jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2311917 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2311963 enregistrée le 25 mai 2023 et des mémoires enregistrés le 6 novembre 2023 et le 11 janvier 2024, M. A C, représenté par la SELARL Avoc'Arènes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2020 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros à verser à la SELARL Avoc'Arènes, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article
L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne contient ni la signature, ni le nom, ni les prénom et qualité de l'auteur et que la décision n'est pas motivée par la prévention d'actes de terrorisme ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'erreur de fait ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 214-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 octobre et le 29 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête n°2211917 enregistrée le 24 mai 2023 et des mémoires, enregistrés les 2 et 11 janvier 2024, M. A C, représenté par la SELARL Avoc'Arènes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros à verser à la SELARL Avoc'Arènes, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article
L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction administrative du territoire du 7 septembre 2020 ;
- il est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par des ordonnances du 9 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 9 février 2024 pour la requête n°2311963 et au 5 février 2023 pour la requête n°2311917.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guglielmetti,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- et les observations de Me Toulouse, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est un ressortissant russe, né le 10 août 1976 à Melchi en Russie, et entré sur le territoire français en 2007 selon ses déclarations. Le 26 mai 2008, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée le 21 avril 2010 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Entre 2013 et 2015, M. C a rejoint volontairement le territoire russe. Le 15 avril 2015, il a déposé une nouvelle demande d'asile, rejetée par l'OFRPA le 27 novembre 2015 dont le rejet a été confirmé par la CNDA par une décision du 5 octobre 2016. Par un arrêté du 25 novembre 2016, M. C a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Haute-Vienne portant obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 16 mai 2019, le tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête de M. C visant à annuler cet arrêté. Le 3 décembre 2019, il a été éloigné à destination de la Russie, en exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire français. Le 19 août 2020, il est interpellé en Slovaquie, et a sollicité au titre du règlement Dublin la prise en charge de sa demande d'asile par la France. Cette demande a fait l'objet d'un refus le 26 août 2020. M. C s'est vu notifier, le 25 janvier 2023 à l'occasion d'un contrôle routier, un arrêté du ministre de l'intérieur du 7 septembre 2020 portant interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 214-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 janvier 2023, le ministre de l'intérieur a décidé d'assigner à résidence M. C pour une durée de six mois dans le département de la Haute-Vienne, dans les limites du territoire de la commune de Limoges. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2020 portant interdiction administrative du territoire :
3. Aux termes de l'article L. 214-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision d'interdiction administrative du territoire : " Tout ressortissant étranger non mentionné à l'article L. 214-1 peut, dès lors qu'il ne réside pas habituellement en France et ne se trouve pas sur le territoire national, faire l'objet d'une interdiction administrative du territoire lorsque sa présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France".
4. En premier lieu, en application de l'article R. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le ministre de l'intérieur est l'autorité compétente pour prendre une interdiction administrative du territoire. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". L'article L. 773-9 du code de justice administrative prévoit que : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. /Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré () de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant () l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été prise pour des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme. Ainsi, elle est au nombre de celles qui, en application des dispositions citées au point 4, peuvent faire l'objet d'une notification à l'intéressé sous la forme d'une ampliation anonyme. En outre, le ministre de l'intérieur a produit devant le tribunal, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article
L. 773-9 du code de justice administrative, l'original de l'arrêté attaqué. Celui-ci revêt les mentions requises par le premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et permet d'identifier son auteur lequel disposait d'une délégation régulière, également transmise par le ministre. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise par une autorité incompétente et qu'elle méconnaît l'article L. 212-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, en application de l'article L. 321-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction administrative du territoire " est motivée, à moins que des considérations relevant de la sûreté de l'Etat ne s'y opposent ". En l'espèce, la décision litigieuse du 7 septembre 2020 mentionne les textes applicables, notamment l'article L. 214-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision indique que la menace grave pour l'ordre public est caractérisée en raison du comportement menaçant de M. C au moment de son éloignement le 3 décembre 2019, ainsi que de la découverte d'armes à son domicile et de sa pratique assidue et experte des arts martiaux. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, pour prendre l'arrêté du 7 septembre 2020 prononçant une interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire français à l'encontre du requérant, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur une note blanche des services de renseignement, produite en défense, dans laquelle il est fait état de la condamnation de M. C par la justice russe en 2002 à deux ans d'emprisonnement pour détention d'explosifs et de détonateurs. Elle énonce également que le 19 mai 2017, M. C avait fait l'objet d'un rappel à la loi pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et le 23 août 2018, les services de gendarmerie de la Haute-Vienne avaient découvert à son domicile des couteaux de combat, des sabres, katanas, un pistolet calibre 9mm de type airsoft. De plus, l'exploitation de son compte Facebook a révélé qu'il y exposait une photographie d'un nourrisson entouré d'un pistolet automatique et d'un Coran. Enfin, il est précisé que lors de l'exécution de sa mesure d'éloignement le 2 décembre 2019 vers la Russie, M. C a fait montre d'un comportement menaçant à l'encontre de ses escorteurs en indiquant qu'il comptait revenir en France pour se venger. Le ministre conclut, dans la décision attaquée, par le fait qu'au regard des armes découvertes au domicile du requérant, de sa pratique assidue et experte des arts martiaux ainsi que des menaces précitées, la présence sur le sol français de M. C constituerait une menace grave pour l'ordre public et la sécurité intérieure de la France.
