vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2313623 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2023 et le 3 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Duquesne-Clerc, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) ou, à défaut, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 69 327,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de condamner l'AP-HP et l'ONIAM aux entiers dépens de l'instance ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'ONIAM la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'AP-HP a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité tenant à un retard de prise en charge, dès lors que la splénectomie effectuée le 16 octobre 2018 aurait dû l'être vingt-quatre heures plus tôt, et à un défaut de communication des pièces de son dossier médical ;
- l'accident médical survenu au décours de l'intervention du 9 octobre 2018 est de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale ;
- elle est fondée à obtenir le versement par l'AP-HP ou à défaut l'ONIAM des sommes de 2 727,80 euros et 15 600 euros au titre des déficits fonctionnels temporaire et permanent, de 15 000 euros au titre des souffrances endurées, de 3 000 euros au titre du préjudice esthétique, de 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 8 000 euros au titre du préjudice sexuel et de 20 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ; il y a lieu en revanche de réserve les pertes de gains professionnels et les dépenses de santé avant comme après consolidation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par la SELARLU Olivier Saumon avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la partie perdante soient condamnées aux entiers dépens de l'instance.
Il fait valoir que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'elle n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, qui n'a pas produit de mémoire.
La clôture de l'instruction est intervenue le 21 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Duquesne-Clerc, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 8 octobre 2018 à la suite de douleurs abdominales consécutives à une occlusion mécanique de l'intestin grêle et y a subi, le 9 octobre 2018, une intervention par invagination intestinale au cours de laquelle a été pratiquée une résection de l'intestin grêle avec iléostomie. Après la survenue d'une hémorragie le 15 octobre, elle a subi une nouvelle intervention le lendemain consistant en une splénectomie et dans le cadre de laquelle est réalisé un rétablissement de la continuité de l'intestin grêle. L'intéressée a quitté l'établissement le 27 octobre 2018 et a dû faire l'objet d'une troisième intervention par cure d'éventrement en octobre 2020. Elle a alors saisi le juge des référés du tribunal qui, par une ordonnance du 8 décembre 2021, a confié la réalisation d'une expertise aux docteurs Hubinois et Garnier, chirurgien viscéral et psychiatre, qui ont remis leur rapport le 4 avril 2022. Mme A demande la condamnation de l'AP-HP ou, à défaut, de l'ONIAM à lui verser une indemnité d'un montant de 69 327,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
2. En premier lieu, l'incapacité d'un établissement de santé à communiquer l'intégralité d'un dossier médical n'est pas, en tant que telle, de nature à établir l'existence de manquements fautifs dans la prise en charge du patient. Il appartient en revanche au juge de tenir compte de ce que le dossier médical est incomplet dans l'appréciation portée sur les éléments qui lui sont soumis pour apprécier l'existence des fautes reprochées à l'établissement dans la prise en charge du patient. Il suit de là que si la circonstance qu'une partie du dossier médical de Mme A n'a pas pu être communiquée aux experts ou à elle-même ou ne l'a été qu'avec retard présente un caractère fautif, cette faute, qui ne se rapporte pas aux conditions de prise en charge médicale de la patiente, ne présente pas de lien de causalité avec les préjudices résultant de l'accident médical qui s'est réalisé. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.
