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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310814

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310814

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310814
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantANGLIVIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2023, M. A C B, représenté par Me Angliviel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 21 avril 2023 portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, aux services préfectoraux de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder aux réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Angliviel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché de vices de procédure, l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 octobre 2022 n'ayant pas été communiqué ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- il aurait dû se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision relative au délai de départ volontaire accordé est dépourvue de motivation ; le préfet n'est pas lié par le délai de trente jours ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du délai de départ volontaire accordé ; un départ précipité apparaît donc extrêmement brutal et ne tient pas compte de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- et les observations de Me Angliviel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant congolais (Congo-Brazzaville) né le 26 mars 1997, est entré en France en 2011, selon ses déclarations, à l'âge de quatorze ans. Il a sollicité, le 28 juin 2022, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 avril 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, postérieurement à l'enregistrement de la requête, par une décision du 5 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2011 à l'âge de quatorze ans, ce qui n'est pas sérieusement contesté, souffre d'une schizophrénie paranoïde et a également été victime d'un accident vasculaire cérébral en 2017 pour lequel un traitement quotidien a dû être mis en place ainsi qu'un suivi régulier, notamment par image par résonnance magnétique (IRM) pour ces deux pathologies, ainsi qu'il ressort d'un certificat médical établi le 11 mai 2023 par le praticien hospitalier psychiatre responsable du foyer de Post-Cure de l'Elan, en charge de son suivi sans interruption depuis sa première décompensation en mars 2020, corroboré par un autre certificat médical émanant du chef de pôle Psychiatrie de Paris 12 des hôpitaux de Saint-Maurice, et établi le 9 mai 2023 qui fait état de troubles du requérant apparus au cours de l'année 2018 de manière insidieuse, d'une première consultation spécialisée mars 2020 lors d'une hospitalisation en service de neurologie du 9 au 16 mars 2020 à l'hôpital Saint-Antoine pour bilan de troubles du comportement et antécédents personnel et familiaux neurologiques, d'une longue hospitalisation de vingt-huit mois aux hôpitaux de Saint Maurice, et de sa prise en charge au sein du foyer de Postcure de l'Elan depuis le mois d'août 2022. Pris en charge jusqu'en 2019 par sa sœur, puis par sa tante chez laquelle il a habité jusqu'à son hospitalisation en 2020, lesquelles sont toutes deux titulaires d'une carte de résident, M. B a suivi sa scolarité en France. Ayant obtenu son brevet des collèges en 2012, son brevet d'étude professionnel en 2014 et son bac professionnel le 13 juillet 2016, et titulaire à sa majorité d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", il a dû, à la suite de son accident vasculaire cérébral en 2017 et de l'émergence de ses troubles psychiatriques, interrompre les études entreprises en licence de lettres à la Sorbonne pour l'année scolaire 2017/2018. Pris en charge au foyer de l'Elan depuis le 1er août 2022 et au Centre Saint Eloi rattaché aux hôpitaux de Saint Maurice, il dispose de fortes attaches en France où résident une partie de sa fratrie ainsi que sa tante, ainsi qu'il ressort de nombreuses attestations, notamment de sa médiatrice de santé, de l'ergothérapeute et de l'infirmière de jour en charge de son suivi au centre de réhabilitation psychosociale, des certificats médicaux précités et du rapport de situation sociale du 4 mai 2023 de l'assistante sociale du foyer de l'Elan retrouvé. S'étant vu, par ailleurs, reconnaître un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %, M. B bénéficie de l'allocation d'adulte handicapé pour la période du 1er juin 2022 au 31 mai 2025 ainsi que de la carte mobilité inclusion mention invalidité. Au demeurant, M. B fait valoir sans être sérieusement contredit qu'il n'est jamais retourné au Congo-Brazzaville, qu'il n'a que d'erratiques contacts par téléphone avec sa mère qu'il n'a pas revue depuis son arrivée en France, son père étant décédé des suites d'un accident vasculaire cérébral alors qu'il n'avait que dix ans. Dans ces conditions, eu égard au jeune âge du requérant, arrivé en France à l'âge de quatorze ans, à ses conditions de séjour en France, et compte tenu de la gravité des pathologies dont il souffre, du suivi important mis en place entre le centre médico-psychiatrique Saint Eloi et son foyer de l'Elan dans le cadre de son parcours de soins et à la nécessité d'un suivi pluridisciplinaire dont il fait l'objet en France, il est ainsi fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

4. Par suite, cette décision doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués et il y a lieu d'annuler, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation, que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de délivrer ce titre dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Angliviel, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Angliviel d'une somme de 1 300 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 21 avril 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de délivrer à M. B, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 4 : L'Etat versera à Me Angliviel une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Angliviel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A junior B, au préfet de police et à Me Angliviel.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Lamarche, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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