jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2313228 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 juin 2023 et le 11 septembre 2024, Mme H F et M. G E, agissant en leur nom propre et en leurs qualités de représentants légaux de leurs enfants mineurs, Mmes D, A, B et C I, représentés par la SELARL Cabinet d'avocats Serge Beynet, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser, au nom de leur fille D I, la somme provisionnelle totale de 284 233 euros en réparation des préjudices subis du fait des manquements commis lors de sa naissance, ainsi qu'une rente provisionnelle annuelle de 13 432 euros, revalorisée sur la base de l'indice de l'évolution du coût de la vie tel qu'évalué par l'INSEE ;
2°) de condamner l'AP-HP à leur verser, en leur nom propre, la somme de 48 000 euros chacun en réparation de leurs préjudices ;
3°) de condamner l'AP-HP à leur verser, au nom de leurs filles A, B et C I, la somme de 32 000 euros chacune en réparation de leurs préjudices ;
4°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter de la date de la réclamation préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;
5°) de mettre à la charge de l'AP-HP les frais d'expertise ;
6°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée du fait des manquements commis lors de la surveillance du prétravail et du travail de Mme F le 25 novembre 2010 ;
- ces manquements ont entraîné une perte de chance de 80 % d'éviter le dommage subi par D I ;
- les préjudices subis par D I doivent être évalués à la somme provisionnelle totale de 284 233 euros, se décomposant comme suit : 2 376 euros au titre des frais de médecin-conseil, 1 753 euros au titre des dépenses de santé arrêtées au 17 juin 2021, 162 656 euros au titre du besoin d'assistance temporaire, 53 448 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire arrêté au 31 décembre 2022, 28 000 euros au titre des souffrances endurées, 36 000 euros au titre du préjudice scolaire ;
- les préjudices subis par chacun des parents doivent être évalués à la somme de 48 000 euros, comprenant 24 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence et 24 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- les préjudices subis par A, B et C I doivent être évalués à la somme de 32 000 euros pour chacune, comprenant 16 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence et 16 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- une rente annuelle provisionnelle de 13 432 euros doit être versée à D I pour son besoin d'assistance par tierce personne future.
Par un mémoire enregistré le 25 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, représentée par la SELARL Kato et Lefebvre associés, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 9 160,91 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2024, au titre des prestations versées pour l'enfant D Fubini-Rosso ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa créance s'élève à la somme de 9 160,91 euros représentant les dépenses de santé actuelles ;
- elle produit l'attestation de créance et l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, l'AP-HP conclut, à titre principal, au rejet de la requête, ou, à titre subsidiaire, à la réalisation d'une expertise et, à titre infiniment subsidiaire, à ce que les demandes des requérants et de la CPAM du Puy-de-Dôme soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle soutient que :
- le rapport d'expertise est incomplet et ne tient pas compte du retard de croissance intra-utérin et de la prématurité D Fubini-Rosso ;
- l'enfant ne présentait à la naissance aucun critère définissant une asphyxie périnatale ;
- le taux de perte de chance de 80 % n'est pas étayé par les experts ;
- le montant des demandes formulées par les requérants et par la CPAM doit être ramené à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- les conclusions de M. Pény, rapporteur public,
- et les observations de la SELARL Cabinet d'avocats Serge Beynet, avocat de Mme F et M. E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H F, enceinte de jumelles, a été admise le 25 novembre 2010 à l'hôpital Necker-Enfants Malades, établissement de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), pour un déclenchement programmé de l'accouchement à trente-six semaines et trois jours d'aménorrhée en raison d'un retard de croissance intra-utérin des deux fœtus et d'une anomalie du doppler. Après l'administration de Cytotec pour la maturation cervicale, la surveillance du travail a été interrompue à plusieurs reprises. Lors de la reprise de l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal à 20h05, des anomalies à haut risque d'anoxo-ischémie ont été constatées, conduisant à la réalisation d'une césarienne en urgence à 21h10. D I est née à 21h26 avec un score d'Apgar bas et une acidose marquée. Elle a présenté un malaise grave à dix-huit heures de vie, nécessitant son transfert en réanimation. Par la suite, D I a développé des séquelles neurologiques et rénales importantes.