8. Si la pratique des sports de combat au sein d'associations sportives et la détention d'armes liées à la pratique des arts martiaux, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'était pas autorisée, ne caractérisent pas, en elles-mêmes, une menace grave pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la note blanche suffisamment circonstanciée, qu'après avoir tiré, à titre d'entraînement, au moyen d'une carabine à plombs qu'il venait d'acquérir, M. C a fait l'objet d'un rappel à la loi en 2017 pour port d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Il ressort également du procès-verbal de la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire français de M. C du 2 octobre 2019, versé au dossier, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que ce dernier avait exprimé qu'il s'opposerait physiquement et avec violence à la décision préfectorale de le reconduire en Russie. De plus, ce procès-verbal le mentionne comme appartenant à la mouvance islamiste radicale tchétchène et comme inscrit au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. En outre, il est constant qu'il a publié sur son compte Facebook une photographie présentant un nourrisson entouré d'un coran et d'un pistolet pour laquelle il n'apporte aucun élément probant permettant d'écarter le motif en lien avec une menace grave à l'ordre public. Par ailleurs, M. C n'apporte aucun élément probant sur les raisons pour lesquelles il a quitté le territoire national entre 2013 et 2015. Dans ces conditions, et eu égard à la gravité de l'ensemble des faits reprochés à l'intéressé, c'est par une exacte application des dispositions précitées et sans entacher sa décision d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que le ministre de l'intérieur a estimé que la présence de l'intéressé en France constitue, du fait de son comportement personnel, une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France.
9. En quatrième lieu, si le requérant soutient qu'il risque de subir de nouveau des mauvais traitements en cas de renvoi en Russie en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est, en tout état de cause, inopérant dès lors que la décision attaquée n'a pas pour objet de renvoyer M. C en Russie et qu'elle ne fixe pas de pays de renvoi.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions le concernant.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a été éloigné en Russie le 3 décembre 2019 en exécution d'une décision du 17 mai 2019 du préfet de la Haute-Vienne, se trouve en situation irrégulière sur le territoire national depuis son retour sur le territoire français en 2020, à l'exception de l'année 2011-2012 pendant laquelle il a obtenu une carte de séjour temporaire " salarié ". De plus, M. C, par les pièces qu'il produit, n'établit être le père que de trois enfants, B née le 7 novembre 2008, Aisha née le 31 mars 2012 et Issa née le 29 juillet 2018. En tout état de cause, les attestations, pour la plupart postérieures à la date de la décision attaquée et peu nombreuses, mentionnant qu'il accompagne ses enfants à l'école ou à des entrainements sportifs et des attestations de voisins certifiant de sa bonne moralité et de sa proximité avec ses parents et enfants ne permettent pas d'établir de manière probante sa contribution à l'éducation et à l'entretien de ces derniers. Enfin, si M. C soutient que depuis l'ordonnance de conciliation du 20 janvier 2015 du tribunal de grande instance de Limoges indiquant que l'autorité parentale est exclusivement exercée par la mère dès lors " que le père ne donne plus signe de vie depuis 2015 ", il s'est réconcilié avec son épouse, il n'en apporte pas la preuve ni n'établit une communauté de vie effective avec elle. De plus, le requérant n'établit pas une intégration professionnelle. Compte tenu de ces éléments et de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction administrative du territoire français dont il a fait l'objet porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En dernier lieu, et dès lors, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que l'intéressé n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, le ministre n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 février 2022 portant assignation à résidence :
13. Aux termes du 8° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français ()".
14. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense, par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, que l'original de l'arrêté attaqué comporte la signature, le prénom, le nom et la qualité de son signataire en caractères lisibles. En outre, le signataire de l'arrêté attaqué bénéficiait d'une délégation de signature à l'effet de signer la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manquent en fait et doivent donc être écartés.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En outre, si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
16. L'arrêté du 31 janvier 2023 portant assignation à résidence de M. C pour une durée de six mois dans le département de la Haute-Vienne dans les limites du territoire de la commune de Limoges a été pris dans l'attente de l'exécution de la décision du 7 septembre 2020, notifiée le 25 janvier 2023, portant interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire français. Il ressort des termes de la décision attaquée du 31 janvier 2023 que, tant qu'il n'aura pas la possibilité de quitter le territoire pour se conformer à l'interdiction administrative du territoire dont il fait l'objet, M. C est astreint à résider pour une durée de six mois, dans le département de la Haute-Vienne, dans les limites de la commune de Limoges et doit notamment se présenter une fois par jour, à 10 heures au commissariat de police de Limoges. Cette obligation s'applique y compris les jours fériés ou chômés. Enfin, il doit demeurer tous les jours, de 21h à 7h à son domicile. M. C n'établit pas que sa situation privée et familiale telle que décrite au point 11 du présent jugement, ou que ses activités sportives, ne puissent être rendues incompatibles avec l'assignation à résidence qui lui est faite et les modalités de contrôle qui l'accompagnent. A supposer même que l'intéressé partage le même domicile que son épouse et ses enfants, il ressort des pièces du dossier que ces derniers résident à Limoges. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a pu bénéficier de plusieurs sauf-conduits délivrés notamment les 31 janvier et 7 avril 2023 pour se déplacer en dehors du périmètre assigné. Dans ces conditions, l'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. C et les modalités de contrôle qui l'assortissent ne peuvent pas être regardées, par rapport à l'objectif qu'elles poursuivent d'assurer la bonne exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et de prévenir le risque qu'il ne s'y soustrait une nouvelle fois, comme étant injustifiées ou emportant des conséquences disproportionnées. Dès lors, les moyens tirés de ce que le préfet de police aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur d'appréciation en les prononçant doivent être écartés.
17. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 7 septembre 2020 portant interdiction d'entrée et de séjour sur le territoire français pour demander l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur du 7 septembre 2020 portant interdiction administrative du territoire et de l'arrêté du 31 janvier 2023 l'assignant à résidence pour une durée de six mois. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans les présentes instances, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2311963 et n°2311917 de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
S. GUGLIELMETTI
La présidente,
M. SALZMANNLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2311963-2311917
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026