l'établir qu'elle aurait demandé le renouvellement de son attestation et que sa demande aurait été refusée. Enfin, l'OFII, se trouvant en situation de compétence liée pour interrompre le versement de l'allocation pour demandeur d'asile en raison du non renouvellement de l'attestation de demande d'asile, les moyens dirigés contre cette décision sont, en tout état de cause, inopérants.
Sur les conclusions en annulation de la décision du 25 mai 2023 :
6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".
7. En premier lieu, si Mme B soutient n'avoir reçu le courrier d'intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil daté du 18 avril 2023 que le 16 mai 2023, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la capture d'écran du logiciel de la structure d'accueil dans laquelle elle est domiciliée, que ce courrier a été réceptionné par le centre d'accueil le 27 avril 2023. Par suite, ce courrier doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la requérante à cette date, quand bien même il mentionne son numéro AGDREF et pas son numéro de domiciliation. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il est constant que la requérante qui était convoquée à 9 h 15, le 21 mars 2023, à l'aéroport de Roissy CDG T2F afin de prendre un vol à destination de Barcelone, ne s'est pas présentée au rendez-vous ainsi fixé. Le compte-rendu de passage aux urgences, en date du 21 mars 2023, à 7 h 14 pour un syndrome grippal, produit par la requérante, ne permet pas d'établir qu'elle ait été dans l'impossibilité physique ou matérielle de se rendre à l'aéroport et il n'est pas établi ni même allégué que l'intéressée en a informé la préfecture. Par conséquent, c'est à bon droit que Mme B a été placée en fuite et ce motif était de nature à justifier la décision attaquée, sans que l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui a procédé à un examen de la vulnérabilité de l'intéressé, ne soit senti en situation de compétence liée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme B doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Delimi.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président ;
- Mme Merino, première conseillère ;
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. TIMITE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2310090 et 2314620/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026