jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2314054 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HOLMAN, FENWICK ET WILLAN (LLP) |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314054, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 20 000 euros en répression du manquement 2202MLH0087 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314055, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 18 000 euros en répression du manquement 2202MLH0081 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314056, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 16 000 euros en répression du manquement 2202MLH0080 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
IV. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314058, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 20 000 euros en répression du manquement 2202MLH0079 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
V. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314059, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 16 000 euros en répression du manquement 2202MLH0076 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
VI. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314060, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 22 000 euros en répression du manquement 2202MLH0074 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
VII. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314061, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 20 000 euros en répression du manquement 2202MLH0073 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
VIII. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 29 janvier 2024 sous le n° 2314062, la société ETF Airways d.o.o., représentée par Mes Frühling et Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 " du 7 février 2023, en tant qu'il lui a infligé une amende de 18 000 euros en répression du manquement 2202MLH0070 ;
2°) de la décharger du paiement de cette amende ;
3°) à titre subsidiaire, de réformer cette décision en ramenant le montant de l'amende à de plus justes proportions ;
4°) de mettre à la charge de l'ACNUSA la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ACNUSA ne lui a pas notifié le montant maximal de l'amende encourue et ne l'a pas informée qu'elle disposait d'un délai d'un mois pour présenter ses observations à compter de la notification du dossier d'instruction, méconnaissant ainsi les articles L. 6361-14 du code des transports, R. 227-2 du code de l'aviation civile et le principe général des droits de la défense ;
- la sanction infligée est insuffisamment motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 6361-13 du code des transports et est disproportionnée, au regard de sa bonne foi, de la faible gravité de l'infraction et de la méconnaissance des principes directeurs fixés par l'ACNUSA dans son communiqué de presse du 23 mars 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2023 et 29 février 2024, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen, Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'aviation civile ;
- le code des transports ;
- l'arrêté du 6 mai 2020 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle-Mulhouse ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Vahedi, pour la société ETF Airways d.o.o., et de Me Sarrazin, pour l'ACNUSA.
Considérant ce qui suit :
1. La société ETF Airways d.o.o est un transporteur aérien immatriculé en Croatie. Entre le 1er et le 29 août 2021, huit vols affrétés par ses soins et ayant pour origine ou pour destination l'aéroport de Bâle-Mulhouse ont fait l'objet de procès-verbaux par lesquels a été constatée la méconnaissance à huit reprises des dispositions du V de l'article 1er de l'arrêté du 6 mai 2020 prohibant le départ du point de stationnement, en vue d'un décollage, ou l'atterrissage, d'aéronefs certifiés conformément aux normes mentionnées au " chapitre 3 " avec une marge acoustique cumulée inférieure à 10 EPNdB, entre 22h00 et 0h00. En répression de ces manquements, référencés 2202MLH0070, 2202MLH0073, 2202MLH0074, 2202MLH0076, 2202MLH0079, 2202MLH0080, 2202MLH0081 et 2202MLH0087, l'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a adopté le 7 février 2023 un acte référencé " décisions n° 23-103 à 23-110 ", par lequel elle a prononcé huit amendes d'un montant respectif de 18 000, 20 000, 22 000, 16 000, 20 000, 16 000, 18 000 et 20 000 euros. Par les huit requêtes mentionnées dans les visas, la société ETF Airways d.o.o. demande l'annulation de ces huit amendes et la décharge des sommes afférentes ou, à titre subsidiaire, leur réformation.
2. Les huit requêtes mentionnées dans les visas portent sur des amendes infligées le même jour, en raison de manquements de même nature, à la même compagnie. Elles présentent ainsi à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un unique jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation, de décharge, ou de réformation :
3. Aux termes de l'article L. 6361-12 du code des transports : " L'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires prononce une amende administrative à l'encontre : / 1° De la personne exerçant une activité de transport aérien public au sens de l'article L. 6412-1 () ne respectant pas les mesures prises par l'autorité administrative sur un aérodrome fixant : / a) Des restrictions permanentes ou temporaires d'usage de certains types d'aéronefs en fonction de leurs émissions atmosphériques polluantes, de la classification acoustique, de leur capacité en sièges ou de leur masse maximale certifiée au décollage ; () Ces amendes font l'objet d'une décision motivée notifiée à la personne concernée. " Il résulte de l'article L. 6361-13 du même code que, s'agissant des personnes morales, le montant maximal de l'amende est de 40 000 € lorsque le manquement concerne les mesures de restriction des vols de nuit. Enfin, le V de l'article 1er de l'arrêté du 6 mai 2020, en vigueur à l'époque des faits, prévoit que : " Aucun aéronef certifié conformément aux normes mentionnées au " chapitre 3 " avec une marge cumulée inférieure à 10 EPNdB ne peut : / - atterrir entre 22 heures et 0 heure ; / - quitter le point de stationnement, en vue d'un décollage, entre 22 heures et 0 heure ; ".
