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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310772

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310772

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310772
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023, M. C B, représenté par Me Ottou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 12 avril 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à son effacement du fichier du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il s'est vu notifier l'arrêté litigieux par voie postale et non par voie administrative ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle est dépourvue de motivation ; elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; son comportement ne saurait être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public ; il justifie d'une domiciliation stable, d'une insertion familiale et professionnelle depuis son installation sur le territoire il y a cinq ans ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle il se fonde ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'ensemble de ses intérêts affectifs et familiaux sont établis en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juillet 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- et les observations de Me Ottou, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M C B, ressortissant marocain né le 25 novembre 2003, est entré en France en octobre 2018, à l'âge de quinze ans selon ses déclarations. Par une ordonnance du 31 juillet 2019, le juge des enfants près le tribunal pour enfants de A a confié provisoirement M. B au service de l'aide sociale à l'enfance de A pour une durée de six mois. Par un jugement du 24 juillet 2020, le placement de M. B a été maintenu jusqu'à l'âge de sa majorité. A sa majorité, il a bénéficié d'un contrat jeune majeur et, après avoir bénéficié d'une remise à niveau en langue française, a validé, en juin 2022, au terme de deux années un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " électricité ". Le 6 juillet 2022, M. B a déposé en préfecture une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 avril 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, le préfet ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français à l'âge de quinze ans. Confié au service de l'aide sociale à l'enfance de A et placé en famille d'accueil au Mans en janvier 2020, il a bénéficié, à sa majorité, d'un contrat jeune majeur. Ayant obtenu en juin 2022, au terme de deux années, le diplôme du certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " électricité ", il a poursuivi, avec le soutien de l'équipe éducative et pédagogique qui le suit, une nouvelle formation pour l'année 2022/2023 en première année de CAP " Commercialisation et Services en Hôtel-Café-Restaurant " dans le cadre d'un contrat d'apprentissage du 1er septembre 2022 au 30 juin 2023. Si le préfet de police a notamment relevé, dans l'arrêté contesté, que M. B est défavorablement connu des services de police, en raison de faits de vol en réunion et vol aggravé par deux circonstances commis en fin d'année 2018 et au cours des mois de mai et juin 2019, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard au caractère isolé des faits en cause commis près de trois ans avant l'arrêté contesté, qui n'ont pas été réitérés et correspondent à la période d'errance du requérant à son arrivée sur le territoire français, que M. B représenterait une menace pour l'ordre public. De même, si le préfet fait état des résultats trop faibles obtenus par l'intéressé dans le cadre de sa formation entreprise en 2022/2023 traduisant un manque de travail et d'investissement, en s'appuyant notamment sur les bulletins de note du premier semestre de l'intéressé, celui-ci est cependant, à la date de sa demande, titulaire d'un certificat d'aptitude professionnelle " électricité " obtenu en juin 2022. Ayant donné toute satisfaction à son employeur dans le cadre de son apprentissage au cours de l'année 2022/2023, il bénéficie, en outre, d'une promesse d'embauche de ce dernier à compter du 1er septembre 2013. Il est également soutenu par sa structure d'accueil qui, malgré des résultats scolaires décevants au cours du premier semestre, conforte l'appréciation du caractère réel et sérieux de la formation suivie par l'intéressé, contrairement à ce qu'a estimé le préfet de police. Il ressort ainsi de la note sociale établie par la structure d'accueil du Mans laquelle souligne la motivation et le sérieux de M. B " qui se consacre à son apprentissage et à l'obtention de son diplôme ", que le projet du requérant de construire son avenir en France a été jugé sérieux, cohérent et adapté au contrat jeune majeur signé avec l'aide sociale à l'enfance de A. Aussi, au regard de l'ensemble de ces éléments, et alors même que M. B ne serait pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de police a, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé. M. B est, dès lors, fondé à demander, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, l'annulation de la décision de refus de titre de séjour en litige ainsi que, par voie de conséquence, celle des autres décisions contenues dans l'arrêté contesté.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. D'une part, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le présent jugement implique nécessairement que soit délivré à M. B la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à la délivrance de ce titre dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de mettre en possession M. B, dans les meilleurs délais, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant expressément à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 20/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

7. Le présent jugement, en tant qu'il annule l'interdiction faite à M. B de retourner sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Il est donc enjoint au préfet de police de faire procéder, dans un délai qu'il convient de fixer à trente jours à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen compte tenu de cette annulation, laquelle constitue un motif d'extinction au sens de l'article 7 du décret du 28 mai 2010.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ottou, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 12 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de mettre en possession de M. B, dans les meilleurs délais, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant expressément à travailler.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de faire procéder, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à Me Ottou une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de police et à Me Ottou.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Lamarche, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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