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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2313360

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2313360

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2313360
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBARROIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 juin 2023, le 13 juillet 2023, le 27 novembre 2023, le 8 juillet 2024 et le 17 décembre 2024, Me Duval, en qualité de liquidatrice judiciaire de l'association Contacts Liens Enfants Familles (A), représentée par Me Barrois, venant aux droits de l'association CERAF Solidarités, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 avril 2023 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a résilié la convention " prestation de service - espace rencontre " n° PS ER 2021-02 conclue le 23 juin 2021 avec l'association CERAF Solidarités ;

2°) d'enjoindre à la CAF de Paris, à titre principal, de signer un avenant à la convention " prestation de service - espace rencontre " n° PS ER 2021-02 avec l'association A dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de modification de cette convention dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'annuler la décision du 18 avril 2023 par laquelle le directeur général de la CAF de Paris a notifié à l'association CERAF Solidarités un indu de 18 235,46 euros ;

4°) de condamner la CAF de Paris à lui verser la somme de 37 032 euros correspondant au versement de la prestation " espace de rencontre " entre le 1er juin 2022 et le 22 mai 2023 ;

5°) de mettre à la charge de la CAF de Paris le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions des 11 et 18 avril 2023 :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière faute pour la requérante d'avoir été mise à même de présenter des observations écrites comme le prévoient les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;

Sur les moyens spécifiques à la décision du 11 avril 2023 :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, d'une part, que la dissolution de l'association CERAF Solidarités a pris effet le 3 février 2023, d'autre part, que des personnes ont été accueillies à la demande du juge aux affaires familiales après le 1er janvier 2023 et, enfin, qu'il n'était pas justifié de résilier la convention ;

Sur les moyens spécifiques à la décision du 18 avril 2023 :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aux termes de l'article 9 de la convention, sa résiliation ne peut produire des conséquences financières que pour l'avenir ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les sommes perçues avaient déjà été utilisées pour le paiement des loyers et des salaires et charges ;

Sur la demande indemnitaire :

- elle est fondée à demander la condamnation de la CAF de Paris à lui verser une somme de 37 032 euros correspondant au maintien de la prestation " espace de rencontre " jusqu'au 22 mai 2023, date de démission de ses salariés et de cessation de l'accueil du public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024 et le 16 décembre 2024, la CAF de Paris conclut au rejet de la requête ; elle fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue le 7 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- l'arrêté du 3 octobre 2001 relatif à l'action sociale des caisses d'allocations familiales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association CERAF Solidarités gérait des espaces de rencontre, au sens de l'article D. 216-1 du code de l'action sociale et des familles, notamment un désigné " Paris Marcadet ", pour lequel la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a octroyé la prestation de service " espace de rencontre " dans les conditions prévues par une convention conclue le 23 juin 2021 pour la période comprise entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2025. Par délibérations simultanées du 1er juin 2022, les assemblées générales extraordinaires de cette association et de l'association A ont décidé respectivement la dissolution de l'association CERAF Solidarités par fusion-absorption dans l'association A et la modification de la composition des organes décisionnaires de la seconde pour intégrer des anciens membres de ceux de la première. La déclaration de dissolution de l'association CERAF Solidarités a été enregistrée par le préfet de police le 26 janvier 2023.

2. Par une première décision du 11 avril 2023, le directeur général de la CAF de Paris a prononcé la résiliation de la convention du 23 juin 2021 avec une date de prise d'effet au 1er juin 2022. Par une seconde décision du 18 avril 2023, il a par ailleurs notifié à l'association CERAF Solidarités un indu de prestation " espace de rencontre " correspondant aux versements ayant été effectués au titre de la période postérieure au 1er juin 2022. Me Duval, liquidatrice judiciaire de l'association A, venant aux droits de l'association CERAF Solidarités, doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions, à ce qu'il soit enjoint à la CAF de Paris de modifier la convention du 23 juin 2021 et sa condamnation à verser à l'association A la somme de 37 032 euros, correspondant au rétablissement du versement de la prestation " espace de rencontre " jusqu'à la date de démission de ses salariés, le 22 mai 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique ou privée chargée d'une mission de service public, les recours relatifs à une subvention, qu'ils aient en particulier pour objet la décision même de l'octroyer, quelle qu'en soit la forme, les conditions mises à son octroi par cette décision ou par une convention, ou encore les décisions de cette personne auxquelles elle est susceptible de donner lieu, notamment les décisions par lesquelles elle modifie le montant ou les conditions d'octroi de la subvention, cesse de la verser ou demande le remboursement des sommes déjà versées, ne peuvent être portés par le bénéficiaire de la subvention que devant le juge de l'excès de pouvoir.

