mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2314703 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ITRA CONSULTING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête initiale et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 22 et 28 juin et le 1er septembre 2023, M. A B, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 24 mai 2023 portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pendant 24 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de séjour est insuffisamment motivé au regard de la situation personnelle ;
- le refus de séjour se borne à reproduire l'avis des médecins de l'office français de l'immigration alors que ce dernier ne lie pas le préfet ;
- le refus de séjour est entaché d'un défaut d'examen des circonstances particulières de l'espèce au regard de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne peut bénéficier au Cameroun de soins appropriés à son état de santé, notamment en raison de l'insuffisance de ses ressources ;
- il peut prétendre à une régularisation sur le fondement de l'article L.435-1 du code et de la circulaire Valls dès lors qu'il séjourne en France depuis 15 ans et qu'il est inséré professionnellement ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour méconnaît l'article L.612-6 mentionnant les " circonstances humanitaire " et l'article L.612-10 du code compte tenu des soins nécessités par son état de santé et de son travail ;
- l'interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
6 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Grossholz.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 5 novembre 1962 à Douala, au Cameroun, dont il est un ressortissant, a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 24 mai 2023, le préfet de police lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.
Sur le refus d'admission au séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait qui fondent la décision de refus d'admission au séjour, en particulier que selon l'avis du
13 mars 2023 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Cameroun. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée ne peut, par conséquent, qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police se serait cru lié par l'avis qui vient d'être mentionné ni qu'il aurait omis d'examiner les circonstances particulières de l'espèce. Ces moyens ne peuvent donc qu'être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et en cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, selon l'avis du 13 mars 2023 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Cameroun. Le requérant, s'il justifie notamment du faible nombre de neurologues par habitant dans ce pays et des difficultés à y accéder à des scanners, dont il n'établit ni n'allègue, au demeurant, avoir besoin pour réaliser les examens qui lui sont nécessaires, mais soutient qu'ils doivent être réalisés au moyen d'imagerie par résonnance magnétique, ne justifie pas de l'absence d'un traitement approprié à son état de santé au Cameroun. En se bornant à alléguer l'insuffisance de ses ressources financières, il ne justifie pas davantage de l'impossibilité pour lui d'y accéder à un tel traitement. Dans ces conditions, le requérant n'apporte pas d'éléments de nature à renverser la présomption de l'absence d'un état de santé justifiant le refus d'un titre de séjour. Le moyen ne peut, par conséquent, qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est jamais tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire. M. B n'ayant pas formé de demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police n'était pas tenu d'examiner sa demande sur ce fondement. En tout état de cause, M. B, en se bornant à invoquer la durée de son séjour irrégulier en France, dont il ne démontre au demeurant pas qu'elle s'élève à quinze ans, et son insertion professionnelle à l'appui de laquelle il produit des bulletins de paie au titre des seules années 2018, 2019 et 2020, ne justifie pas de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels au sens de ces dispositions.
8. En cinquième lieu, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que la décision du préfet, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en oeuvre de leur pouvoir de régularisation telle la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'invoque le requérant. Le préfet de police n'a donc, en tout état de cause, pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas de titre de séjour sur le fondement de cette circulaire. Le moyen ne peut, par conséquent, qu'être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, s'il est hébergé en France par sa sœur et y a travaillé, ne conteste pas y être célibataire, sans enfant et non dépourvu de toute attache à l'étranger où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 45 ans. Dans ces conditions, en édictant l'obligation de quitter le territoire français contestée, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la conveniton européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En second lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne pourrait bénéficier au Cameroun d'un traitement approprié à son état de santé. Le moyen ne peut, par conséquent, qu'être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui a tenu compte de la situation personnelle et familiale de M. B, et qui a relevé que ce dernier s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement notifiée le 25 septembre 2020, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les dispositions duquel le préfet s'est fondé pour prononcer la décision contestée, doit donc être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction et de mise en œuvre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
M. Khansari, conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 octobre 2023.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
La présidente,
S. VIDALLa greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026