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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2311438

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2311438

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2311438
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantOSBORNE CLARKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 mai 2023 et le 21 mars 2024, la société RATP Travel Retail et la régie autonome des transports parisien ( RATP), représentée par Me Le Mière, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société Denfert Fruits à leur verser, à titre de provision, la somme de 13 014, 76 euros, au titre du montant des redevances d'occupation et charges privatives comptes arrêtés au 27 février 2024 pour l'occupation d'un bien immobilier situé dans les dépendances de la gare Denfert Rochereau, assortie d'une somme de 838, 24 euros au titre des intérêts de retard à parfaire ;

2°) de condamner la société Denfert Fruits à lui verser, à titre de provision, la somme de 7 920 euros au titre des indemnités contractuelles toutes taxes comprises (TTC) ;

3°) de mettre à la charge de la société Denfert Fruits une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La société Denfert Fruits, qui n'a pas acquitté l'intégralité des redevances d'occupation de la dépendance domaniale du 1er septembre 2022 au 27 février 2024, ne conteste pas le principe et le montant de sa dette ;

- L'existence de l'obligation de paiement des redevances non payées, des intérêts et de l'indemnité de l'article 6.1 de la convention d'occupation du domaine public en vertu de laquelle les locaux mis à la disposition de la société Denfert Fruits sont occupés par elle, n'est pas sérieusement contestable dès lors que ces sommes sont dues en application de cette convention.

La requête et le mémoire complémentaire ont été communiqués à la société Denfert Fruits qui n'a pas présentée d'observations.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention d'occupation du domaine public de la régie autonome des transports parisiens conclue le 7 octobre 2015 entre la société Promo Métro, mandataire de la RATP, et la société Denfert Fruits, cette dernière a été autorisée à occuper un emplacement commercial d'une superficie de 11 m² dans l'enceinte de la gare de Denfert Rochereau, (emplacement n° 15.0013.99.0001), en vue d'y exploiter une activité de " Vente de fruits - légumes - fleurs ", pour une durée de quatre ans à compter du 1er août 2015, durée d'occupation prolongée, par cinq avenants conclus entre le 12 septembre 2019 et le 14 décembre 2021, jusqu'au 30 avril 2022. Ayant constaté que la société Denfert Fruits n'avait pas réglé l'intégralité des sommes dues au titre de l'occupation de ce bien à partir du 1er septembre 2022 en vertu d'une nouvelle convention conclue le 8 février 2022 selon les termes de la requête, la société RATP Travel Retail lui a réclamé, par un courrier du 8 décembre 2022 le paiement d'une somme 2 135, 59 euros et lui a fait signifier par un acte extrajudiciaire du même jour un courrier relatif à la libération de l'emplacement occupé et l'informant qu'un état des lieux de sortie serait organisé le 16 décembre suivant, après lui avoir adressée le 24 novembre un courrier l'informant que cette convention, compte tenu des manquements aux obligations prévues par ses stipulations, était nulle et non avenue. Elle lui a également fait signifier le 7 avril 2023, un commandement de payer la somme de 6 600 euros au titre des indemnités contractuelles dues, somme portée à 6 760,74 euros après intégration des frais de l'acte.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction dont le montant lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

Sur les redevances d'occupation et les charges :

3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ".

4. D'autre part, le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant sans titre du domaine public au titre de la période d'occupation irrégulière une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin elle doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière soit par référence à un tarif existant lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit à défaut de tarif applicable par référence au revenu tenant compte des mêmes avantages qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public.

5. S'agissant des stipulations de la convention du 7 octobre 2015, le tarif applicable était le montant de la redevance contractuellement prévue. D'une part, en application de l'article 9 de cette convention, le tarif était composé d'une part fixe minimum recouvrant la redevance minimale garantie annuelle et une part variable. La part fixe s'élevait à 6 255, 96 euros annuels, hors taxes et charges. Le montant était indexé sur l'indice des loyers commerciaux de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), l'indice de comparaison étant le dernier publié au 1er janvier et, pour la première fois, le 1er janvier 2017. La part variable s'élevait à 6 % du chiffre d'affaires annuel hors taxes réalisé dans l'emplacement considéré pour l'ensemble de l'exploitation autorisée, déduction faite de la partie fixe. D'autre part, en application de l'article 14 de la même convention, la redevance était augmentée des charges communes et privatives. Les modalités de paiement établies par l'article 10 de la convention prévoient que la partie fixe minimale est payable les 1ers de chaque mois.

6. S'agissant de la convention du 8 février 2022, aux termes de son article 6.1 alinéa 6 : " () A compter de la signature de la présente convention, l'occupant disposera d'un délai de SIX (6) semaines maximums pour remettre à la société RATP TRAVEL RETAIL un dossier d'aménagement définitif validé par cette dernière. / A défaut de remise dans le délai ci-indiqué, la présente convention pourra être déclarée nulle et non avenue, les parties étant dégagés de leurs engagements réciproques. L'occupant devra, en outre, verser à la société RATP TRAVEL RETAIL, à titre forfaitaire et irréductible, une indemnité fixée à la somme correspondant à une année de la redevance annuelle, outre les charges calculées pour la première année de la convention. () ". Aux termes de l'article 9 de la convention du 8 février 2022 : " La présente convention est accordée moyennant le paiement d'une redevance d'occupation dont les montants sont les suivants : / - Six mille six cents euro (6.600,00 euros) hors taxes hors charges par an, pour une durée de 12 mois à compter de la date de prise d'effet de la présente convention. ()- Sept mille neuf cent vingt euros (7.920,00 euros) hors taxes hors charges par an à compter du 13ème mois jusqu'au 36ème mois suivant la date de prise d'effet de la convention. / - Huit mille cinq cent quatre-vingt euros (8.580,00 euros) hors taxes hors charges par an à compter du 37ème mois suivant la date de prise d'effet de la convention. () ".

