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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2315225

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2315225

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2315225
TypeDécision
PublicationD
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPRASSOLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2023 et des mémoires enregistrés les 12 et 20 mars 2024, M. I E, représenté par Me Prassoloff, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse J E et de ses enfants H C, B F, D, G, K A ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de faire droit à sa demande de regroupement familial ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il remplit les conditions pour bénéficier du regroupement familial ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coz,

- et les observations de Me Prassoloff, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant guinéen né le 12 juin 1986 à Ratoma, a obtenu, par une décision n° 1503916 de la cour nationale du droit d'asile rendue le 7 mars 2016 la reconnaissance du statut de réfugié. Il a déposé le 13 juin 2022 une demande de regroupement familial pour son épouse et ses quatre enfants, puis l'a complétée le 29 octobre 2022 à la suite de la naissance d'un nouvel enfant. Par une décision du 11 mars 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :/ 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-3 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande :

1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ;

2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. " Aux termes de l'article L. 434-7 de ce code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : () / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;/ 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ;

3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. "

3. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. E, qui a la qualité de réfugié mais dont le mariage avec Mme J E est postérieur à l'obtention de ce statut, au bénéfice de ses enfants et de son épouse, le préfet de police s'est notamment fondé sur la circonstance que M. E n'a pas produit de décision de justice lui attribuant la garde et l'autorité parentale sur ses enfants ni d'autorisations maternelles à leur venue en France alors qu'il a transmis des " actes de consentement " enregistrés auprès du tribunal de première instance de Conakry II (République de Guinée) par lesquels les mères des enfants pour lesquels M. E sollicitait un regroupement familial lui ont délégué l'autorité parentale pour permettre aux enfants de rejoindre leur père en France. Par suite, M. E est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait et à en obtenir l'annulation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Prassoloff, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Prassoloff de la somme de 1 100 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 mars 2024 du préfet de police est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de regroupement familial présentée par M. I dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Prassoloff la somme de 1 100 euros sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. I E, à Me Prassoloff et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

Y. COZ

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./2-3

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