jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2310930 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SELARL FLG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mai 2023 et le 19 septembre 2024, M. F E, représenté par la SELARL Juris Pharma, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France a autorisé Mme C A, représentante de la SELARL Pharmacie Métro Temple, à transférer l'officine de pharmacie dont elle est titulaire du 85 rue de Turbigo à Paris (75003) vers le 172 rue du Temple à Paris (75003) et a octroyé à l'officine située à cette adresse une licence d'exploitation d'une pharmacie, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique intervenue le 17 mai 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable ;
- l'arrêté attaqué fait une inexacte application des articles L. 5125-3, L. 5125-3-2, L. 5125-4, L. 5125-14 du code de la santé publique.
Par une intervention, enregistrée le 1er août 2023, la SELARL Pharmacie Métro Temple, représentée par la SELARL FLG Avocats, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2)° à la mise à la charge de M. E d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête de M. E est irrecevable en raison de son caractère prématuré ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, la directrice générale de l'ARS d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cicmen,
- les conclusions de M. Pény, rapporteur public,
- les observations de la SELARL Juris Pharma, représentant M. E,
- et les observations de la SELARL FLG Avocats, représentant la SELARL Pharmacie Métro Temple.
Considérant ce qui suit :
1. La SELARL Pharmacie Métro Temple a présenté le 21 septembre 2022 une demande de transfert de son officine pharmaceutique, située 85 rue de Turbigo dans le troisième arrondissement de Paris, vers un local situé 172 Rue du Temple dans le même arrondissement. Par un arrêté du 16 janvier 2023, la directrice de l'agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France a autorisé le transfert sollicité. M. E, qui exploite une officine de pharmacie sous l'enseigne Pharmacie du Temple, a formé le 17 mars 2023 un recours hiérarchique contre cet arrêté, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 17 mai 2023. Par la présente requête M. E demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur l'intervention de la SELARL Pharmacie Métro Temple :
2. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.
3. La SELARL Pharmacie Métro Temple, en sa qualité de bénéficiaire de l'autorisation de transfert accordée par l'arrêté du 16 janvier 2023 attaqué, justifie d'un intérêt suffisant à intervenir en défense. Son intervention, dès lors, est recevable.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
4. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1 (), sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts () d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ; / () ". Aux termes de l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier ". Aux termes de l'article L. 5125-3-2 de ce code : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : / 1° L'accès à la nouvelle officine est aisé ou facilité par sa visibilité, par des aménagements piétonniers, des stationnements et, le cas échéant, des dessertes par les transports en commun ; / 2° Les locaux de la nouvelle officine remplissent les conditions d'accessibilité mentionnées à l'article L. 111-7-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les conditions minimales d'installation prévues par décret. Ils permettent la réalisation des missions prévues à l'article L. 5125-1-1 A du présent code et ils garantissent un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ; / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs ". Aux termes de l'article L. 5125-3-3 de ce même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 5125-3-2, le caractère optimal de la réponse aux besoins de la population résidente est apprécié au regard des seules conditions prévues aux 1° et 2° du même article dans les cas suivants : / 1° Le transfert d'une officine au sein d'un même quartier, ou au sein d'une même commune lorsqu'elle est la seule officine présente au sein de cette commune ; / () ".
5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier les effets du transfert envisagé sur l'approvisionnement en médicaments du quartier d'origine et du quartier de destination de l'officine qui doit être transférée ainsi que, le cas échéant, des autres quartiers pour lesquels ce transfert est susceptible de modifier significativement l'approvisionnement en médicaments. La population résidente, au sens des mêmes dispositions, doit s'entendre, outre éventuellement de la population saisonnière, de la seule population domiciliée dans ces quartiers ou y ayant une résidence stable. L'administration peut toutefois tenir compte, pour apprécier cette population, des éventuels projets immobiliers en cours ou certains à la date de sa décision. Enfin, le caractère optimal de la réponse apportée par le projet de transfert ne saurait résulter du seul fait que ce projet apporte une amélioration relative de la desserte par rapport à la situation d'origine.
En ce qui concerne l'application en l'espèce :
6. Pour autoriser le transfert de l'officine exploitée par la SELARL Pharmacie Métro Temple, la directrice générale de l'ARS d'Ile-de-France, après avoir indiqué que le déplacement envisagé se fera à 90 mètres de l'emplacement actuel de l'officine, dans un nouveau quartier défini au nord par la place de la République, à l'est par le boulevard du Temple, à l'ouest par la rue du Temple et au sud par la rue de Bretagne et la rue des Filles du Calvaire, a estimé qu'il " n'aura pas pour effet de compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente de la commune du quartier d'origine ", que l'accès à la nouvelle officine sera aisé par sa visibilité, par des aménagements piétonniers et des stationnements, que le local proposé, qui est situé dans un lieu garantissant un accès permanent du public à la pharmacie, est conforme aux conditions minimales d'installation et remplit les conditions d'accessibilité et que le transfert envisagé permet de répondre de façon optimale aux besoins en médicaments de la population résidente du quartier d'accueil de l'officine.
