lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2314955 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 24 juin et le 4 août 2023, M. B A, représenté par Me Niang, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il y a lieu de procéder à une substitution de la base légale de la décision portant refus de titre de séjour, qui aurait dû être fondée sur les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur celles de l'article L. 432-2 du même code.
M. A a présenté des observations en réponse à ce courrier le 1er septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Errera,
- et les observations de Me Niang, représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 19 avril 1985, a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 5 avril 2018 au 4 avril 2019, dont il a obtenu le renouvellement par la délivrance d'un titre de séjour valable du 1er juillet 2019 au 30 juin 2021. Le 23 septembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès des services de la préfecture de police. Par un jugement en date du 15 mars 2023, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet opposée par le préfet de police à cette demande, et a enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par un arrêté du 9 mai 2023, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de police aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A.
4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la feuille de salle datée du 23 septembre 2021, que M. A a présenté sa demande en tant que conjoint de Français, sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté comme inopérant, étant au surplus observé que, comme le relève le préfet de police en défense, le requérant n'établit ni être en possession d'une autorisation de travail, ni être entré en France sous couvert d'un visa de long séjour.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations () ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. / L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens () ".
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
7. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non dans celles de l'article L. 432-2 du même code, dès lors, en premier lieu, que M. A ne remplissait pas les conditions énoncées à l'article L. 423-6 du code, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Si M. A est marié avec une ressortissante française depuis le 8 août 2017, il ressort des pièces du dossier que la condition tenant à ce que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage n'est pas remplie. En effet, il ressort des propres déclarations de M. A devant la commission du titre de séjour, le 13 février 2023, qu'il vit " en colocation chez une famille sénégalaise dans le 18ème arrondissement de Paris ". L'existence d'une communauté de vie est d'autant moins établie que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de viol commis du 1er janvier au 19 juin 2021 par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, même si le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris a procédé, le 24 août 2021, à un classement sans suite au titre de ces faits. En tout état de cause, M. A ne produit aucun document, par exemple des documents libellés aux noms des deux époux, permettant de considérer que la condition de communauté de vie était remplie à la date de la décision attaquée. Enfin, si l'intéressé invoque les dispositions du troisième alinéa de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, il est constant qu'il n'était pas titulaire de la carte de résident mentionnée à cet article, dont il demandait précisément la délivrance, mais simplement d'une carte pluriannuelle d'une durée de deux années. Par suite, l'argument invoqué est inopérant. Il y a donc lieu de procéder à la substitution de base légale et d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2012, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside son enfant né en 2012. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision portant d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, décision prise au vu, d'une part, de ce que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de viol, et, d'autre part, de ce qu'un ressortissant étranger tentant d'entrer illégalement en France a été trouvé en possession de la carte de séjour et du passeport de M. A, ce dernier n'ayant pas apporté d'explications convaincantes à ce sujet.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
Le rapporteur,
A. ERRERA
Le président,
J. SORIN La greffière,
D. JEANG
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2314955/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026