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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2311074

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2311074

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2311074
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, M. A B, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit à la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue le 13 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. Rezard, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 19 juin 1989, entré en France, selon ses déclarations, le 5 juillet 2018, a sollicité le 27 juillet 2022 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 12 avril 2023, le préfet de police a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables à la situation de M. B, notamment les articles L. 425-9 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il comporte en outre les considérations de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé afin de refuser de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre et de fixer le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () "

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est motivée par la circonstance que, comme l'avait considéré le collège des médecins de l'OFII dans son avis, l'intéressé présente un état de santé qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que le traitement approprié est disponible dans son pays d'origine, où il peut voyager sans risque. M. B, qui souffre de plusieurs pathologies, essentiellement une hyperparathyroïdie congénitale, la maladie de Fahr et une cataracte iatrogène opérée, est astreint, à ce titre, à un traitement anti-convulsivants au long cours avec supplémentation calcique et à un suivi médical régulier, à la fois en médecine générale, en néphrologie et en endocrinologie. Il ressort, à cet égard, des pièces du dossier, que des médicaments anti-convulsivants sont disponibles en Mauritanie. Si le requérant ne le remet pas en cause, il soutient qu'il ne pourrait tout de même pas bénéficier effectivement de ce traitement en raison des coûts afférents, au regard à la fois du montant faible du salaire minimum en Mauritanie et des difficultés qu'il rencontrerait pour exercer une activité professionnelle du fait de son handicap. Toutefois, il résulte de l'arrêté conjoint n° 0583/MS/MF/MDN/MFPTMA du 16 avril 2013 fixant la liste des maladies dites exonératoires que certaines pathologies ouvrent droit en Mauritanie à une exonération, partielle ou totale, des frais restants à la charge des assurés sociaux, au nombre desquelles figurent les dysfonctionnements thyroïdiens de longue durée. Par ailleurs, le préfet de police produit en défense des articles de presse faisant état de la mise en place, au printemps 2021, d'un programme d'accès gratuit aux soins pour les plus démunis. Enfin, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'apprécier les difficultés d'accès à l'emploi qui seraient rencontrées en Mauritanie par les personnes en situation de handicap. Dans ces conditions, par ses seules allégations, M. B ne peut être regardé comme remettant en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII suivant lequel il pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant séjourne depuis le 1er janvier 2021 auprès de son frère Hademou Oussouf Sokhana, qui a la nationalité française. Si le requérant indique que toute sa famille réside en France, il n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations, alors qu'il indiquait, à l'appui de sa première demande de titre de séjour, que ses parents et cinq de ses frères et sœurs vivaient toujours en Mauritanie. Il est en outre constant que le requérant est célibataire, sans charge de famille. Dans ces conditions, en refusant son admission au séjour, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Pour les motifs exposés au point 4, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît, en tout état de cause, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, si M. B présente un état de santé qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant infondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est notamment motivée par la circonstance que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le requérant séjourne sur le territoire depuis l'année 2018 auprès de son frère, de nationalité française, et y exerce une activité professionnelle à temps partiel, de manière compatible avec son état de santé, depuis le 1er août 2021. Il est par ailleurs constant qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en adoptant une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois, correspondant à la durée maximale prévue à l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 du préfet de police en tant qu'il lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen dirigé contre cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. L'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de M. B ne peuvent qu'être rejetées.

14. A toutes fins utiles, il est rappelé au préfet de police qu'il résulte des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 avril 2023 du préfet de police est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2311074

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