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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2313734

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2313734

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2313734
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantDIAWARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est cru à tort lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2023 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- la décision fixant son pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Thulard en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thulard,

- les observations de Me Diawara, avocat commis d'office représentant M. A,

- et les observations de M. A, assisté d'un interprète en bengali.

La clôture de l'instruction a été prononcée après observations des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 15 mars 1981 à Tangail, entré en France le 10 mars 2022 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée une première fois par une décision l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dont la légalité a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a été ensuite rejetée comme irrecevable par une décision de l'OFPRA en date du 22 février 2023. Par un arrêté du 26 mai 2023, dont M. A demande l'annulation par la présente requête, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D C, attachée principale d'administration de l'Etat, directement placée sous l'autorité du chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, qui mentionne plusieurs éléments de fait propres à la situation personnelle de M. A, que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé avant de l'obliger à quitter le territoire français.

5. En quatrième lieu, M. A, en sollicitant son admission au séjour sur le territoire français au titre de l'asile, ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande d'asile, il serait susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il lui appartenait, en conséquence, de produire, lors de la présentation de sa demande d'admission au séjour ou au cours de l'instruction de celle-ci, tous les éléments susceptibles de venir à son soutien, eu égard à sa situation. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué, non contestés sur ce point, que l'intéressé a été reçu le 1er février 2023 et qu'il a alors pu présenter tout élément utile à l'administration. Il ne justifie d'aucun élément nouveau intervenu depuis cette date et qu'il aurait été empêché de faire connaître au préfet de police. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu, au sens du principe général du droit de l'Union européenne, n'est pas fondé.

6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la motivation retenue dans son arrêté du 26 mai 2023, que le préfet de police se serait cru à tort dans l'obligation de prendre une décision d'éloignement à l'encontre de M. A du fait de l'intervention de la décision de l'OFPRA du 22 février 2023 rejetant comme irrecevable sa demande de réexamen.

7. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire, de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En l'espèce, quand bien même il a exposé au cours de l'audience publique qu'il aurait été torturé en sa qualité de membre d'un parti d'opposition au pouvoir en place au Bangladesh et qu'il ferait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement ainsi que d'un mandat d'arrêt, M. A n'a joint à sa requête aucun document de nature à établir qu'il serait effectivement exposé à des peines ou des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Les faits de persécution allégués par M. A, lesquels n'ont au demeurant pas été considérés comme établis par la CNDA et l'OFPRA, ne ressortent ainsi pas des pièces du dossier. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et qu'il y a lieu de rejeter sa requête dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

V. Thulard

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2313734/6-

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