vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2312323 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | VERNON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2023, M. A B, représentée par Me Vernon, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la ville de Paris à lui verser une somme de 4 500 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2022, avec capitalisation de ces intérêts ;
2°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'illégalité des décisions du 8 février 2019 et du 5 mars 2021 par lesquelles la commission déléguée de l'accord collectif départemental catégorie 1 a refusé de le reconnaître éligible à l'attribution d'un logement sur le fondement de cet accord constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris ;
- il a subi en raison de la privation d'une chance sérieuse d'obtenir un logement social du fait de ces fautes des préjudices matériel, de santé et moral et des troubles dans ses conditions d'existence qui pourront être réparés par l'attribution d'une somme de 4 500 euros.
La requête a été communiquée le 30 mai 2023 au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la ville de Paris conclut au rejet de la requête ; elle fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'accord collectif départemental de Paris, signé le 1er octobre 2013 ;
- la convention parisienne d'attribution, signée le 1er septembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Rezard pour exercer les fonctions prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, magistrat désigné,
- et les observations de Me Vernon, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a sollicité l'attribution d'un logement sur le fondement de l'accord collectif départemental de Paris. Par une décision du 8 février 2019, la commission déléguée de l'accord collectif départemental catégorie 1 a refusé de le faire bénéficier de ce dispositif. Par un jugement n° 1927087 du 22 janvier 2021, le magistrat désigné du tribunal a annulé cette décision et enjoint à la commission déléguée de l'accord collectif départemental catégorie 1 de procéder à un nouvel examen de sa situation. Par une décision du 5 mars 2021, la commission a de nouveau refusé de faire bénéficier l'intéressé de ce dispositif. Par un jugement n° 2116005 du 12 mai 2022, le magistrat désigné du tribunal a annulé cette décision et enjoint à la commission déléguée de l'accord collectif départemental catégorie 1 de reconnaître la situation de M. B comme relevant du public bénéficiaire de cet accord en catégorie 1. Par une décision du 2 août 2022, la commission du dispositif " accompagner et reloger les publics prioritaires " (ARPP), mise en place sur le fondement de la convention parisienne d'attribution, qui s'est substituée à l'accord collectif départemental de Paris, a proposé une offre d'hébergement dans le 14ème arrondissement de Paris à l'intéressé, qui l'a acceptée et en a signé le bail le 12 mai 2022 avec une date de prise d'effet au 9 août 2022. Par un courrier du 24 décembre 2022, notifié le 27, il a demandé à la ville de Paris de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité des décisions des 8 février 2019 et 5 mars 2021, sans obtenir de réponse. M. B demande la condamnation de la ville de Paris à lui verser une somme de 4 500 euros à ce titre.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Il résulte de l'instruction que les décisions des 8 février 2019 et 5 mars 2021 étaient entachées d'illégalité ayant conduit à leur annulation par les magistrats désignés du tribunal. Ces illégalités constituent autant de fautes, qui sont de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris, dont relevait la commission déléguée de l'accord collectif départemental catégorie 1, pour autant que ces fautes présentent un lien direct et certain avec le dommage qu'il a subi.
3. Il résulte à cet égard des motifs des jugements des 22 janvier 2021 et 12 mai 2022 que l'illégalité dont étaient entachées les décisions litigieuses tenait au fait que M. B, eu égard notamment à la faiblesse de ses ressources et à ses difficultés d'hébergement, remplissait toutes les conditions pour être reconnu bénéficiaire du dispositif institué par l'accord collectif du département de Paris en catégorie 1. Par suite, les fautes résultant de leur illégalité présentent un lien de causalité direct et certain avec l'absence de proposition de solution de relogement de l'intéressé pendant la durée de près de trois ans et demi comprise entre le 8 février 2019 et le 2 août 2022, à l'origine des préjudices dont il se prévaut. La circonstance qu'en pratique le délai moyen d'attente des personnes éligibles au dispositif ARPP avant de bénéficier d'une offre de logement était de 780 jours, délai au demeurant significativement plus court que celui qu'a dû attendre le requérant, est sans incidence à cet égard. Le requérant est par conséquent fondé à obtenir la condamnation de la ville de Paris à l'indemniser intégralement de ces préjudices.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
4. Il résulte de l'instruction que M. B, qui est affecté d'un handicap assorti d'un taux d'incapacité compris entre 50 et 79 %, s'est retrouvé sans domicile entre le 1er mars 2019, date à laquelle un tiers qui l'hébergeait a quitté la région parisienne, et son emménagement dans le logement qui lui a été proposé le 2 août 2022 du fait de la faiblesse de ses ressources, limitées à la perception de l'allocation pour adultes handicapés (AAH) et, depuis le 1er janvier 2020, de l'allocation mensuelle Paris Solidarités. Eu égard à sa situation particulière en tant que personne sans domicile affectée d'un handicap important et à la durée de près de trois ans et demi qui s'est écoulée avant qu'il ne bénéficie d'une offre de relogement en qualité de bénéficiaire du dispositif institué par l'accord collectif du département de Paris en catégorie 1, comme il en avait le droit, l'intéressé est fondé à soutenir qu'il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant la somme de 2 000 euros.
