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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2312438

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2312438

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2312438
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & Associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2023, Mme E H, M. A F, M. et Mme C B, l'association SOS Paris et M. I J, représentés par Me Ribière, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel la maire de Paris a délivré un permis de construire modificatif à Paris Habitat OPH pour la modification d'aspect extérieur de menuiseries d'un immeuble de quinze logements à R+7 sur un terrain situé au 1, rue Alfred Bruneau dans le 16ème arrondissement de Paris, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de Paris Habitat OPH, d'une part, et de la ville de Paris, d'autre part, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'architecte des bâtiments de France n'a pas été consulté ;

- il ne permet pas de régulariser le permis initial, dès lors qu'il méconnaît les dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UG.10.3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, Paris Habitat OPH, représenté par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 23 novembre 2023 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et

R. 613-2 du code de justice administrative.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, à l'émission de l'avis d'audience le 29 février 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ribière, représentant Mme H, M. F, M. et Mme B, l'association SOS Paris et M. J, et de Me Schvartz, représentant Paris Habitat OPH.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 février 2021, la maire de Paris a délivré à Paris Habitat OPH un permis de construire n° PC 075 116 20 V0042 pour la construction d'un immeuble de quinze logements à R+7 après démolition d'un petit hôtel particulier à R+1, d'une annexe de stationnement et l'abattage de deux arbres sur un terrain situé au 1, rue Alfred Bruneau dans le 16ème arrondissement de Paris. Par un jugement n° 2117293/4-2 du 27 juin 2022, le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté en tant que les façades comportant des baies donnant sur le coin cuisine des niveaux R+1 à R+7 en vis-à-vis de la limite séparative du 26, rue des Vignes ne respectaient pas la distance minimale de six mètres par rapport à la limite séparative. Par un arrêté du 29 novembre 2022, la maire de Paris a accordé à Paris Habitat OPH un permis de construire modificatif pour la modification de plusieurs baies de l'immeuble projeté. Par un courrier du 26 janvier 2023, reçu le 1er février suivant, Mme H, M. F, M. et Mme B, l'association SOS Paris et M. J ont formé un recours gracieux contre ce dernier arrêté. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme H, M. F, M. et Mme B, l'association SOS Paris et M. J demandent l'annulation du permis de construire modificatif du 29 novembre 2022, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

3. Par un arrêté du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la ville de Paris du 29 avril suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. D G, chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, signataire de l'arrêté attaqué du 29 novembre 2022, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'architecte des bâtiments de France, qui aurait dû se prononcer sur le projet, n'a pas été consulté, il ressort des pièces du dossier que l'architecte des bâtiments de France a rendu, le 23 septembre 2022, un avis favorable au projet, visé dans la décision attaquée. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " () 1°- Façade ou partie de façade comportant des baies* constituant l'éclairement premier de pièces principales* : Lorsqu'une façade ou une partie de façade à édifier en vis-à-vis d'une limite séparative comprise ou non dans la bande E* comporte une ou plusieurs baies constituant l'éclairement premier de pièces principales, elle doit respecter, au droit de cette limite, un prospect minimal de 6 mètres (sauf s'il est fait application des dispositions définies à l'article UG.7.2 - Cour commune et servitude contractuelle d'implantation - ou des dispositions énoncées au 2° alinéa de l'article UG.10.2). Toute pièce principale doit être éclairée par au moins une baie comportant une largeur de vue égale à 4 mètres au minimum. Toutefois, lorsque l'expression d'une recherche architecturale le justifie, une largeur inférieure à 4 mètres peut être admise à condition que la profondeur du redent créé n'excède pas la moitié de cette largeur. () 2°- Façade ou partie de façade comportant des baies dont aucune ne constitue l'éclairement premier de pièces principales* : Lorsqu'une façade ou une partie de façade à édifier en vis-à-vis d'une limite séparative comprise ou non dans la bande E* comporte des baies dont aucune ne constitue l'éclairement premier de pièces principales, elle doit respecter, au droit de cette limite, un prospect minimal de 2 mètres (sauf s'il est fait application des dispositions définies à l'article UG.7.2 - Cour commune et servitude contractuelle d'implantation - ou des dispositions énoncées au 2° alinéa de l'article UG.10.2). ".

6. Aux termes des définitions des dispositions générales applicables au territoire couvert par le plan local d'urbanisme de Paris : " Baies constituant l'éclairement premier de pièces principales (zones UG et UGSU, articles 7, 8, 10) : / Une pièce principale doit comporter au moins une baie constituant son éclairement premier, qui satisfasse aux trois conditions suivantes : / a- comporter une hauteur d'allège ne dépassant pas 1,20 mètre, / b- posséder la plus importante superficie de clair de jour, si la pièce comporte d'autres baies, / c- disposer d'un éclairement conforme aux dispositions des articles 7 et 8 (largeur de vue, prospect) et 10 (gabarit-enveloppe). () ".

