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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314637

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314637

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314637
TypeDécision
PublicationD
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Lubaki, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 26 000 euros, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder à la désignation d'une association ou d'un organisme agréé dans le cadre du dispositif AVDL aux fins d'établissement d'un diagnostic social, de la mise en œuvre d'un contrat d'accompagnement vers le logement visant au relogement définitif et pérenne de la famille A dans le parc du logement social, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à le reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

21 avril 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marcus en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition,

de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marcus ;

- et les observations de Me Lubaki, avocate de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Mme A, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 18 janvier 2018 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle était handicapée et logée dans un logement sur-occupé.

Par ailleurs, par un jugement du 23 janvier 2019, le tribunal a enjoint au préfet d'assurer le relogement de Mme A sous astreinte de 300 euros par mois de retard à compter du

1er avril 2019. Il est cependant constant que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à Mme A un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à son égard à compter du 18 juillet 2018.

3. D'autre part, par un jugement du 3 juin 2022, le tribunal a condamné l'État à réparer les préjudices subis par Mme A du 18 juillet 2018 au 3 juin 2022 du fait de la carence fautive de l'Etat à le reloger. Par suite, le préjudice réparé par le présent jugement court à compter du

4 juin 2022.

4. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste, Mme A continuant d'occuper avec son fils, né en 1999, qui est étudiant, un logement de type studette, d'une superficie de 11 m2. Ce logement est sur-occupé, et inadapté à la composition de la famille ainsi qu'à l'état de santé de Mme A, qui a été reconnue personne handicapée avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %, et souffre d'un diabète et

de troubles dépressifs. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme A, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par elle dans ses conditions d'existence depuis le 4 juin 2022, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 3 000 euros.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Il ne résulte pas de l'instruction que l'injonction demandée par la requérante, en vue de la mise en œuvre du dispositif d'accompagnement vers et dans le logement à son bénéfice, serait de nature, dans les circonstances de l'espèce, à mettre fin à la carence fautive de l'Etat à exécuter la décision de la commission de médiation dans le délai imparti ou à en pallier les effets. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A une somme de 3 000 euros.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Lubaki.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Mme Marcus

La greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2314637/3-1

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