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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2313185

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2313185

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2313185
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET FENEON, DELABRIERE AVOCAT (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2023, la société Cabinet d'architecture 2G, représentée par Me Delabrière, demande au tribunal, statuant en la forme prévue à l'article L. 511-1 du code de justice administrative :

1°) de déclarer exécutoire en France l'arrêt n° 16/CAAL/2015-2016 rendu le 23 juin 2016 par la cour d'appel administrative de Libreville ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat gabonais la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les conditions prévues par l'article 34 de la convention du 23 juillet 1963 sont remplies.

La requête a été communiquée au ministre de la jeunesse et des sports, des loisirs, chargé de la vie associative, de la République gabonaise, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'aide mutuelle judiciaire, d'exequatur des jugements et d'extradition entre la France et le Gabon du 23 juillet 1963 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a décidé que la nature de l'affaire justifiait qu'elle soit jugée, en application du troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une formation composée de trois juges des référés et a désigné M. E, Mme D et M. F.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Thomas, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Delabrière, pour la requérante, qui reprend le contenu de ses écritures et, en réponse à une question posée par un juge des référés, indique que l'exequatur du jugement permettra d'obtenir la saisie judiciaire de biens immobiliers appartenant à l'état gabonais et se trouvant sur le territoire français.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cabinet d'architecture 2G a conclu avec la République gabonaise, le 16 juin 2008, un marché public de maîtrise d'œuvre portant sur la réhabilitation du complexe omnisports Omar Bongo Ondimba de Libreville. A la suite d'un différend, elle a introduit devant la juridiction administrative gabonaise une requête tendant à se voir indemnisée de ses préjudices nés de l'exécution de ce contrat. Par un arrêt n° 16/CAAL/2015-2016 du 23 juin 2016, la cour d'appel administrative de Libreville a confirmé le jugement du tribunal administratif de Libreville du 4 février 2015, en tant qu'il a résilié la convention du 16 juin 2008, et majoré la somme que l'Etat gabonais est condamné à verser à la société, pour la porter à 19 110 687 535 francs CFA. Par un arrêt du 27 décembre 2019, le Conseil d'Etat de la République gabonaise a rejeté le pourvoi formé par l'Etat à l'encontre de cet arrêt. Par la présente requête, la société Cabinet d'architecture 2G demande que lui soit accordé l'exequatur de cet arrêt sur le territoire de la République française.

2. Aux termes de l'article 34 de la convention du 23 juillet 1963 : " En matière civile et commerciale, les décisions contentieuses et gracieuses rendues par les juridictions siégeant sur le territoire de la République française et sur le territoire de la République du Gabon ont de plein droit l'autorité de la chose jugée sur le territoire de l'autre Etat si elles réunissent les conditions suivantes : / a) la décision émane d'une juridiction compétente selon les règles concernant les conflits de compétence admises dans l'Etat où la décision doit être exécutée ; / b) La décision a fait application de la loi applicable au litige en vertu des règles de solution des conflits de la loi admises dans l'Etat où la décision doit être exécutée ; / c) La décision est, d'après la loi de l'Etat où elle a été rendue, passée en force de chose jugée et susceptible d'exécution ; / d) Les parties ont été régulièrement citées, représentées ou déclarées défaillantes ; / e) La décision ne contient rien de contraire à l'ordre public de l'Etat où elle est invoquée ou aux principes de droit public applicables dans cet Etat. Elle ne doit pas non plus être contraire à une décision judiciaire prononcée dans cet Etat et possédant à son égard l'autorité de la chose jugée ". Aux termes de l'article 36 de cette convention : " L'exequatur est accordé, quelle que soit la valeur du litige, par le président du tribunal de grande instance ou de la juridiction correspondante du lieu où l'exécution doit être poursuivie. / La procédure de la demande d'exequatur est régie par la loi du pays où l'exécution est demandée. / Le président est saisi et statue suivant la forme prévue pour les référés. / La décision ne peut faire l'objet que d'un recours en cassation ". L'article 37 de cette convention stipule que : " Le président se borne à vérifier si la décision dont l'exequatur est demandé remplit les conditions prévues à l'article 34 pour avoir de plein droit l'autorité de la chose jugée. / Il procède d'office à cet examen et doit en constater le résultat dans sa décision. " et aux termes de son article 43 : " L'exécution des décisions rendues en matière administrative est poursuivie comme il est dit au présent titre, sous la réserve que le président de la juridiction compétente pour connaître au premier degré des litiges de plein contentieux est substitué au président de la juridiction visée à l'alinéa 1er de l'article 36 ".

3. En premier lieu, la décision litigieuse, qui porte sur les conditions d'exécution d'un marché public, a été rendue par la cour d'appel administrative de Libreville, compétente territorialement ainsi qu'en matière de marché public.

4. En deuxième lieu, le litige a été réglé sur le fondement du code des marchés publics gabonais et de la jurisprudence qui précise les conditions de son application. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une autre série de dispositions ou de principe aurait été de nature à permettre le règlement du litige ni, par suite, qu'il aurait été nécessaire pour les juges de recourir à une règle de solution des conflits de la loi avant de se prononcer.

5. En troisième lieu, le pourvoi formé par l'Etat gabonais contre l'arrêt du 23 juin 2016 a été rejeté, de sorte que cet arrêt, qui se prononce au fond, est devenu définitif et n'est plus susceptible d'être remis en cause. Il a ainsi, nécessairement, force de chose jugée.

6. En quatrième lieu, il résulte des mentions de l'arrêt du 23 juin 2016, réputées faire foi jusqu'à preuve du contraire et qui ne sont pas contestées, que les parties ont été régulièrement représentées au cours de l'instance.

7. En cinquième lieu, il n'est pas soutenu et il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêt contiendrait un élément contraire à l'ordre public français ou aux principes de droit public qui y sont applicables, ou qu'il serait contraire à une décision judiciaire prononcée en France et possédant à son égard l'autorité de la chose jugée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, l'ensemble des conditions prévues à l'article 34 de la convention du 23 juillet 1963 étant remplies, il y a lieu d'accorder l'exequatur sur le territoire de la République française de l'arrêt n° 16/CAAL/2015-2016 du 23 juin 2016 de la cour d'appel administrative de Libreville.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la République gabonaise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêt n° 16/CAAL/2015-2016 du 23 juin 2016 de la cour d'appel administrative de Libreville est déclaré exécutoire sur le territoire de la République française.

Article 2 : L'Etat gabonais versera la somme de 1 500 euros à la société Cabinet d'architecture 2G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Cabinet d'architecture 2G et au ministre de la jeunesse et des sports, des loisirs, chargé de la vie associative, de la République gabonaise.

Fait à Paris, le 18 novembre 2024.

G. ELes juges des référés,

A. D

J. F

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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