2. Par une ordonnance du 15 juin 2020, le juge des référés du tribunal, saisi par Mme F et M. E, son époux, a ordonné la réalisation d'une expertise médicale. Les experts désignés, un pédiatre et un chirurgien gynécologue obstétricien, ont rendu leur rapport le 21 mars 2022. Mme F et M. E ont adressé une réclamation préalable à l'AP-HP le 29 mars 2023, laquelle a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme F et M. E, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leurs enfants D, A, B et C I, demandent au tribunal de condamner l'AP-HP à les indemniser des préjudices subis du fait de la prise en charge D I le 25 novembre 2010.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
3. En premier lieu, aux termes des dispositions du premier paragraphe de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions du rapport d'expertise du 21 mars 2022, que si l'indication du déclenchement de l'accouchement était conforme aux recommandations médicales, la surveillance du travail de Mme F a présenté des défaillances ainsi que l'AP-HP l'admet en défense. L'enregistrement du rythme cardiaque fœtal a été interrompu pendant de longues périodes lors de la journée du 25 novembre 2010, notamment entre 12h15 et 17h, puis entre 17h40 et 20h05, alors que Mme F présentait une grossesse gémellaire à haut risque avec des contractions régulières. Les experts indiquent que ces interruptions n'étaient pas conformes à l'état de la science, qu'elles n'ont pas permis de détecter en temps utile les signes avant-coureurs d'une mauvaise oxygénation des fœtus, et qu'elles ont ainsi retardé la décision de pratiquer une césarienne en urgence, qui n'a été prise qu'à 21h10 alors que des anomalies graves du rythme cardiaque fœtal étaient constatées depuis 20h05. Ces manquements dans la surveillance du travail et le retard dans l'intervention qui a suivi constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP.
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. En l'espèce, d'une part, le rapport d'expertise indique que si l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal avait été poursuivi à 17h40, les anomalies du rythme cardiaque fœtal auraient été dépistées plus tôt, ce qui aurait permis la réalisation d'une césarienne plus précoce. Celle-ci aurait, d'après les experts, très probablement évité les anomalies d'oxygénation qu'a subies D I à la naissance, qui ont entraîné des lésions sous-corticales et provoqué l'atteinte sévère hépatique et rénale observée à la dix-huitième heure de vie. En défense, l'AP-HP soutient que l'état antérieur du fœtus, souffrant de retard de croissance et de prématurité, n'aurait pas été pris en compte par les experts, qu'il n'y aurait pas eu d'asphyxie intra-partum, et qu'il n'existerait ainsi pas de lien de causalité entre les faits reprochés et les séquelles observées. A ce titre, elle fait valoir, en citant notamment des notes réalisées par des médecins de l'AP-HP les 2 juillet et 20 août 2024, que les troubles neurodéveloppementaux subis par D I correspondent aux conséquences possibles de l'association de la prématurité et d'un retard de croissance intra-utérin, et qu'une asphyxie intrapartum doit nécessairement, selon l'article cité du Journal de gynécologie, obstétrique et biologie de la reproduction, correspondre à trois critères comprenant la mise en évidence d'une acidose métabolique fœtale perpartum, une encéphalopathie précoce modérée à sévère et une paralysie cérébrale de type quadriplégie spastique ou de type dyskinétique, critères qui ne sont pas présents chez l'enfant D I. Toutefois, d'une part, l'AP-HP n'explique pas, par ce moyen, l'origine du malaise survenu à dix-huit heures de vie, dont les experts attribuent l'origine à l'asphyxie intra-partum, et alors que l'absence de feuilles de surveillance du nouveau-né pendant les premières heures de vie ne permet pas d'exclure l'existence de cette asphyxie. Quand bien même les symptômes D I ne correspondraient pas en tout point aux critères cités par l'AP-HP en défense et relatifs à l'asphyxie intra-partum, il est constant en tout état de cause, que l'anomalie du rythme cardiaque fœtal subie par D I correspondait à une difficulté intra-partum justifiant une intervention précoce. D'autre part, les études scientifiques produites par l'AP-HP, ne concernent pas des jumeaux monozygotes, comme le sont D et sa sœur, alors que celles-ci présentaient la même prématurité et le même retard de croissance utérin, sans que la sœur D, qui n'a pas présenté de souffrance lors du travail, subisse les mêmes dommages que celle-ci. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir que l'absence de détection des anomalies du rythme cardiaque fœtal de l'enfant et la réalisation tardive d'une césarienne sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter les dommages subis par D I depuis sa naissance.
