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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2311407

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2311407

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2311407
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCHOUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 avril 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à un nouvel examen de sa demande.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est dépourvue de base légale ;

- la décision fixant son pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Thulard en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thulard,

- les observations de Me Chouki, avocate commise d'office représentant M. A, qui fait valoir des moyens nouveaux tirés du défaut de motivation de l'arrêté contesté, du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. A et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision d'éloignement sur la situation personnelle de ce dernier,

- et les observations de M. A, assisté d'un interprète en bengali.

La clôture de l'instruction a été prononcée après observations des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 1er juillet 1996 à Sylhet, entré en France le 29 juin 2021 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 30 décembre 2021 et sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 janvier 2023. Par un arrêté du 24 avril 2023, dont M. A demande l'annulation par la présente requête, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

2. En premier lieu, les décisions contestées portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et sont ainsi suffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de la motivation de l'arrêté du 24 avril 2023, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prendre à son encontre les décisions litigieuses.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / ( / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (). ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait du logiciel TelemOfpra produit en défense, que M. A ne bénéficiait plus du droit de se maintenir en France à compter du 9 janvier 2023, date à laquelle sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par une ordonnance de l'OFPRA comme irrecevable. Il relevait ainsi des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 précité et n'est donc pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

6. En quatrième lieu, M. A ne conteste pas ne pas disposer de liens familiaux en France et se prévaut d'une résidence sur le territoire national depuis seulement le 29 juin 2021, soit moins de deux ans à la date de la décision attaquée. S'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet en qualité de commis de cuisine, il ne l'a conclu qu'en août 2022, si bien que son insertion professionnelle demeurait très récente à la date du 24 avril 2023. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. M. A, dont la demande de protection internationale a au demeurant été rejetée par la CNDA et dont la demande de réexamen a été considérée comme irrecevable par l'OFPRA, ne démontre pas être personnellement exposé à un risque de peine ou traitement inhumain ou dégradant en cas de retour au Bangladesh. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé son pays de destination méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et que sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

V. Thulard

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2311407/6-

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