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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310650

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310650

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310650
TypeDécision
Avocat requérantCABINET JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2023 et le 25 août 2023, Mme G B, Mme E B et M. A B, agissant en leur nom personnel et en qualité d'ayants droit de M. C B, représentés par le cabinet d'avocat Courbis-Courtois et associés, demandent au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), de la Mcvpap et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer les préjudices subis lors de la prise en charge de M. C B au sein de l'AP-HP et de l'opération réalisée le 17 avril 2019 ayant abouti à son décès le 6 juin 2019 et de déterminer les responsabilités encourues ;

2°) de dire que le collège d'experts devra déposer un pré rapport.

Ils soutiennent que :

- M. B a subi le 17 avril 2019 un pontage par greffon veineux saphène de l'artère interventriculaire antérieure et de la première latérale, sous circulation extracorporelle au sein du service de cardiologie du groupe hospitalo-universitaire Pitié Salpetrière et a montré le 19 avril 2019 une altération de la vigilance avec dysesthésie du membre supérieur gauche, des troubles praxiques et une aphasie, puis a été en détresse respiratoire majeure dans un contexte d'infection respiratoire ayant conduit à son transfert en réanimation et nécessité de drainage d'un épanchement pleural gauche le 24 avril 2019 ; il a par suite subi un œdème pulmonaire et une pneumopathie à flore oro pharyngée et un choc septique dû à un citrobacter freundii ayant conduit à la décision de limiter certaines thérapeutiques le 3 juin 2019 ; un rapport d'expertise déposé le 22 mars 2021 devant la commission de conciliation et d'indemnisation d'Ile-de-France, complété par une nouvelle réunion d'expertise le 23 juillet 2021, a conduit la CCI à rejeter leur demande d'indemnisation, considérant que la responsabilité de l'AP-HP n'était pas engagée, sans toutefois que les experts ne répondent à l'ensemble des questions posées ;

- dans la perspective d'une action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile afin de rendre un avis sur la qualité de la prise en charge de M. C B, nonobstant le fait qu'une expertise ait été réalisée dans le cadre de la procédure amiable engagée devant la CCI.

Par un mémoire, enregistré le 1er juin 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par le cabinet d'avocats RRM, informe le juge des référés qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire.

Par un mémoire, enregistré le 17 août 2023, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), demande au tribunal administratif de se déclarer incompétent et conclut au rejet de la demande.

Elle soutient que :

- le juge des référés est incompétent pour connaître une nouvelle demande portant sur le même objet, ou si la nouvelle demande a pour objet de contester la manière dont l'expert a rempli sa mission ou les conclusions de son rapport, dès lors que la demande relève des juges du fond ;

- la demande est dépourvue d'utilité dès lors que le rapport d'expertise et son complément recouvrent l'ensemble des contours de la mission et prennent en compte les questions relatives aux antécédents médicaux de M. C B ;

- à titre subsidiaire, elle informe le juge des référés de ses protestations et réserves quant à son éventuelle responsabilité, et demande à ce que les frais d'expertise soient à la charge des consorts B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver vice-présidente du tribunal administratif de Paris, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction "

2. M. C B, né le 19 décembre 1937, souffrait en 2011 d'un artériopathie oblitérant des membres inférieurs. Un pontage prothétique aorto-bifémoral et fémoro-poplité a été réalisé le 28 juin 2011 à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Au mois de janvier 2019, présentant des selles noires et une fibrillation auriculaire, il a été hospitalisé en gériatrie à la clinique du Mont Louis, puis en service de cardiologie au sein de l'AP-HP du 4 au 6 mars 2019 pour blockpnée d'effort avec dysfonctionnement des pontages mammaires. Après l'échec d'une première tentative d'angioplastie de la rétro-ventriculaire postérieure, M. C B a subi, le 17 avril 2019, un pontage par greffon veineux saphène de l'artère inter ventriculaire antérieure et de la première latérale sous circulation extracorporelle au sein du groupe hospitalier Pitié Salpetrière. M. B a ensuite été transféré en soins intensifs, un scanner cérébral ayant mis en évidence une thrombose aiguë de l'artère sylvienne droite, puis un infarctus temporo-pariétal droit et des minimes remaniements hématiques ponctiformes. Le 22 avril 2019, il a montré une détresse respiratoire aiguë dans un contexte d'infection respiratoire, puis un épanchement pleural droit, et, le 3 mai 2019, M. B a subi un choc septique accompagné de détresse respiratoire aiguë sur pneumopathie à pseudomonas aeruginosa, pour laquelle plusieurs antibiothérapies ont été mises en place. Devant l'aggravation de son état de santé, la limitation de certaines thérapeutiques actives a été décidée à compter du 3 juin 2019 et M. B a connu alors une majoration de son insuffisance rénale, puis une bradycardie sévère, évoluant vers un arrêt cardiorespiratoire, conduisant à son décès le 6 juin 2019. Les consorts B ont alors saisi la commission de conciliation et d'indemnisation d'Ile-de-France, et le rapport final, accompagné d'éléments complémentaires rendus le 15 septembre 2021, a conclu à l'absence de faute de la part de l'AP-HP. Faisant valoir que ce rapport ne répond pas à l'ensemble des questions posées, que la procédure devant la CCI n'autorise pas la famille à produire de dires et qu'elle n'a pas été diligentée au contradictoire de l'Oniam, les consorts B sollicitent une expertise médicale.