7. Il résulte des articles UG 7 et UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris, ainsi que de la figure 4 inscrite à ce règlement, que lorsqu'une façade ou une partie de façade comporte une loggia, celle-ci doit être regardée, au sens et pour l'application de ce règlement et à la différence d'un ouvrage en saillie par rapport à la façade tel qu'un balcon, comme un élément de la façade elle-même en faisant partie intégrante, et que l'ouverture extérieure de la loggia, qu'elle soit ou non dotée de fenêtres, constitue une baie au sens et pour l'application de ces dispositions. Le respect des règles de prospect qu'elles définissent est, dès lors, apprécié au regard de la distance calculée entre cette baie et le point le plus proche de la façade en vis-à-vis.

8. Les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué ne régularise pas le permis initial, dès lors que les baies de la construction projetée situées sur la façade en limite séparative du 26, rue des Vignes méconnaissent la règle de prospect de 6 mètres prévue à l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que les séjours-cuisines situés aux niveaux R+1 à R+7 du bâtiment projeté constituent une pièce principale unique à chaque niveau. Aux niveaux R+1 à R+5, cette pièce s'ouvre sur trois loggias dont l'une, d'une largeur de 4,30 mètres, donne sur la rue Alfred Bruneau et deux, d'une largeur de 2,80 mètres et 1,80 mètre, sur la limite séparative avec le terrain situé 26, rue des Vignes. Au niveau R+6, cette pièce comporte trois baies dont une, d'une largeur de 1,10 mètre, donne sur la rue Alfred Bruneau et deux, d'une largeur de 0,90 mètre, sur la limite séparative avec le terrain situé 26, rue des Vignes. Au niveau R+7, cette pièce comporte deux baies dont l'une, d'une largeur de deux mètres, donne sur la rue Alfred Bruneau et l'autre, d'une largeur de 0,90 mètre, sur la limite séparative avec le terrain situé 26, rue des Vignes. Par conséquent, les loggias, pour les niveaux R+1 à R+5, et baies, pour les niveaux R+6 et R+7, donnant sur la limite séparative avec le terrain situé 26, rue des Vignes, qui ne possèdent pas la plus importante superficie de clair de jour, ne sauraient être regardées comme les baies constituant l'éclairement premier d'une pièce principale. Par suite, la façade donnant sur la limite séparative avec le terrain situé 26, rue des Vignes devait être implantée à deux mètres de cette limite séparative. Elle respecte ainsi les dispositions du 2° de l'article UG.7.1 précité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG.7.1 doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG.10.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les façades ou parties de façade comportant des baies constituant l'éclairement premier de pièces principales en vis-à-vis d'une limite séparative située ou non dans la bande E sont assujetties à un gabarit-enveloppe constitué d'une verticale limitée par l'horizontale du gabarit-enveloppe défini en bordure de voie, élevé à 6 mètres de cette limite. / () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, alors qu'il est constant que le projet se situe à l'intérieur de la bande E, les façades ou parties de façades du projet se trouvant face à la limite séparative avec la parcelle du 26, rue des Vignes, ne comportent pas de baies constituant l'éclairement premier de pièces principales. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article UG.10.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article UG.11 du règlement du plan local d'urbanisme : " L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

12. D'une part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, à l'encontre du permis modificatif attaqué, qui a pour seul objet la modification de la largeur de baies, de la hauteur du bâtiment projeté, de l'aspect de ses façades, ou de la suppression des arbres ou du bâti préexistant sur la parcelle du projet. D'autre part, le permis modificatif en litige se borne à modifier les dimensions de quelques baies situées en limite séparative, et d'une baie sur la rue Alfred Bruneau. Or les requérants n'établissent pas en quoi ces modifications limitées porteraient atteinte à l'intérêt ou au caractère des lieux avoisinants, alors, au demeurant, que l'architecte des bâtiments de France a, ainsi qu'il a été dit au point 4, rendu un avis favorable au projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UG.11 doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ville de Paris et de Paris Habitat OPH, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme H, M. F, M. et Mme B, l'association SOS Paris et M. J la somme globale de 1 500 euros à verser à Paris Habitat OPH.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H, M. F, M. et Mme B, l'association SOS Paris et M. J est rejetée.

Article 2 : Mme H, M. F, M. et Mme B, l'association SOS Paris et M. J verseront à Paris Habitat OPH la somme globale de 1 500 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E H, M. A F, M. et Mme C B, l'association SOS Paris et M. I J, à Paris Habitat OPH et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Barruel, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUXLa greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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