7. D'une part, il n'est pas contesté par que si la société Denfert Fruits a régulièrement occupée l'emplacement de 11 m2 situé dans les dépendances de la station " Denfert Rochereau " du métropolitain entre le 1er août 2015 et le 30 avril 2022, à partir du 1er mai 2022, date à laquelle la seconde convention d'occupation du domaine public conclue le 8 février 2022 n'était pas encore en cours d'exécution, elle a continué à l'occuper sans droit ni titre pour l'exploitation de son activité commerciale. Pour autant, d'autre part, il résulte des écritures de la société requérante que cette dernière a entendu se fonder sur les stipulations de la convention signée, selon les termes de la requête, le 8 février 2022 pourtant déclarée nulle et non avenue en application des stipulations de son article 6.1 et donc réputée n'avoir jamais reçu exécution. S'il n'est pas contesté que la société Denfert Fruits occupe toujours à cette date, sans acquitter de redevances, le domaine de la société requérante, cette dernière ne précise pas à l'instance les éléments qu'elle a retenus pour liquider le montant des redevances dues et celui de ses accessoires et le montant de la dette totale de la société Denfert Fruits. En outre et en tout état de cause, il résulte de l'examen des factures produites au soutien de la demande de provision, alors que la société RATP Travel Retail et la RATP font valoir qu'elles sont relatives aux redevances liquidées sur le fondement de l'article 9 de la convention du 8 février 2022, que le montant de ces redevances pour le mois de septembre 2022 au mois d'août 2023 qui était fixé au montant annuel de 6 600 euros hors taxes (HT), soit 550 euros par mois, est porté sur les factures pour cette période au montant mensuel HT de 569, 89 euros, puis de 589, 82 euros à partir du mois de décembre 2022, enfin au montant de 628,74 euros à compter de décembre 2023 montant ne correspondant pas au douzième de la redevance annuelle de la période en cause prévu à l'article 9 de la convention du 8 février 2022.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que l'obligation de la société Denfert Fruits au paiement de la redevance et des charges ne peut être regardée en l'espèce, comme non sérieusement contestable.

Sur le dépôt de garantie ainsi que les frais de signification d'acte :

9. L'article 15 de la convention du 7 octobre 2015 stipule : " () Le dépôt de garantie sera réajusté de plein droit et sans formalité chaque année à la suite des modifications de la redevance (partie fixe minimum annuelle) par l'effet de la clause d'indexation, de façon à être toujours égal à trois mois de la redevance minimale garantie annuelle hors taxe hors charge. Le complément sera versé par l'occupant à la société PROMO METRO à la première demande de cette dernière. () ".

10. Aux termes de l'article 25 de la même convention : " Tous les frais de recouvrement ou de procédure (commandement de payer ou de quitter les lieux, sommations, poursuites ou mesures conservatoires), engagés par la société PROMO METRO pour faire respecter les présentes, sont à la charge de l'occupant qui s'y oblige () ".

11. Il résulte de l'instruction, que si la convention d'occupation du domaine public du 7 octobre 2015 prévoyait, d'une part, le rehaussement annuel du dépôt de garantie, d'autre part, la mise à la charge de l'occupant des frais de signification d'acte, celle-ci est arrivée à son terme à l'échéance de son sixième et dernier avenant, le 30 avril 2022. Par suite, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à se prévaloir de ces stipulations pour demander le paiement par la société Denfert Fruits des sommes qui, étant extérieures aux redevances, ne peuvent être exigées après le terme du contrat. Dès lors, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Denfert Fruits les frais de rehaussement annuel du dépôt de garantie et de signification d'acte.

Sur l'indemnité contractuelle :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 7, que la société RATP Travel Retail et la RATP ne sont pas fondées à se prévaloir des stipulations de la convention du 8 février 2022 et notamment de son article 6.1, pour demander le paiement par la société Denfert Fruits d'une somme correspondant aux indemnités contractuelles, dès lors que celle-ci a été déclarée nulle et non avenue par un courrier du 24 novembre 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés requérantes tendant au versement d'une indemnité contractuelle d'un montant de 6 600 euros HT portée à 7 920 euros toutes taxes comprises TTC.

Sur les intérêts de retard :

13. Aux termes de l'alinéa 2 de l'article 23 du cahier des charges des concessions de locaux et d'emplacements à usage commercial dans les stations de la RATP annexé à la convention du 7 octobre 2015 : " En cas de retard dans le paiement des redevances, de même que des factures de fournitures et de services ou de toute somme due à la RATP, les sommes échues portent intérêt de plein droit au taux des avances sur titres de la Banque de France majoré de 2%, sans qu'il soit nécessaire pour la RATP de procéder à une mise en demeure quelconque et quelle que soit la cause du retard ".

14. Il résulte de l'instruction que l'intégralité des redevances impayées par la société Denfert Fruits sont dues au titre d'une période postérieur au terme de la convention d'occupation domaniale du 7 octobre 2015. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société RATP Travel Retail et de la RATP tendant à ce que le montant de la créance soit assortie d'intérêts contractuels de retard.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société RATP Travel Retail et de la RATP doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société RATP Travel Retail et de la RATP est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société RATP Travel Retail et RATP et à la société Denfert Fruits.

Fait à Paris, le 12 avril 2024.

Le juge des référés,

J.-F SIMONNOT

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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