En ce qui concerne la régularité :
4. En premier lieu, l'acte attaqué mentionne les dispositions applicables et les circonstances de fait qui fondent les sanctions litigieuses. Celles-ci sont ainsi motivées en application de l'article L. 6361-12 du code des transports.
5. En second lieu, l'article L. 6361-14 du code des transports dispose que : " L'instruction et la procédure devant l'autorité sont contradictoires. () Après s'être assuré que le dossier d'instruction est complet, le rapporteur permanent le notifie à la personne concernée et l'invite à présenter ses observations écrites dans un délai d'un mois, par tout moyen, y compris par voie électronique. " Et aux termes de l'article R. 227-2 du code de l'aviation civile, alors en vigueur : " Lorsqu'il estime le dossier d'instruction complet, le rapporteur permanent le notifie à la personne concernée en lui rappelant les faits reprochés, leur qualification, les textes applicables à ces faits et l'amende encourue, et en l'invitant à présenter ses observations dans un délai d'un mois. Il l'informe en outre des conditions dans lesquelles l'instruction sera close et des conséquences de cette clôture. "
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. D'une part, il est constant que les courriers adressés le 4 novembre 2022, par lesquels la rapporteure permanente suppléante a notifié à la compagnie les huit dossiers d'instruction, ne mentionnaient pas le montant maximal des amendes susceptibles d'être encourues. Toutefois, les huit procès-verbaux qui avaient au préalable été notifiés, donnant lieu à des observations de la compagnie, rappelaient ce montant en annexe et l'ACNUSA soutient au surplus, sans être contestée, que ces procès-verbaux avaient été joints aux dossiers d'instruction.
8. D'autre part, la mention d'un délai d'un mois pour présenter des observations, prévue par les dispositions citées au point 5, a pour seul objet de garantir à la personne visée par une procédure de manquement un délai minimal pour présenter ses observations. En l'espèce, la société ETF Airways d.o.o. a bénéficié d'un délai plus long, les rapports d'instruction ayant été reçus le 6 novembre 2022 et l'instruction ayant été clôturée dans l'ensemble des dossiers le 25 janvier 2023 à 12h, date à laquelle elle a d'ailleurs produit ses observations à 10h35, juste avant la clôture et sans avoir demandé son report.
9. Il résulte des énonciations des points 7 et 8 que la méconnaissance des dispositions des articles L. 6361-14 du code des transports et R. 227-2 du code de l'aviation civile n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens des décisions et n'a pas privé la société ETF Airways d.o.o. d'une garantie. Elle est par suite sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, il résulte de ces mêmes énonciations que l'ACNUSA n'a pas méconnu le principe de garantie des droits de la défense.
En ce qui concerne le bien-fondé :
10. D'une part, la société requérante ne conteste pas la matérialité des faits reprochés, à savoir, concernant l'appareil LZ-DEO, un atterrissage le 1er août 2021 à 22h35 (manquement 2202MLH0070, amende de 18 000 euros) et, concernant l'appareil immatriculé 9H-VDB, quatre atterrissages respectivement le 17 août 2021 à 23h24 (2202MLH0073, 20 000 euros), le 10 août 2021 à 23h40 (2202MLH0074, 22 000 euros), le 21 août 2021 à 22h18 (2202MLH0076, 16 000 euros) et le 22 août 2021 à 22h25 (2022MLH0080, 16 000 euros), ainsi que trois départs du point de stationnement, en vue d'un décollage, le 21 août 2021 à 23h05 (2202MLH0079, 20 000 euros), le 22 août 2021 à 23h05 (2202MLH0087, 20 000 euros) et le 29 août 2021 à 22h44 (2202MLH0081, 18 000 euros). Elle ne conteste pas non plus que ces deux appareils relèvent du " chapitre 3 " de la convention de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) et que leur marge acoustique cumulée certifiée est respectivement de 9,7 EPNdB et de 7,9 EPNdB. Ces faits constituent des manquements au V de l'article 1er de l'arrêté du 6 mai 2020.