7. D'autre part, le rapport d'expertise évalue cette perte de chance à 80 %. L'AP-HP, en se bornant à soutenir que les experts n'étayent pas la conclusion d'un tel pourcentage et n'ont procédé qu'à une analyse rétrospective du dossier néonatal, n'apporte aucun élément précis permettant de remettre en cause la hauteur de cette évaluation. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la réparation de cette fraction des dommages subis.
Sur les préjudices :
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé D I n'est pas encore consolidé, et qu'il ne pourra l'être qu'à l'âge de vingt ans. Il y a lieu, par suite, de se prononcer sur les préjudices actuels, en allouant le cas échéant une indemnisation provisionnelle, et de réserver les préjudices futurs.
En ce qui concerne les préjudices de l'enfant D I :
S'agissant des frais de médecin-conseil :
9. Les requérants justifient avoir exposé des frais de médecin-conseil à hauteur de 2 376 euros. Ces frais étant directement liés à la nécessité de faire valoir leurs droits à indemnisation, il y a lieu de leur verser à ce titre la somme de 2 376 euros, sans qu'il y ait lieu d'y appliquer le taux de perte de chance.
S'agissant des dépenses de santé restées à charge :
10. Les requérants justifient de dépenses de santé restées à leur charge pour un montant total de 1 753 euros, correspondant à un bilan neuropsychologique réalisé le 4 mai 2018 pour 400 euros et à des frais d'ergothérapie du 28 septembre 2020 au 17 juin 2021 pour 1 353 euros. Après application du taux de perte de chance, il y a lieu de leur allouer la somme de 1 402,40 euros à ce titre.
S'agissant du besoin d'assistance par tierce personne passé :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'enfant D I a besoin d'une assistance par tierce personne particulière estimée à deux heures par jour en moyenne depuis sa naissance, pour " la substitution, la stimulation, l'accompagnement aux soins et la surveillance ". Il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins pour la période qui s'étend de sa naissance, le 25 novembre 2010, à la date du présent jugement, en retenant un taux horaire moyen tenant compte des congés légaux de 18 euros, soit une somme évaluée à 181 692 euros. Après application du taux de perte de chance de 80 %, il y a ainsi lieu d'allouer à ce titre une somme de 145 353,60 euros.
S'agissant du besoin d'assistance par tierce personne futur :
12. Il convient d'allouer, pour l'avenir et jusqu'à ce qu'il soit statué sur le besoin d'assistance définitif D I, une rente annuelle provisionnelle, calculée en retenant un taux horaire moyen tenant compte des congés légaux de 23 euros, s'élevant, en appliquant le taux de perte de chance, à la somme de 13 432 euros. Cette rente sera versée trimestriellement à terme échu et sera revalorisée annuellement en fonction de l'évolution de l'indice des prix à la consommation de l'ensemble des ménages, série hors tabac, publié par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Elle sera versée pour à Mme F et M. E pour D I jusqu'à sa majorité, puis à Mme D I elle-même à partir de cette date.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
13. Il résulte de l'instruction que les experts ont évalué le déficit fonctionnel temporaire D I à 100 % pendant son hospitalisation initiale de cinq semaines, du 25 novembre 2010 au 30 décembre 2010, puis à 50 % à partir du 31 décembre 2010. Sur la base d'une indemnisation journalière de 20 euros, il y a lieu de retenir, après application du taux de perte de chance, une somme de 40 784 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire qu'elle a subi jusqu'à la date de notification du présent jugement.
14. En revanche, en l'absence d'éléments suffisants sur l'évolution du taux de déficit fonctionnel temporaire futur jusqu'à la date de consolidation, il y a lieu de réserver le préjudice futur.
S'agissant des souffrances endurées :
15. Il résulte de l'instruction que les experts ont évalué les souffrances endurées à 5 sur une échelle allant de 1 à 7. Il y a lieu d'allouer à ce titre, après application du taux de perte de chance de 80 %, une somme provisionnelle de 15 000 euros.
