mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2310641 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 21 avril 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir rétroactivement dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me de Seze, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait prendre à son encontre qu'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que sa vulnérabilité a été évaluée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;
- elle illégale en raison de l'illégalité par la voie de l'exception du contenu du questionnaire d'évaluation de la vulnérabilité, fixé par un arrêté du 23 octobre 2015 ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne s'est pas soustrait à ses obligations et n'a pas tenté de se dérober à l'exécution de la mesure de transfert dont il faisait l'objet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 16 novembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1986, a présenté une demande d'asile le 29 mars 2021, enregistrée en procédure " Dublin " et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 6 décembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile. Retenant un moyen de procédure propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, le juge des référés du tribunal en a suspendu l'exécution par une ordonnance du 19 janvier 2022. La décision du 6 décembre 2021 a finalement été annulée par le tribunal par un jugement n°2310641 du 11 mai 2023. Toutefois, entre temps et en exécution de l'ordonnance du juge des référés, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après avoir procédé au réexamen de la situation de M. A a, par une décision du 24 mai 2022, mis fin aux conditions matérielles d'accueil, au motif que l'intéressé a refusé de se soumettre à un test RT-PCR en vue de son transfert vers la Croatie, Etat responsable de sa demande de protection internationale et l'a déclaré en fuite. Cette nouvelle décision a été confirmée par le tribunal dans un jugement n°2212946/5-3 du 14 décembre 2022. M. A a alors demandé à être rétabli dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 6 février 2023 et sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 avril 2023 dont M. A demande l'annulation par la présente requête.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 16 novembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à l'obtention de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée fait suite à la demande de M. A formée le 6 février 2023 tendant à ce qu'il soit rétabli dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la suite de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 mai 2022 mettant fin à ce bénéfice et dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Paris dans un jugement du 14 décembre 2022. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur de droit en décidant de ne pas rétablir les conditions matérielles d'accueil en l'absence de décision prononçant au préalable leur cessation et ce, quand bien même la première décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil, datée du 6 décembre 2021 a été annulée par le tribunal avec effet rétroactif par un jugement du 11 mai 2023.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a pu bénéficier, le 5 avril 2023, d'un entretien au cours duquel sa vulnérabilité a été évaluée. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en l'absence de prise en compte de la vulnérabilité de l'intéressé doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
8. Alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, il ne ressort d'aucun élément du dossier que l'entretien dont aurait bénéficié M. A n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure qui résulterait de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.
10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, dont l'état de vulnérabilité a été réévalué le 5 avril 2023. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, pourtant dûment informé des conséquences de son refus, a refusé de se soumettre au test PCR qui lui était proposé le 10 octobre 2021 en vue de son transfert vers la Croatie, alors pourtant que ce test, contrairement à ce qu'il soutient, était requis par les autorités croates. D'autre part, si l'intéressé fait état d'une convocation de la préfecture pour le 11 mai 2022 qu'il n'aurait pas reçue, il n'indique pas en quoi cette convocation, dont il ne précise pas l'objet, serait en lien avec les faits de l'espèce. Il suit de là, en l'absence d'élément nouveau, que c'est par une exacte application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher sa décision d'inexactitude matérielle, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil.
12. Enfin, le moyen tiré de l'absence de modulation du degré de refus de rétablissement des conditions matérielle d'accueil n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision du 21 avril 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me de Seze et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
Mme Merino, première conseillère,
Mme Renvoisé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
M. Merino
Le président,
J.-Ch. GraciaLe greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2310641/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026