3. En second lieu, en vertu du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte du rapport d'expertise que l'intervention réalisée sur Mme A le 9 octobre 2018, qui était nécessaire pour remédier à son occlusion, a dû être réalisée, en raison de la torsion de l'intestin, à proximité de la rate et présentait de ce fait un risque d'atteinte splénique sous la forme d'une " rupture en deux temps " consistant d'abord en l'apparition d'un hématome péropératoire sur le tissu contenant la capsule de la rate puis, une fois que la pression causée par cet hématome est devenue trop forte, par une rupture de la capsule de la rate, entraînant un saignement dans la grande cavité péritonéale. Il résulte de l'instruction qu'une telle rupture est intervenue chez la patiente le 15 octobre 2018 et a occasionné chez elle des douleurs extrêmement vives. Il résulte du rapport d'expertise qu'un tel événement ne nécessite toutefois pas systématiquement la réalisation d'une splénectomie, " la règle étant depuis longtemps (environ depuis 20 ans) de tenter, dans tous les cas et au moins en un premier temps, un traitement dit " conservateur ", dans le but de tenter d'éviter la splénectomie ", et que l'absence de saignement actif et le fait que l'épanchement était de moyenne abondance justifiaient, dans le cas de la patiente, plutôt la mise en œuvre le 15 octobre 2018 de cette alternative au moyen de la transfusion de culots globulaires. Il est cependant constant que ce traitement conservatoire s'est finalement révélé insuffisant pour espérer une stabilisation hémodynamique en conséquence d'un nouvel épisode hémorragique survenu le lendemain, raison pour laquelle une splénectomie a finalement dû être effectuée. Si Mme A soutient que la splénectomie aurait dû être réalisée dès l'apparition de ses douleurs, elle n'apporte pas d'élément de nature à contredire sérieusement ces affirmations des experts, étayées par la documentation scientifique qu'ils citent. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'équipe médicale, qui s'est conformée aux données acquises de la science, aurait méconnu les règles de l'art en essayant de mettre en œuvre le traitement conservateur, quand bien même celui-ci a finalement échoué et a de ce fait prolongé pendant vingt-quatre heures les souffrances qu'elle ressentait. Il suit de là que Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de l'AP-HP dans la survenue de son dommage.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires dirigées par Mme A contre de l'AP-HP doivent être rejetées.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité nationale :
6. Aux termes des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité () d'un établissement () mentionné au I () n'est pas engagée, un accident médical () ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes () de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité () / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage () fixé par décret () " Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical () ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % () ".
7. Il résulte, d'abord, de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le taux du déficit fonctionnel permanent de la victime en lien avec l'accident médical survenu au décours de l'intervention du 9 octobre 2018, qui a rendu nécessaire une splénectomie et a concouru à la survenue d'un éventrement en octobre 2020 et à l'aggravation des souffrances psychologiques de Mme A, peut être fixé à 10 % et s'avère en conséquence inférieur au seuil fixé par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. Les experts indiquent, ensuite, sans être sérieusement contredits par la requérante, qu'elle n'a subi en lien avec l'accident médical non fautif, un déficit fonctionnel temporaire supérieur à 8 % que pendant un délai de huit jours. Enfin, s'il est constant que la requérante, qui s'est vu prescrire un traitement antidépresseur à compter du 18 février 2019, a été placée en congé de longue durée par le président-directeur général du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à compter du 4 mai 2021 et pour une durée d'au moins six mois, il ne résulte pas de l'instruction que cette interruption de son activité professionnelle présente un lien direct et certain avec l'accident médical non fautif qu'elle a subi dans la mesure où elle était déjà suivie par un psychiatre de manière régulière depuis le 5 juin 2018, soit avant la date de survenue du dommage, et eu égard au délai de plus de six mois qui s'est écoulé entre la prise en charge de son éventration en octobre 2020 et la date à laquelle elle a finalement été placée en congé de longue durée. Il suit de là que la condition de gravité requise par les dispositions du II de l'article L. 1142-1 et de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique pour permettre la mise en œuvre de la solidarité nationale n'est pas remplie.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à la condamnation de l'ONIAM à l'indemniser des préjudices subis ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
En ce qui concerne les dépens :
8. Par ordonnance du 27 mai 2022, le vice-président du tribunal a mis à la charge provisoire de Mme A les honoraires des experts, qu'il a fixés à 3 996 euros. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard au défaut de communication à la patiente de son dossier médical, il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de l'AP-HP.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'AP-HP ou de l'ONIAM le versement d'une somme à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les dépens, d'un montant de 3 996 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026