S'agissant du préjudice scolaire :
16. Il résulte de l'instruction qu'en raison de la faute de l'AP-HP, D I a dû réaliser une scolarité adaptée en dispositif d'unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS). Compte tenu de cette situation et des difficultés d'apprentissage D I, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme provisionnelle, après application du taux de perte de chance, de 16 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices des parents et des sœurs D I :
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
17. Il résulte de l'instruction que la famille D I a subi des troubles dans ses conditions d'existence en raison des difficultés connues dès sa naissance par l'enfant. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, après application du taux de perte de chance, en accordant à M. F et à M. E une somme de 20 000 euros chacun, et aux enfants A, B et C I une somme de 10 000 euros chacune.
S'agissant du préjudice d'affection :
18. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les parents D I, au regard de l'état de santé de leur fille et des circonstances de la faute litigieuse, en leur accordant chacun, après application du taux de perte de chance, la somme de 16 000 euros.
19. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par A, B et C I, sœurs D I, en leur accordant à chacune, après application du taux de perte de chance, la somme de 8 000 euros.
20. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à M. F et à M. E la somme de 220 916 euros au titre des préjudices subis par D I, dont 31 000 euros à titre provisionnel, ainsi qu'une rente annuelle dans les conditions prévues au point 12, les sommes de 36 000 euros chacun au titre de leurs préjudices propres, et les sommes de 18 000 euros chacune au titre des préjudices subis par A, B et C I.
Sur les intérêts :
21. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023, date de réception de leur réclamation préalable, sur les sommes de 220 916 euros, 36 000 euros et 18 000 euros mentionnées au point 20. Ces intérêts seront capitalisés au 29 mars 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme :
22. La CPAM du Puy-de-Dôme produit une attestation de créance et une attestation d'imputabilité de son médecin conseil établissant qu'elle a versé, pour D I, en raison de la faute de l'AP-HP, des prestations d'un montant de 9 160,91 euros. Il y a lieu, après application du taux de perte de chance, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 7 328,73 euros à ce titre. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2024.
23. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
24. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions.
Sur les frais d'expertise :
25. Par une ordonnance du 27 mai 2022, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 6 600 euros, ont été mis à la charge de Mme F et de M. E. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'AP-HP le montant de ces frais.
Sur les frais liés à l'instance :
26. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par Mme F et M. E non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP au profit de la CPAM du Puy-de-Dôme une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme F et M. E la somme de 220 916 euros en réparation des préjudices subis par D I, dont 31 000 euros à titre provisionnel. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023 et seront capitalisées au 29 mars 2024.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme H F la somme de 36 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023 et sera capitalisée au 29 mars 2024.
Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. G E la somme de 36 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023 et sera capitalisée au 29 mars 2024.
Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme F et M. E la somme de 18 000 euros en réparation des préjudices subis par A I. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023 et sera capitalisée au 29 mars 2024.
Article 5 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme F et M. E la somme de 18 000 euros en réparation des préjudices subis par B I. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023 et sera capitalisée au 29 mars 2024.
Article 6 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme F et M. E la somme de 16 000 euros en réparation des préjudices subis par C I. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2023 et sera capitalisée au 29 mars 2024.
Article 7 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme F et M. E pour D I, jusqu'à sa majorité, puis à Mme D I elle-même, une rente annuelle provisionnelle de 13 432 euros, jusqu'à ce qu'il soit statué sur son besoin d'assistance définitif. Cette rente sera versée trimestriellement à terme échu et sera revalorisée annuellement en fonction de l'évolution de l'indice des prix à la consommation de l'ensemble des ménages, série hors tabac, publié par l'INSEE.
Article 8 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 7 328,73 euros en remboursement de ses débours. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2024.
Article 9 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 10 : Les frais de l'expertise, d'un montant total de 6 600 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Article 11 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme F et M. E une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 12 : Les préjudices sur lesquels il n'est pas statué à titre définitif par le présent jugement sont réservés jusqu'à ce qu'il soit statué sur eux après la date de consolidation.
Article 13 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 14 : Le présent jugement sera notifié à Mme H F, à M. G E, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delesalle, président,
M. Cicmen, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
R. Doan
Le président,
H. DelesalleLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2313228/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026