11. A l'appui de ses conclusions à fin d'annulation, de décharge ou de réformation, la société soutient en premier lieu que, pour lui infliger les montants d'amende rappelés ci-dessus, l'ACNUSA a méconnu les dispositions du code des transports en ne respectant pas les critères qu'elle avait elle-même fixés. Toutefois, à supposer même ce moyen opérant, il résulte de la lettre même de l'acte attaqué que, pour fixer ces montants, l'ACNUSA a tenu compte des circonstances qu'ETF Airways d.o.o. était, du fait des stipulations des contrats conclus avec ses fréteurs, responsable des manquements constatés, que la société ne s'était vue au préalable notifier aucun manquement et était donc en situation de non-réitération, et des horaires des manquements. L'Autorité a également pris en considération les caractéristiques acoustiques des appareils, notamment leur marge acoustique cumulée rappelée ci-dessus, ainsi que le bruit en approche s'agissant des atterrissages (92,9 EPNdB pour l'appareil immatriculé LZ-DEO et 96,5 EPNdB pour celui immatriculé 9H-VDB), et le bruit en survol de l'appareil immatriculé 9H-VDB (89,8 EPNdB) pour les décollages, niveaux de bruit qu'elle a qualifiés de " très fortement nuisants ". Aucun de ces éléments n'est contesté. L'ACNUSA a ainsi tenu compte, pour fixer le montant des amendes, du niveau sonore des appareils en cause, du degré de dépassement de l'horaire limite de 22h et de l'absence de réitération des infractions. Il en résulte qu'elle n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
12. La société requérante soutient, en second lieu, que les montants précités sont disproportionnés par rapport aux manquements dès lors qu'elle était de bonne foi. D'après elle, les appareils en cause étaient loués à un fréteur, ceux qu'elle exploite habituellement ont une marge cumulée supérieure à 10 EPNdB et elle n'avait été prévenue ni de la portée de l'arrêté du 6 mai 2020, ni des caractéristiques des appareils. Toutefois, dès lors que, ainsi que l'a relevé l'ACNUSA, les contrats d'affrètement mentionnaient que les fréteurs n'étaient pas responsables de la violation des créneaux horaires attribués et du paiement de toute amende infligée à ce titre, il incombait au preneur de se mettre en mesure de respecter la réglementation. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'ACNUSA a tenu compte de la circonstance que la société était non réitérante. Enfin, le fait que les appareils aient été autorisés à décoller ou atterrir aux heures de survenue des manquements est sans incidence, dès lors qu'il n'incombe pas au contrôle aérien de vérifier le respect de la réglementation visant à lutter contre les nuisances aéroportuaires, à laquelle les transporteurs doivent se conformer de leur propre chef.
13. La société ETF Airways d.o.o. fait enfin valoir que les infractions étaient de faible gravité, la durée des dépassements de l'horaire autorisé étant faible et les appareils de marge acoustique cumulée supérieure à 10 EPNdB étant encore autorisés à voler aux heures où les manquements ont été commis, de sorte que ces derniers étaient sans incidence sur le bruit subi par les riverains. Toutefois, il résulte des termes mêmes du V de l'article 1er de l'arrêté du 6 mai 2020 que cette réglementation a pour objet de prohiber tout mouvement des appareils concernés dès 22h, et qu'elle vise spécifiquement les appareils les plus bruyants, dont la marge acoustique cumulée est inférieure à 10 EPNdB, de sorte que ces considérations sont inopérantes.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, de décharge et de réformation présentées par la société ETF Airways d.o.o. doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'ACNUSA, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. En revanche, il y a lieu, sur leur fondement, de mettre la somme de 4 000 euros à la charge de la société ETF Airways d.o.o.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société ETF Airways d.o.o. sont rejetées.
Article 2 : La société ETF Airways d.o.o. versera à l'ACNUSA la somme totale de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société ETF Airways d.o.o. et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
G. ALa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2314055 - 2314056 - 2314058 - 2314059 - 2314060 - 2314061 - 231406
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Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
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Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026