lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2311234 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GUICHETEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 23 mai 2023, M. C A représenté par Me Aboukhater, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision, du 21 juin 2022 par laquelle le préfet de police a octroyé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement, situé au 93 avenue de la Chapelle dans le 18ème arrondissement de Paris ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de la décision contestée est incompétent ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine par le préfet de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) préalablement à l'octroi du concours de la force publique ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa précarité financière, du trouble à l'ordre public et de la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire ;
- le préfet de police ne lui a pas proposé de solution de relogement effective.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- à titre principal, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de
M. A, ce dernier ayant été expulsé le 13 octobre 2023 ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à l'association Habitat et Humanisme Ile-de-France qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 30 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 14 juin 2024.
Par une décision du 31 mai 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guglielmetti ;
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte sous-seing privé du 5 novembre 2018, l'association Habitat et Humanisme Ile-de-France a consenti une convention d'occupation temporaire, à titre onéreux, dans le cadre d'un habitat partagé à M. A portant sur un appartement situé au 93 rue de la Chapelle, dans le 18ème arrondissement de Paris. Par une ordonnance du 13 août 2021, le juge des référés du tribunal judiciaire de Paris, après avoir constaté l'acquisition de la clause résolutoire de la convention d'occupation temporaire à compter du 25 juin 2020, a condamné M. A à procéder au paiement de la somme de 6 440,51 euros au titre des loyers et charges impayés et, jugé qu'à défaut de paiement, le tribunal donnait à l'association la possibilité de procéder à son expulsion, avec le concours de la force publique. Un commandement de quitter les lieux a été délivré à l'occupant le 22 octobre 2021 et notifié aux services de la préfecture de police le
25 octobre 2021. Par acte d'huissier du 20 avril 2022, le concours de la force publique a été requis pour procéder à l'expulsion de M. A. Par une décision du 21 juin 2022, le préfet de police a accordé le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion du requérant à compter du 15 septembre 2022. Par la présente requête, M. A, qui a été effectivement expulsé du logement le 13 octobre 2023, demande l'annulation de la décision du 21 juin 2022.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2023. Par suite, ses conclusions tendant à ce que l'aide juridictionnelle provisoire lui soit accordée sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de police :
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
4. Le préfet de police soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer dès lors que le requérant a été expulsé de son logement le 15 octobre 2023. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la décision du 21 juin 2022 aurait été retirée ou abrogée par le préfet de police. Par suite, il y a toujours lieu de statuer sur la demande d'annulation de la décision d'octroi du concours de la force publique prise le 21 juin 2022.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D E, adjointe à la cheffe de service du cabinet du préfet de police, titulaire en vertu d'un arrêté n°2022-00040 du 13 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour, d'une délégation du préfet de police à l'effet de signer les décisions relatives aux autorisations de concours de la force publique en matière d'expulsions locatives. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département afin que celui-ci en informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives prévue à l'article 7-2 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, et qu'il informe le ménage locataire de la possibilité de saisir la commission de médiation en vue d'une demande de relogement au titre du droit au logement opposable. (). La saisine du représentant de l'Etat dans le département par l'huissier et l'information de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives par le représentant de l'Etat dans le département s'effectuent par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information prévu au dernier alinéa du même article 7-2 ".
7. M. A ne peut utilement faire valoir que le préfet de police n'aurait pas informé la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX), cette circonstance étant sans incidence sur la légalité de la décision d'octroi du concours de la force publique. En tout état de cause, le préfet de police expose, sans être contredit, que la commission a été informée, via le logiciel EXPLOC, de la notification du commandement de quitter les lieux. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires () ". Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire statuant sur la demande d'expulsion ou sur la demande de délai pour quitter les lieux et telles que l'exécution de l'expulsion serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En troisième lieu, en se bornant à invoquer, d'une part, la nécessité de terminer son année universitaire pour l'année 2022 et ses oraux d'admission au sein de l'ESCP Business school se déroulant en mai 2023, et, d'autre part, sa précarité financière et sa fragilité psychologique, M. A ne justifie pas d'une circonstance postérieure à l'ordonnance du tribunal d'instance de Paris du 13 août 2021 faisant apparaître que l'exécution de la décision du préfet de police serait de nature à entraîner des troubles à l'ordre public au sens des règles rappelées au point 5 du présent jugement alors qu'au demeurant, son expulsion du logement est intervenue le 15 octobre 2023. Dans ces conditions, la décision du préfet de police n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, la procédure visant l'octroi du concours de la force publique et celle relative à l'existence d'un droit au logement opposable constituent deux procédures distinctes tant dans leurs modalités de mise en œuvre que dans les principes qui les régissent. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit que le fait d'être reconnu prioritaire dans le cadre du droit au logement opposable ferait obstacle à ce que soit octroyé le concours de la force publique, ni que le préfet serait tenu de s'assurer du relogement effectif de l'intéressé avant d'accorder le concours de la force publique à son expulsion. Ainsi, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet de police ne lui a fait aucune proposition de relogement effective.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 21 juin 2022 accordant le concours de la force publique à l'exécution du jugement prononçant son expulsion.
Sur les frais liés au litige :
12. L'Etat n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ni, en tout état de cause, celle demandée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de l'intérieur et à l'association Habitat et Humanisme Ile-de-France.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.
La rapporteure,
S. GUGLIELMETTI
La présidente,
M. SALZMANNLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026