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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2311357

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2311357

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2311357
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET ERNST & YOUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, et des mémoires enregistrés le 22 février 2024 et le 7 avril 2024, la société Air Space Drone, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 16 mars 2023 par laquelle la direction des services de la navigation aérienne a rejeté le recours préalable indemnitaire effectué par la société Air Space Drone le 16 janvier 2023 tendant à l'indemnisation du prétendu préjudice subi par elle en raison de la prétendue irrégularité de son éviction de l'appel à projet partenariat Propulse USpace ;

2°) de condamner la direction des services de la navigation aérienne au paiement de la somme qui reste à parfaire, ainsi que la capitalisation de leurs intérêts de 4.825.000,00 euros au titre de la perte de chance d'obtenir le contrat et du manque à gagner en résultant.

3°) de mettre à la charge de l'État (ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires) une somme de 2500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'appel à partenariat est irrégulière ;

o la décision de rejet de son offre est illégale :

* car elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle n'a pas eu communication des motifs de ce rejet ou de ceux ayant conduit à l'attribution des notes qu'elle a reçues malgré des demandes en ce sens et que les caractéristiques et avantages des offres retenues ne lui ont pas été communiquées assorties des motifs permettant d'apprécier le classement retenu ;

* car ses motifs sont erronés ;

o ces irrégularités ont porté atteinte au principe d'égalité entre les candidats ;

o les motifs de rejet de son offre sont erronés ;

o la méthode de notation retenue est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et a manqué de transparence ;

o il y a eu rupture de l'égalité de traitement entre candidats ;

- l'administration a méconnu les principes de la liberté de commerce et de l'industrie et de la libre concurrence dès lors que seules pouvaient être attributaires pour les étapes 2 et 3 des entreprises attributaires de l'étape 1 du projet et que leur attribution des marchés des étapes 2 et 3 renforcent encore leur position dominante sur le marché concurrentiel ;

- la décision de déclaration sans suite de la procédure du 5 janvier 2023 est illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2023 et le 25 mars 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, représenté par société d'avocats EY, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5.000 euros soit mise à la charge de la société Air Space Drone au titre de l'article L.761-1 du code de Justice Administrative.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire mal fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 2185-1 du code de la commande publique : " L'acheteur peut, à tout moment, déclarer une procédure sans suite. ". Et aux termes de l'article R. 2185-2 du même code : " Lorsqu'il déclare une procédure sans suite, l'acheteur communique dans les plus brefs délais les motifs de sa décision de ne pas attribuer le marché ou de recommencer la procédure aux opérateurs économiques y ayant participé. " Indépendamment du cas où aucune offre n'est jugée acceptable, une collectivité publique a la faculté de ne pas donner suite à un appel d'offres pour un motif d'intérêt général.

3. La direction des services de la navigation aérienne (DSNA) de la direction générale de l'aviation civile du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a publié un avis de marché le 15 septembre 2021 pour l'attribution de deux marchés publics de services de recherche et développement correspondant aux étapes n° 2 et n° 3, respectivement en trois et en deux lots, du programme " U-Space ", relatif à la gestion du trafic aérien de drones. Par courrier du 29 mars 2022, la DSNA a informé la société Air Space Drone que sa candidature à l'attribution des cinq lots avait été rejetée. Cette dernière a formé un recours hiérarchique le 9 mai 2022 et un recours gracieux le 13 mai 2022 contre cette décision. Par une décision du 5 janvier 2023, la procédure d'attribution des différents lots des deux marchés a été déclarée sans suite. Par un jugement n° 2221057 du 12 juillet 2023, le tribunal administratif de Paris, saisi par la société Air Space Drone, a, d'une part, jugé qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de sa requête tendant à l'annulation de la décision du 29 mars 2022 ayant rejeté sa candidature pour l'attribution des contrats correspondant aux étapes n° 2 et n° 3 du programme " U-Space " et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision, et, d'autre part, rejeté comme irrecevables les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 janvier 2023 déclarant sans suite la procédure de passation des cinq lots correspondant aux étapes n° 2 et n° 3 du programme " U-Space ". Parallèlement à cette instance, la société Air Space Drone a formé auprès de la DSNA une demande indemnitaire préalable en date du 12 janvier 2023, reçu le 16 janvier 2023, aux fins de solliciter l'indemnisation du prétendu préjudice subi par elle en raison de l'irrégularité de son éviction, qui a été implicitement rejetée le 16 mars 2023.

4. Par la présente requête la société Air Space Drone demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du 16 mars 2023 par laquelle la DSNA a rejeté son recours indemnitaire préalable du 16 janvier 2023 tendant à l'indemnisation du prétendu préjudice subi par elle en raison de la prétendue irrégularité de son éviction de l'appel à projet partenariat Propulse USpace et de condamner la DSNA au paiement de la somme qui reste à parfaire, ainsi que la capitalisation de leurs intérêts de 4.825.000,00 euros au titre de la perte de chance d'obtenir le contrat et du manque à gagner en résultant.

5. Il est constant que la procédure de passation dans le cadre de laquelle la candidature de la société Air Space Drone a été rejetée a finalement été déclarée sans suite par décision du 5 janvier 2023, à la suite de quoi le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a publié un nouvel avis d'appel d'offres le 11 avril 2023.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment des différents mémoires qu'elle a produits à l'instance, que la société Air Space Drone se borne à demander une indemnisation du fait des conditions, fautives selon elle, dans lesquelles sa candidature a été évincée d'une procédure dont il est constant qu'elle a été déclarée sans suite et qu'elle n'a donc donné lieu à aucun contrat.

7. Dès lors, les conclusions de la société Air Space Drone tendant à ce que soit engagée la responsabilité de la DSNA pour faute dans la passation d'un contrat qui n'a pas été conclu sont, ainsi que le fait valoir à bon droit le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, manifestement irrecevables et doivent comme telles être rejetées par application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions tendant au remboursement des frais de l'instance.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires tendant à ce que soit mise à la charge de la société Air Space Drone une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions à ce titre sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de société Air Space Drone est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Air Space Drone et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Fait à Paris, le 29 juillet 2024.

Le vice-président de la 3e section,

J-Ch. GRACIA

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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