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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310538

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310538

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310538
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBREVAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2023 et le 4 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Brevan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation professionnelle ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les violences conjugales étaient suffisamment démontrées ;

- le préfet de police aurait dû tenir compte de sa qualité de salariée pour la demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- la décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elles portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 août et le 6 septembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Voillemot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité algérienne, née le 17 novembre 1991, entré en France le 27 septembre 2021, demande l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de police a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois.

2. En premier lieu, par arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2023-056 du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C D, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés et signataire de l'arrêté attaqué, à effet de signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué expose, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait et de droit sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B et prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dirigées contre ces décisions doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de police se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de prendre l'arrêté attaqué. Si la requérante soutient que le préfet de police mentionne à tort qu'elle n'exerce aucune activité professionnelle, elle n'établit cependant pas avoir porté à la connaissance de l'administration cet élément et il ressort de la feuille de salle que Mme B n'a rien inscrit dans la partie réservée à l'activité professionnelle.

5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente (.) ". Aux termes du titre II du protocole annexé au même accord : " Les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien () ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau. () d) Les ressortissants algériens autorisés à séjourner en France au titre du regroupement familial, s'ils rejoignent un ressortissant algérien lui-même titulaire d'un certificat de résidence d'un an, reçoivent de plein droit un certificat de résidence de même durée de validité, renouvelable et portant la mention " vie privée et familiale de l'article 7 bis ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () d) Aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France au titre du regroupement familial. ". Ces stipulations régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

6. Le regroupement familial, lorsqu'il est autorisé au profit du conjoint d'un ressortissant algérien résidant en France, a pour objet de rendre possible la vie commune des époux, ainsi qu'il résulte notamment des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien. En l'espèce, il est constant que Mme B est séparée de son époux depuis le 21 février 2022 et il ressort des pièces du dossier que le mariage a été dissous par un jugement du tribunal de Tigzirt du 9 mars 2022.

7. La requérante fait état de violences conjugales d'ordre psychologique depuis son arrivée en France fin septembre 2021 et produit des déclarations de mains courantes d'octobre et novembre 2021, de juin 2022 et deux dépôts de plainte du mois de février 2022, toutefois elle n'indique pas les suites réservées à ces dépôts de plaintes établies depuis plus d'un an à la date de la décision attaquée. De même, si elle se prévaut d'une attestation médicale, datée du 9 novembre 2021, décrivant des signes et symptômes engendrant une souffrance cliniquement significative et justifiant un suivi psychothérapeutique dans une unité spécialisée d'accompagnement du psycho traumatisme, elle n'établit pas avoir tenté de bénéficier d'un tel suivi ni d'ailleurs avoir contacté, notamment, un des services d'aide ou une association accompagnant les victimes de violences conjugales énumérées à la fin de chaque dépôt de plainte. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en relevant que Mme B ne démontrait pas l'existence de violences conjugales.

8. Si la requérante se prévaut de sa qualité de salarié depuis le mois de mars 2022, elle n'établit pas avoir porté cet élément à la connaissance du préfet de police et ne peut ainsi utilement soutenir que sa demande de titre de séjour relevait d'une mesure d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié que le préfet de police aurait dû prendre en compte.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme B est entrée en France en septembre 2021 au titre du regroupement familial pour rejoindre son époux. La communauté de vie n'a duré que cinq mois et le mariage a été dissous en mars 2022. Elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, où réside ses parents et où elle détenait un atelier de couture avant son départ pour la France. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus ou des buts qu'il a poursuivis. Les décisions de refus de titre et portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, Mme B n'est pas fondée à invoquer son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police et à Me Brevan.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, premier conseiller,

M. Paret, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023

La rapporteure,

C. VOILLEMOT

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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