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le quartier d'origine de la pharmacie transférée est délimité au nord par le Boulevard Saint-Martin et la place de la République, au sud par la rue Réaumur, à l'est par la rue du Temple, et à l'ouest par la rue Saint-Martin, tandis que, le quartier d'accueil est délimité au nord par la place de la République, à l'ouest par la rue du Temple, à l'est par le boulevard du Temple et au sud par la rue de Bretagne et la rue des Filles du Calvaires ainsi qu'il a été exposé au point 6, les deux quartiers étant situés dans le 3ème arrondissement qui compte d'ailleurs dix-sept pharmacies. M. E ne peut utilement soutenir que le transfert de l'officine exploitée par la SELARL Pharmacie Métro Temple aura pour effet de priver la zone dite Ilots regroupés pour indicateurs statistiques (IRIS) 902, qui comporte 1850 habitants, de la seule officine qu'elle comporte, alors qu'une officine est déjà implantée dans la zone IRIS 1001 qu'elle doit rejoindre et qui comporte 2 349 habitants, dès lors que les IRIS n'ont ni pour objet ni pour effet de donner une unité géographique aux zones qu'elles comprennent et ne sauraient, par suite, être regardés comme délimitant en soi des quartiers distincts au sens des dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que dix autres officines se situent dans un rayon de 650 mètres de l'emplacement de départ de l'officine exploitée par SELARL Pharmacie Métro Temple, deux étant dans le même quartier d'origine, dont l'une seulement à 130 mètres par voie piétonne. Ces officines sont largement desservies par les transports en commun et des voies d'accès permettant à la population résidente de s'y rendre aisément. Par ailleurs, après transfert, la nouvelle officine, qui ne se trouve qu'à 90 mètres de son emplacement initial, jouxtera son quartier d'origine dont la population résidente pourra continuer à s'y approvisionner sans que le requérant ne puisse sérieusement soutenir que la rue du Temple, par sa largeur et sa fréquentation, y ferait obstacle. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que le transfert autorisé serait de nature à compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier d'origine.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'accès au nouvel emplacement de la Pharmacie Métro Temple est aisé tant à pied, qu'à vélo par une piste cyclable, et en transports en commun compte tenu notamment de la présence à proximité de deux stations de métro et d'arrêts de bus de plusieurs lignes, sans exclure d'ailleurs une dépose devant par un véhicule automobile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, le feuillage des arbres compromettrait la visibilité du nouveau lieu d'implantation ou que l'officine transférée, dotée d'une signalétique lumineuse, serait moins accessible ou moins visible que sur sa précédente implantation. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du 4 avril 2022 de la direction des transports et de la protection du public de la préfecture de police de Paris autorisant les travaux d'aménagement du nouvel établissement, qui constitue un établissement recevant du public de 5ème catégorie, de l'avis favorable au projet émis le 21 novembre 2022 par le conseil régional de l'ordre des pharmaciens d'officine (CROP) Île-de-France, ou de l'avis favorable émis le 16 décembre 2022 par le département qualité sécurité pharmacie médicament biologie de l'ARS d'Île-de-France que la nouvelle officine est accessible aux personnes à mobilité réduite, et respecte les conditions minimales d'installation, tout en permettant un accès permanent au service de garde et d'urgence, contrairement à ce qu'allègue le requérant sans apporter aucun élément en ce sens. Enfin, ainsi qu'il a été indiqué au point 8, il ressort des pièces du dossier que la nouvelle officine approvisionnera en partie la même population résidente que celle du quartier d'origine sans que le requérant puisse sérieusement soutenir que la rue du Temple, par sa largeur et sa fréquentation, y ferait obstacle. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée ne permet pas de répondre de façon optimale aux besoins en médicament de la population résidente et du lieu d'implantation.
10. Par suite, et sans qu'il ne puisse utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 5125-4 et L. 5125-14 du code de la santé publique, M. E n'est pas fondé à soutenir que la directrice générale de l'ARS d'Ile-de-France a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-2 du code de la santé publique.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par la SELARL Pharmacie Métro Temple, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. E demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
13. D'autre part, la SELARL Pharmacie Métro Temple, intervenante en défense, est bénéficiaire de l'autorisation de transfert, prise à sa demande, qui est contestée. Elle aurait eu, par suite, qualité pour former tierce opposition au jugement si celui-ci avait prononcé l'annulation de l'arrêté et si elle n'avait pas été présente à l'instance. Elle doit donc être regardée comme une partie pour l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de cet article et de mettre à ce titre à la charge de M. E une somme de 1 500 euros à son profit.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la société Pharmacie Métro Temple est admise.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : M. E versera à la SELARL Pharmacie Métro Temple une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, et à la SELARL Pharmacie Métro Temple.
Copie en sera adressée à l'agence régionale de santé d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delesalle, présidente,
M. Cicmen, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
D. Cicmen
Le président,
H. DelesalleLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026