mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315010 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PBA LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023, M. C A, représenté par Me Masanovic, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mai 2023 par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 4 janvier 2023 contre la décision du 5 décembre 2022 de l'inspecteur du travail autorisant son licenciement, ensemble, cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la société Sasih la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision de l'inspecteur du travail est irrégulière puisqu'elle ne vise pas l'ensemble de ses mandats ;
elle est entachée d'erreur de droit puisque les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas une violation d'une obligation découlant de son contrat de travail ;
elle est entachée d'inexactitude matérielle puisque les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
elle est entachée d'erreur d'appréciation du lien entre le licenciement et des mandats ;
elle ne tient pas compte de l'intérêt général.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, la société par action simplifiée (SAS) Sasih, représentée par Me Bathmanabane, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino,
- les conclusions de Mme Beugelmans Lagane, rapporteure publique,
- les observations de Me Treton, avocat de la société Sasih.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, alors employé au sein de l'hôtel Hyatt Vendôme par la SAS Sasih depuis le 12 mars 2012 en qualité de voiturier bagagiste à temps plein, membre élu du comité social et économique et délégué syndical, a fait l'objet d'une procédure de licenciement pour motif disciplinaire qui a abouti à une demande d'autorisation de licenciement que l'inspecteur du travail a acceptée par une décision du 1er juin 2022. Toutefois, cette décision a été annulée par le ministre du travail par une décision du 27 septembre 2022 prise sur recours hiérarchique. Mais par une nouvelle décision du 5 décembre 2022, l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement pour motif disciplinaire de M. A. Cette décision a été confirmée implicitement par le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, le 4 mai 2023, sur recours hiérarchique, puis par une décision expresse du 9 août 2023 qui s'y est substituée. Par la présente requête M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 9 août 2023 ainsi que celle de l'inspecteur du travail du 5 décembre 2022.
Sur la légalité de la décision de l'inspecteur du travail :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2411-3 du code du travail : " Le licenciement d'un délégué syndical ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. / Cette autorisation est également requise pour le licenciement de l'ancien délégué syndical, durant les douze mois suivant la date de cessation de ses fonctions, s'il a exercé ces dernières pendant au moins un an. () ".
3. D'autre part, pour opérer les contrôles auxquels elle est tenue de procéder lorsqu'elle statue sur une demande d'autorisation de licenciement, l'autorité administrative doit prendre en compte l'ensemble des mandats détenus par le salarié. Si les dispositions du code du travail ne sauraient permettre à une protection acquise postérieurement à la date de l'envoi par l'employeur de la convocation à l'entretien préalable au licenciement de produire des effets sur la procédure de licenciement engagée par cet envoi, l'autorité administrative doit toutefois avoir connaissance de l'ensemble des mandats détenus à la date de sa décision, y compris ceux obtenus le cas échéant postérieurement à cette convocation, afin d'être mise à même d'exercer son pouvoir d'appréciation de l'opportunité du licenciement au regard de motifs d'intérêt général.
4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la demande d'autorisation de licenciement du 6 octobre 2022, que le directeur général de l'hôtel a informé l'inspecteur du travail de ce que M. A exerçait les mandats de membre titulaire du comité social et économique (trésorier, secrétaire adjoint et membre de la commission santé sécurité et conditions de travail) et de délégué syndical, et que cette demande était accompagnée de diverses pièces. Toutefois, si, à cette date, M. A avait été réintégré dans l'entreprise et dans son mandat de membre élu du comité social et économique à compter du 5 octobre 2022 en application de l'article L. 2422-2 du code du travail, à la suite de l'annulation par le ministre du travail le 27 septembre 2022 de la décision de l'inspecteur du travail du 1er juin 2022 autorisant une première fois son licenciement, il n'est ni établi ni même allégué qu'il ait fait l'objet dans le même temps d'une nouvelle désignation par son organisation syndicale. L'inspecteur du travail pouvait dès lors se borner à indiquer que M. A bénéficiait " d'une protection au titre d'un mandat de délégué syndical CGT ayant cessé en juin 2022 " et il ressort des mentions mêmes de la décision attaquée qu'il a tenu compte de l'ancien mandat de délégué syndical de M. A. Dès lors, l'autorité administrative doit être regardée comme ayant été mise à même de procéder aux contrôles qu'elle était tenue d'exercer au regard, d'une part, du mandat de membre titulaire du comité social et économique de l'intéressé en cours, et, d'autre part, de son ancien mandat de délégué syndical. Par suite, le moyen tiré de ce que sa décision a été prise irrégulièrement doit être écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives qui bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. En outre, un agissement du salarié intervenu en-dehors de l'exécution de son contrat de travail, et notamment durant ses heures de délégation, ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat. Enfin, pour refuser l'autorisation sollicitée, l'autorité administrative a la faculté de retenir des motifs d'intérêt général, sous réserve qu'une atteinte excessive ne soit pas portée à l'un ou l'autre des intérêts en présence.
6. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 21 janvier 2022, deux représentants du personnel, dont M. A, ont demandé la démission de M. D, directeur général de l'hôtel depuis le mois de janvier 2022 et de Mme B, directrice des opérations depuis 2020, au regard de faits, matériellement établis et sanctionnés par la juridiction prud'homale en 2016, de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle d'une femme de chambre, commis par un client de l'hôtel en 2010 et à l'époque desquels M. D et Mme B occupaient respectivement au sein de l'hôtel les postes respectivement d'Hôtel manager et de directrice de l'hébergement. Il ressort également des pièces du dossier, abondantes, qu'à l'occasion du dialogue qui s'est noué avec les représentants du personnel et la direction à propos de cette demande de démission, M. A a tenu des propos excessifs à l'encontre des deux intéressés, en affirmant, notamment en réunion du comité social et économique du 27 janvier 2022, qu' " une employée licenciée a failli mourir à cause de vous ", ou en écrivant dans des courriels adressés à la direction le 3 février 2022, " Vous parlez bien et souriez beaucoup mais vos actions, elles, sont méprisables. Les employées Hyatt ne sont pas incluses dans le prix des chambres ", le 11 février 2022 " Vous êtes un danger pour les employés () vous avez poussé une femme, mère de famille à une tentative de suicide pour protéger un pervers et votre carrière " et le 12 février 2022, " M. D déjà connu pour se débarrasser des employés gênants, en licenciant abusivement, comme en 2010 où l'hôtel fut condamné pour licenciement injustifié ". Ces faits, dont la matérialité n'est pas contestée, sont certes intervenus en-dehors de l'exécution par M. A de son contrat de travail, mais traduisent la méconnaissance par l'intéressé de son obligation de loyauté à l'égard de son employeur découlant de son contrat de travail. En outre, ils sont d'une gravité suffisante pour justifier, à eux seuls, le licenciement sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le bien-fondé du motif tiré d'un défaut de tenue des comptes du comité social et économique retenu par l'inspecteur du travail.
7. En cinquième lieu, si M. A soutient que son licenciement est en lien avec ses mandats et qu'il aurait pour but de le sanctionner pour avoir dénoncé le rôle de la direction dans une affaire d'agression sexuelle ayant conduit à une tentative de suicide de la part d'une salariée et à une condamnation de l'hôtel pour harcèlement sexuel, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le licenciement est motivé par les propos injurieux et excessifs tenus par l'intéressé à l'encontre de ses supérieurs dans le cadre de ses fonctions représentatives en méconnaissance de son obligation de loyauté. Dès lors, il n'est pas établi que le licenciement de M. A serait en rapport avec ses fonctions représentatives ou son appartenance syndicale. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En dernier lieu, M. A n'apporte aucun élément suffisamment précis de nature à établir l'existence d'un intérêt général à son maintien dans la société Sasih. Par suite, le moyen tiré de ce que l'inspecteur du travail aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne refusant pas son licenciement pour un motif d'intérêt général doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 5 décembre 2022 autorisant son licenciement.
Sur la légalité de la décision de la ministre du travail :
10. Si M. A conteste la décision du ministre du travail, il ne soulève aucun moyen à l'appui de ces conclusions. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la ministre du travail du 9 août 2023 qui, ainsi qu'il a été dit plus haut, s'est substitué à la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 4 mai 2023.
Sur les frais liés à l'instance :
11. La société Sasih n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société Sasih au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Sasih présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société Sasih.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoisé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J.-Ch. GRACIALa greffière,
S. TIMITE
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026