3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une première réunion d'expertise, les experts, M. F et M. D, ont rendu leur rapport le 22 mars 2021. Ils détaillent dans ce rapport les antécédents médicaux de M. C B, les conditions de sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à compter du 4 mars 2019 ainsi que l'ensemble des événements intervenus à compter de cette date : les conditions ayant abouti au choix d'un pontage redux par l'utilisation de la veine saphène interne du membre inférieur gauche et l'information du patient, l'opération du 17 avril 2019 et la prise en charge de la thrombose aigue de l'artère sylvienne droite le 19 avril 2019 conduisant à l'admission de l'intéressé au service de réanimation de chirurgie cardiaque le 24 avril 2019, la première antibiothérapie administrée préventivement, puis la survenue d'un œdème pulmonaire et d'une pneumopathie à flore oro-pharyngée combattue au départ par la prise d'axepim et d'augmentin, la modification du traitement devant la survenance d'un choc septique le 3 mai 2019, enfin la mise en évidence d'un accident ischémique pariétal droit et la dégradation de l'état général de M. B à compter du 3 juin 2019. Les experts expliquent clairement que l'intervention proposée, qui était à risque élevé, était nécessaire devant l'état de santé général de M. B, qui présentait un pronostic vital engagé à court terme, avec une seule coronaire en fonction, sur une hémorragie digestive, et une insuffisance rénale. Ils indiquent que l'infection nosocomiale de réanimation, de survenance endogène, survient fréquemment mais que l'ensemble des mesures de prévention ont été suivies par l'hôpital et que l'âge du patient et ses antécédents médicaux l'exposaient à la survenue d'une infection. Devant les interrogations des membres de la CCI, les experts ont tenu une seconde réunion le 2 juillet 2021, sur la gestion de la coagulation, sa conformité et son efficacité, le traitement mis en œuvre au moment du transfert post opératoire. A la suite de cette réunion, ils ont précisé dans le rapport complémentaire déposé le 15 septembre 2021, que l'hémorragie digestive dont M. B a été victime avant sa prise en charge a rendu difficile la gestion périopératoire de l'anticoagulation, que le patient présentait un risque élevé de complication thromboembolique en raison de ses multiples antécédents, que ce dernier a suivi les demandes du corps médical avant l'opération en arrêtant l'eliquis, mais également à tort le kardégic, que la période post opératoire a été marquée par la prise d'aspirine et d'héparine, et que l'eliquis n'a pu être réintroduit immédiatement du fait d'un rythme sinusal fragile mais qu'une anticoagulation préventive a bien été instaurée par héparine, ce qui est conforme aux recommandations, et qu'enfin une anticoagulation efficace a été introduite le 29 avril 2019, en accord avec les chirurgiens et les résultats biologiques.

4. Les consorts B font valoir en dernier lieu que les experts n'ont pas répondu aux questions sur l'anticipation du risque de récidive de l'AC/FA et surtout si un traitement avait été prévu en postopératoire, s'il était conforme de retirer les électrodes épicardiques le 18 avril 2019 et si M. B a présenté une AC/FA avant la survenue de l'AVC. Enfin les requérants soutiennent que le rapport final emploie les termes de bronchopneumopathie chronique obstructive, d'antécédent d'hémorragie digestive et d'insuffisance rénale chronique qui n'apparaissent pas dans le dossier médical du décédé. Toutefois, il ressort de la lecture des documents médicaux, d'une part, que l'insuffisance rénale et la notion de bronchopneumopathie chronique obstructive sont portées sur le compte rendu d'hospitalisation du 16 au 24 avril 2019 et prises en compte à ce titre par les experts qui ne pouvaient les ignorer et que, d'autre part, la possibilité d'un AVC était connue et que le rapport mentionne que le diagnostic d'accident vasculaire cérébral a pu être posé très rapidement, par la surveillance de M. B qui avait déjà reçu une anticoagulation préventive dès le 6e heure postopératoire.

5. Il s'ensuit que les experts ont déposé un rapport étayé et circonstancié, en chiffrant le préjudice subi par le requérant. Dans ces circonstances, la demande des consorts B a le même objet que celle effectuée à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Île-de-France et ils disposent d'ores et déjà des éléments de fait leur permettant de soumettre au juge du fond, qui conserve l'opportunité d'ordonner toute mesure d'instruction utile, leurs observations sur l'expertise réalisée. Ainsi, la mesure d'expertise sollicitée en référé ne présente pas un caractère d'utilité au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête des consorts B.

ORDONNE :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à 2023 à Mme G B, à Mme E B, à M. A B, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à la MCVPAP.

Fait à Paris, le 31 janvier 2024.

Le juge des référés,

M. Dhiver

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310650/11-6

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