En ce qui concerne la décision du 11 avril 2023 :

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, qui constitue une décision de retrait de la subvention accordée par la CAF de Paris à l'association CERAF Solidarités avec une date de prise d'effet fixée au 1er juin 2022, est signée par Mme B C, directrice de l'action sociale de la CAF de Paris. Si la CAF de Paris fait valoir en défense que la signataire disposait d'une délégation de signature à cet effet en vertu d'une décision du directeur général de la CAF de Paris du 28 mars 2022, cet acte n'habilite l'intéressée à l'effet de signer, concernant les subventions versées aux associations, que les " conventions d'action sociale " et les " lettres, notes et courriels relevant de l'action sociale notamment ceux () destinées aux associations " et consistant en un " accusé de réception d'une demande de subvention ", une " autorisation de commencer les travaux " ou un " refus de subventions hors compétence CAF ". L'intéressée ne tirait donc pas de cette délégation de signature une habilitation à l'effet de signer une décision de retrait, total ou partiel, d'une subvention telle que la prestation " espace de rencontre ". Par suite, l'association A est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'incompétence.

En ce qui concerne la décision du 18 avril 2023 :

5. Aux termes de l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions des organismes de sécurité sociale () ordonnant le reversement des prestations sociales indûment perçues sont motivées () " Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code, figurant dans le même chapitre : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 18 avril 2023 ne comporte l'énoncé d'aucune des considérations de droit qui constituent le fondement de la décision. Par suite, l'association requérante est fondée à soutenir qu'elle est entachée d'un vice de forme.

7. Il résulte de ce qui précède que Me Duval, liquidatrice judiciaire de l'association A, est fondée à demander l'annulation des décisions du 11 avril 2023 et du 18 avril 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. L'annulation des décisions attaquées implique seulement, eu égard aux motifs d'annulation retenus, qu'il soit enjoint à la CAF de Paris de procéder à un nouvel examen de la situation de l'association A dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'incompétence ou d'insuffisance de motivation, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice d'incompétence ou du vice de forme qui entachait la décision administrative illégale.

10. Il résulte de l'instruction que le retrait de la subvention accordée par la CAF de Paris à l'association CERAF Solidarités à compter du 1er juin 2022, qui a pris la forme de la résiliation de la convention du 23 juin 2021 avant son terme prévisible du 31 décembre 2025, était justifié par la dissolution de cette association, qui a eu pour conséquence la perte de sa personnalité morale. L'association A soutient que la dissolution de l'association CERAF Solidarités n'a pris effet que postérieurement à la date du 1er juin 2022. Toutefois, il résulte des termes du 3° du III de l'article 9 bis de la loi du 1er juillet 1901, dans sa rédaction applicable au litige, que la fusion prend effet à la date fixée par le traité de fusion ou à défaut, si l'opération n'entraîne pas une modification statutaire qui est soumise à approbation administrative, à la date de la dernière délibération ayant approuvé l'opération. Il résulte à cet égard du traité de fusion du 1er juin 2022 prévoyait une prise d'effet à cette même date sauf si un bail pour le local de Paris Marcadet au nom de l'association A n'avait pu être obtenu avant la fin du mois d'octobre 2022, bail qui a finalement été conclu le 11 octobre 2022. Par suite, c'est à raison que la CAF de Paris a considéré que la dissolution de l'association CERAF Solidarités était effective au 1er juin 2022. Elle était dès lors en droit, puisque la personne morale bénéficiaire de la subvention litigieuse, avait disparu à cette date, d'en tirer les conséquences en retirant la subvention à cette date et en notifiant un indu correspondant aux versements effectués au titre de la période postérieure. Ce faisant, elle n'a ni porté atteinte au principe général du droit de non-rétroactivité des actes administratifs, ni méconnu les dispositions de l'article 9 bis de la loi du 1er juillet 1901. Il suit de là que le directeur général de la CAF aurait pu légalement édicter les mêmes décisions que celles des 11 et 18 avril 2023 sans les entacher des illégalités fautives constatées aux points 4 et 6 et que ces décisions auraient été prises dans les circonstances de l'espèce. Dès lors, les préjudices dont l'association A demande réparation ne peuvent être regardés comme les conséquences des vices de légalité externe dont les décisions des 11 et 18 avril 2023 sont entachées. L'association A n'établissant pas que la décision attaquée serait illégale pour un autre motif de légalité interne, les conclusions indemnitaires de Me Duval, liquidatrice judiciaire de l'association A, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la CAF de Paris le versement à Me Duval, liquidatrice judiciaire de l'association A, de la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 11 avril 2023 et du 18 avril 2023 du directeur général de la caisse d'allocations familiales de Paris sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de Paris de procéder à un nouvel examen de la situation de l'association Contacts Liens Enfants Familles (A) dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement.

Article 3 : La CAF de Paris versera à Me Duval, liquidatrice judiciaire de l'association Contacts Liens Enfants Familles (A), la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Me Duval, liquidatrice judiciaire de l'association Contacts Liens Enfants Familles (A), et à la ministre du travail, de l'emploi, des solidarités et de la famille.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Délibéré après l'audience du 14 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme de Schotten, première conseillère,

M. Rezard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2025.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de l'emploi, des solidarités et de la famille en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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