vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2314931 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | BANOUKEPA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Banoukepa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, et l'arrêté du même jour par lequel la même autorité a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Concernant les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen personnalisé de sa situation ;
- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Concernant la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'y a pas de risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement ;
Concernant la décision fixant le pays de renvoi :
- Elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et d'un refus de séjour ;
Concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;
Concernant la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et de la décision portant interdiction de retour.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. B a donné lecture de son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 23 juin 2023, le préfet de police a obligé Mme C, née le 23 avril 1972, de nationale congolaise, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et par un arrêté du même jour a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a signalée aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Mme C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Concernant les moyens dirigés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. ".
3. Les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du défaut d'examen des risques encourus en cas de retour au Congo et de l'erreur manifeste d'appréciation de ces risques sont inopérants à l'encontre des décisions litigieuses.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants: 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".
6. Si Mme C fait valoir que le préfet ne caractérise nullement un risque de fuite, il n'est pas sérieusement contesté qu'elle n'a pas présenté des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et qu'elle a refusé d'embarquer deux fois dans l'avion pour quitter la France lorsqu'elle était en zone d'attente. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Concernant le moyen dirigé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :
7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
Concernant le moyen dirigé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
Concernant le moyen dirigé à l'encontre de la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
J. B
La greffière,
D. DECOCK
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.