5. Le requérant ne justifie en revanche pas, en l'absence de tout élément circonstancié en ce sens, avoir subi un préjudice matériel ou tenant à la dégradation de son état de santé du fait des fautes commises par la ville de Paris. Ces demandes ne peuvent dès lors qu'être écartées.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à obtenir la condamnation de la ville de Paris à lui verser une somme de 2 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
7. D'une part, M. B est fondé à demander à ce que les intérêts à taux légal soient appliqués à l'indemnisation qui lui est accordée. Il y a lieu d'assortir la condamnation prononcée au point précédent des intérêts au taux légal à compter du 27 décembre 2022, ce qui correspond à la date à laquelle sa demande indemnitaire a été reçue par l'autorité administrative.
8. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Dans ce cas, cette demande ne prend, toutefois, effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Ainsi, M. B a droit à la capitalisation des intérêts à compter du 27 décembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
En ce qui concerne les droits de plaidoirie :
9. En application des dispositions de l'article 40 de la loi du 10 juillet 1991, l'aide juridictionnelle ne comprend pas les frais liés aux droits de plaidoirie, lesquels restent à la charge de la partie requérante. En application des dispositions des articles R. 652-26 à 28 du code de la sécurité sociale, le montant de ces frais, obligatoires, est fixé à 13 euros. Par suite, le requérant, dont l'avocat était présent à l'audience publique, est fondé à demander leur remboursement à la ville de Paris au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Vernon, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La ville de Paris est condamnée à verser à M. B une somme de 2 000 euros, assortie des intérêts à taux légaux à compter du 27 décembre 2022. Les intérêts échus à la date du 27 décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La ville de Paris versera à M. B une somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.
Article 3 : La ville de Paris versera à Me Vernon, avocat de M. B, la somme de 1 200 euros sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Vernon.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. Rezard
La greffière,
I. Tilly
La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2312323/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2501792
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision de la Ville de Paris lui réclamant le remboursement d'indus de RSA. Le juge a estimé que les arguments du requérant, notamment sur l'usurpation d'identité par son neveu ou l'absence de communication du rapport d'enquête, n'étaient pas établis ou ne remettaient pas en cause la légalité de la procédure de contrôle. La demande de remise gracieuse de la dette a également été rejetée, le tribunal considérant que les conditions prévues par le code de l'action sociale et des familles n'étaient pas remplies.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509174
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation de M. B... contre la CAF de Paris et la Ville de Paris. Le tribunal a jugé que la suspension des versements de prestations par la CAF était légale, fondée sur l'article L. 583-3 du code de la sécurité sociale en raison d'incohérences dans la déclaration des ressources du requérant. Il a également estimé que les fautes alléguées dans la gestion du dossier n'étaient pas établies et qu'aucun préjudice direct et certain n'était démontré.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2421429
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation d'un détenu estimant avoir subi un préjudice moral du fait de cinq fouilles intégrales. Le tribunal a jugé que ces mesures, justifiées par le comportement de l'intéressé, son profil (condamnation pour terrorisme) et les nécessités de sécurité, étaient conformes aux articles L. 225-1 et suivants du code pénitentiaire. Il a également estimé qu'elles ne constituaient pas un traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
06/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2507480
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. C... contestant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 7 560,63 euros pour la période de mars 2022 à mai 2023, ainsi que le titre de recettes correspondant. Le requérant soutenait que les ressources perçues (revenus fonciers et aide familiale) n'étaient pas des revenus professionnels au sens de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. La Ville de Paris a défendu la régularité du titre de recettes et le bien-fondé de la créance. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés.
22/01/2026